Planification des systèmes d'affouragement des exploitations laitières en vue de leur expansion


Fiche technique - ISSN 1198-7138  -  Imprimeur de la Reine pour l'Ontario
Agdex : 410/60
Date de publication : Novembre 2011
Commande no. 11-052w
Dernière révision : aôut 2012
Situation :
Rédacteur : Brian Lang - spécialiste des systèmes de production laitière/MAAARO

Table des matières

  1. Tendances dans la conduite des troupeaux et le logement des animaux
  2. Foin sec C. ensilage mi-fané
  3. Silos-tours
  4. Sacs de type ag-bag
  5. Silos-couloirs
  6. Coûts et pertes
  7. Emplacement des structures d'entreposage d'aliments
  8. Conception des allées et des mangeoires
  9. Résumé
  10. Étude de cas
  11. Bibliographie

Dans une ferme laitière, une planification axée sur l'expansion du système d'affouragement repose sur une stratégie qui tient compte des objectifs à long terme et qui demeure réalisable durant la transition. La présente fiche technique offre un aperçu des outils et des possibilités qui s'offrent aux producteurs laitiers pour l'expansion de leurs systèmes d'affouragement.

Les unités de mesure employées dans la présente fiche technique relèvent tantôt du système international tantôt du système impérial. Lorsque les unités du système impérial sont d'usage courant, elles apparaissent en premier et sont suivies de l'équivalent en unités du système international entre parenthèses.

Comme pour la plupart des technologies, les outils servant à la récolte, à l'entreposage et à la distribution d'aliments sur les fermes laitières ont tendance à former des ensembles. Quand une ferme prend de l'expansion, l'ensemble d'outils classiques, incluant faucheuse, ramasseuse-presse à balles rectangulaires, râteliers et mangeoires, qui convenait pour une exploitation de 30 vaches, n'est plus adéquat.

Mais la recherche de nouveaux outils est un parcours parsemé d'embûches. D'abord, faut-il accepter qu'un changement s'impose, puis faire les bons choix de nouveaux outils et enfin veiller à réussir l'intégration de ceux-ci pendant la période de transition. Il s'agit d'élaborer une stratégie d'expansion du système d'affouragement qui tient compte des besoins à long terme et qui demeure réalisable durant la transition.

Tendances dans la conduite des troupeaux et le logement des animaux

Sans être devin, il y a possibilité de dégager des tendances pour les 10-20 prochaines années :

  • Augmentation de la taille des troupeaux. En Ontario, la taille des troupeaux double tous les 17-18 ans. À ce rythme, le troupeau moyen comptera 100 vaches dans 10 ans.
  • Accroissement des besoins en matière d'entreposage et de manutention des aliments pour animaux. Avec l'accroissement de la production et de la prise alimentaire, les fermes devront, d'ici 15 ans, doubler leur capacité d'entreposage et de manutention des aliments.
  • Recours accru à la stabulation libre. Les exploitations d'élevage ont tendance à passer de la stabulation entravée à la stabulation libre lorsque leurs troupeaux atteignent 50-120 têtes. Même si une étable à stabulation libre ne fait peut-être pas partie des projets immédiats d'un producteur, il est sage pour ce dernier de veiller à ce que ses achats soient compatibles avec ce mode de conduite du troupeau.
  • Accroissement de la production par vache. La production laitière par vache s'accroît d'environ 3 % par année. Si la production moyenne est actuellement de 8 800 kg de lait par lactation, une production de 12 000 kg sera la norme dans 10 ans. Ces vaches commanderont la meilleure qualité d'aliments qui soit et un système de distribution d'aliments qui permettra de leur administrer des aliments frais et équilibrés en fonction de leurs besoins.
  • Évolution des exigences de la main-d'œuvre. Les coûts de la main-d'œuvre, liés à la rémunération directe, aux avantages sociaux, aux congés et à de meilleures conditions de travail, continueront d'augmenter.

Figure 1 : Graphique à barres indiquant le nombre de périodes de séchage par semaine pour le foin et l'ensilage mi-fané, 4 années/5 en Ontario. Le graphique montre qu'en Ontario, avant la troisième semaine de juin, quelle que soit la date de coupe, la probabilité de bénéficier des 4 jours de séchage consécutifs nécessaires à la production de foin sec se produit 1,8-2,4 jours/7, soit 25-34 % du temps seulement.

Figure 1. Nombre de périodes de séchage par semaine pour le foin et l'ensilage mi-fané, 4 années/5 en Ontario.

Voilà des facteurs parmi d'autres qui moduleront l'avenir des systèmes d'affouragement à la ferme. Bien qu'il faille s'attendre à ce que l'évolution technologique et les disparités économiques différencient le destin de chaque ferme, le modèle américain laisse croire que la technologie dominera au fur et à mesure que les troupeaux augmenteront de taille et que les systèmes d'affouragement des exploitations de plus grande envergure auront les caractéristiques suivantes :

  • couloir d'affouragement assez large pour la machinerie;
  • ration totale mélangée (RTM) préparée dans des mélangeurs montés sur remorque ou camion;
  • fourrage contenant 50-70 % de maïs d'ensilage et peu de foin, sinon aucun;
  • ensilage entreposé dans des silos-couloirs;
  • maïs grain humide;
  • utilisation de sous-produits;
  • recours aux suppléments protéiques vendus comme produits agricoles.

