Ne pas perdre de fourrage à cause d'une faible fertilité du sol

Table des matières

  1. Assimilation du P et du K par les cultures fourragères
  2. Analyses de sol
  3. Interprétation du rapport d'analyses de sol
  4. Recommandations sur les besoins en P et en K des peuplements établis

La gestion du phosphore (P) et du potassium (K) en rapport avec la fertilité est souvent négligée, pourtant ces deux éléments sont fondamentaux pour obtenir des quantités de fourrages suffisantes pour nourrir le bétail et être concurrentiels sur le marché des fourrages de nos jours.

Assimilation du P et du K par les cultures fourragères

Les cultures fourragères soutirent beaucoup d'éléments nutritifs et ont des besoins élevés dans ce domaine. Dans un mélange luzerne graminée, la quantité type de P et de K qui est soutirée par tonne de fourrage récolté est équivalente à 6,1 kg (13,5 lb) de P2O5 et à 24,6 kg (54 lb) de K2O. À titre d'exemple, en supposant un peuplement mixte avec un rendement modeste de 3,2 tonnes à l'acre par année, le fourrage aurait assimilé environ 20 kg (43 lb) de P2O5 et 78 kg (173 lb) de K2O chaque année.

Contrairement à l'azote, les cultures fourragères ne peuvent générer de P ou de K à partir de rien. Si on ne remplace pas le P et le K par du fumier ou un engrais commercial, les résultats des analyses de sol seront vite à la baisse. Si on suppose qu'il faudra environ 35 lb/acre de P2O5 et 20 lb/acre de K2O pour augmenter de 1 ppm les résultats des analyses de certains sols (ces quantités varient selon les types de sols), après seulement quatre ans la concentration en P du sol pourrait avoir baissé de 5 ppm et celle en K de 35 ppm. C'est relativement suffisant pour faire chuter les rendements des fourrages si les niveaux des analyses de sol sont inférieurs aux quantités optimales. Il faut aussi maintenir les quantités d'éléments nutritifs du sol pour les prochaines cultures dans la rotation. Aux teneurs les plus basses indiquées par les analyses de sol, cette exploitation abusive du sol n'est pas acceptable. Pourtant c'est le lot de nombreux champs de fourrages chaque année.

Il existe une grande variété de niveaux de fertilité du sol dans les champs de fourrages partout dans la province. Les fermes laitières où les champs reçoivent beaucoup de fumier ont généralement des niveaux de P et de K élevés. Toutefois, la carence en K est devenue plus répandue. Les champs de fourrages qui ne font pas souvent (ou jamais) l'objet d'une rotation ou qui reçoivent rarement (ou jamais) un apport de fumier ou d'engrais commercial montrent d'ordinaire un niveau de fertilité et un rendement très bas.

Analyses de sol

Il est primordial de procéder à des analyses du sol. Il est très important de connaître dès le départ la teneur en P et en K disponible dans le sol. Prélever un échantillon de sol représentatif, l'acheminer à un laboratoire accrédité et utiliser les résultats pour déterminer les doses optimales de fertilisants. Consigner le tout en dossiers. Surveiller si la fertilité est en hausse, diminue ou reste dans une fourchette optimale avec le temps. Il faut prélever des échantillons de sols au moins une fois aux trois ans. Le temps et le travail consacrés à l'échantillonnage de sol semblent faire obstacle, mais avec les coûts des engrais, il ne peut y avoir de meilleur rendement si on considère le coût et l'effort supplémentaire demandés. Comparer vos factures d'engrais à vos frais de poste et de laboratoire.

Interprétation du rapport d'analyses de sol

À la réception du rapport d'analyses du sol, vérifier les concentrations (en ppm) de phosphore (P) dans l'essai au bicarbonate de sodium, et de potassium (K) dans l'analyse à l'acétate d'ammonium. Utiliser seulement ces essais, les autres méthodes d'analyse (Bray ou Mehlich) ne peuvent être interprétées à l'aide de nos données de calibrage. Que révèlent les teneurs en P et en K des analyses du sol?

La recherche montre que la perte de rendement est importante dans la luzerne quand les teneurs en P indiquées par l'analyse de sol sont de beaucoup inférieures à 12 ppm et que les teneurs en K selon l'analyse de sol sont en dessous de 120 ppm. Les courbes de rendement chutent quand les résultats de l'analyse du sol sont bas. Une augmentation positive du rendement à la suite d'un apport d'engrais est constatée quand les analyses du sol sont inférieures à ces niveaux optimaux. Par contre, la courbe de rendement est à l'horizontale quand les niveaux de fertilité du sol sont élevés. Il ne faut pas s'attendre à une hausse de rendement à cause d'un apport d'engrais une fois que les résultats des analyses de sol ont été ramenés à des niveaux plus élevés. Dans ces cas, on épand des engrais pour remplacer les éléments nutritifs assimilés par la culture et éviter des carences à venir, mais il ne faut pas s'attendre à une hausse du rendement à la suite de cet épandage « d'entretien ».

Recommandations sur les besoins en P et en K des peuplements établis

Les tableaux 1 et 2 présentent les recommandations du MAAARO sur les besoins en P et en K des peuplements de fourrages établis. Elles reposent sur une « approche de la suffisance », qui consiste à répondre aux besoins optimaux de la culture courante en permettant le meilleur rendement net à court terme, sur un an, de l'engrais.

Une méthode à plus long terme est aussi utilisée pour déterminer les apports de fertilisants, la méthode dite de « reconstitution et entretien des concentrations ». Elle tient compte de la quantité d'éléments nutritifs assimilée par la culture. Cette quantité assimilée est compensée par la quantité nécessaire pour augmenter (ou diminuer) les concentrations indiquées par l'analyse du sol, en vue d'obtenir les teneurs optimales, amorties sur plusieurs années. Des apports d'éléments nutritifs à des sols dont, selon les analyses, les concentrations sont beaucoup plus élevées que ces niveaux critiques (12 ppm pour le P et 120 ppm pour le K) auront rarement des résultats profitables. Consulter la publication 611F du MAAARO, Manuel sur la fertilité du sol.

Quand on épand du fumier, il faut réduire l'apport en engrais en tenant compte de la quantité de P et de K qui y est contenue. Pour des recommandations sur les besoins en P et en K des semis (en bandes ou non, avec ou sans culture compagne), ou des renseignements sur les taux d'azote, le pH, l'épandage de fumier et les oligoéléments (bore, soufre), se référer au chapitre sur la fertilisation des cultures fourragères de la publication 811F du MAAARO, Guide agronomique des grandes cultures.

Tableau 1. Recommandations en phosphate pour les peuplements de fourrages établis (selon les analyses de sol reconnues par le MAAARO).

Analyse du sol au bicarbonate de sodium pour le phosphore (ppm)

 
Peuplement de fourrage établi
Cote d'efficacité 1
Dosage de phosphate (P2O5) requis kg/ha
0-3
180
4-5
120
6-7
90
8-9
60
10-12
EM
30
13-15
20
16-20
EF
0
21-25
0
26-60
ETF
0
61+
EN
0

1 Les cotes d'efficacité EÉ, EM, EF, ETF et EN indiquent respectivement : efficacité élevée (EÉ), efficacité moyenne (EM), efficacité faible EF, efficacité très faible (ETF) et efficacité nulle ou négative (EN) et représentent la probabilité que la fertilisation de sols soit rentable pour la culture. L'apport en éléments nutritifs est rentable quand l'augmentation de la valeur de la culture découlant d'un rendement accrue est plus élevée que le coût d'application de l'élément nutritif.

Tableau 2. Recommandations en potasse pour les peuplements de fourrages établis (selon les analyses de sol reconnues par le MAAARO).

Analyse du sol à l'acétate d'ammonium pour le potassium (ppm)

 
Peuplement de fourrage établi
Cote d'efficacité 1
Potasse (K2O) requise kg/ha
0-15
480
16-30
400
31-45
320
46-60
270
61-80
200
81-100
130
101-120
EM
70
121-150
20
151-180
EF
0
181-250
ETF
0
251+
EN
0

1 Les cotes d'efficacité EÉ, EM, EF, ETF et EN indiquent respectivement : efficacité élevée (EÉ), efficacité moyenne (EM), efficacité faible EF, efficacité très faible (ETF) et efficacité nulle ou négative (EN), et représentent la probabilité que la fertilisation du sol soit rentable pour la culture. L'apport en éléments nutritifs est rentable quand l'augmentation de la valeur de la culture découlant d'un rendement accrue est plus élevée que le coût d'épandage de l'élément nutritif.


Auteur : Joel Bagg - spécialiste de la culture des fourrages/MAAARO
Date de création : 9 août 2012
Dernière révision : 9 septembre 2015

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