Foin sec c. ensilage mi-fané

Même si un foin d'excellente qualité peut être associé à une bonne santé du rumen et à une forte production, ce type de fourrage n'a pas sa place sur une grosse ferme laitière moderne. Comme le montre la figure 1, en Ontario, avant la troisième semaine de juin, quelle que soit la date de coupe, la probabilité de bénéficier des 4 jours de séchage consécutifs nécessaires à la production de foin sec est faible, celle-ci se produisant 1,8-2,4 jours/7, soit 25-34 % du temps seulement. En d'autres mots, entre les deux tiers et les trois quarts du temps, il y a fort à parier que la récolte soit endommagée par la pluie, souvent gravement, si la pluie survient vers la fin de la période de séchage.

Figure 2 : Graphique comparant les pourcentages de pertes de matière sèche du foin et de l'ensilage mi-fané en fonction de la teneur en eau à la récolte, et montrant que c'est le foin qui affiche les pertes de matière sèche les plus importantes..

Figure 2. Pertes estimatives de foin et d'ensilage mi-fané attribuables à la récolte et à l'entreposage (adaptation de Hoglund, 1964).

Le foin endommagé par la pluie n'est pas le fruit de la malchance. Il s'agit plutôt d'une conséquence normale et prévisible du climat ontarien. Par comparaison, l'ensilage mi-fané récolté en deux jours a 50-70 % de chances d'être récolté en l'absence de pluie et, comme sa teneur en eau est plus élevée, la pluie porte beaucoup moins à conséquence.

L'ensilage mi-fané présente plus d'avantages que le foin, car les journées de récolte sont plus longues, le matériel est de plus grande capacité et les besoins en main-d'œuvre sont moins grands. La liste des « solutions » aux problèmes que pose le foin est passablement longue, mais la plupart de ces solutions comportent aussi des problèmes qui leur sont propres : les séchoirs à foin raccourcissent la période de séchage du foin, mais augmentent les besoins en main-d'œuvre et les coûts; l'emploi de défanants se traduit par des pertes s'il vient à pleuvoir; les grosses balles réclament moins de main-d'œuvre, mais augmentent les temps de séchage.

Comme le montre la figure 2, c'est le foin qui subit les pertes de matière sèche (MS) les plus grandes. Le râtelage et la mise en balles lui font perdre ses feuilles. La respiration durant le séchage entraîne des pertes de MS de 2 à 6 % dans le cas du foin qui sèche rapidement. Les pertes dues à la respiration sont plus grandes pour le foin qui sèche lentement. La luzerne, la « reine des fourrages », se prête très mal à la production de foin, car elle perd facilement ses feuilles quand elle a été soumise aux intempéries.

D'après le graphique, c'est lorsque la teneur en MS est de 45 % à la récolte que le système d'affouragement permet de conserver un maximum de MS dans le fourrage.

Le foin est par ailleurs très difficile à inclure dans une ration totale mélangée (RTM). Lorsqu'on l'inclut, son principal avantage (teneur en fibre efficace) se trouve perdu en raison de la réduction de la taille des particules. De plus, les mélangeurs qui peuvent mélanger le foin ont également pour effet de rendre les autres ingrédients plus fins, ce qui finit par annuler les avantages qu'il y avait au départ à ajouter du foin.

Silos-tours

Les pertes de MS dans les silos-tours bien gérés sont faibles, allant de 5 à 10 %. Les silos-tours ne nécessitent aucune opération de compactage ni de recouvrement, de sorte qu'ils nécessitent moins de main-d'œuvre au moment du remplissage. Avec les silos-tours, l'ajout d'additifs est simple et la reprise est possible sous toutes les conditions météo. Ces silos occupent aussi moins d'espace. Quand tous les facteurs sont pris en compte, les silos-tours semblent bien adaptés aux troupeaux de 80-100 vaches. Pour des troupeaux plus gros, toutefois, les silos-tours présentent rapidement plus d'inconvénients que d'avantages.

Pour des structures d'entreposage d'une capacité supérieure à 165 tonnes impériales (150 tonnes métriques) de MS, deux silos-couloirs de 8 pi x 20 pi x 65 pi (2,4 m x 6,1 m x 19,8 m) s'assortissent de dépenses en immobilisations plus faibles qu'un silo vertical de 20 pi x 70 pi (6,1 m x 21,3 m). Pour les silos de telles capacités, les silos-couloirs offrent une qualité d'ensilage comparable. Un silo-tour de 20 pi (6,1 m) de diamètre présente une surface exposée à l'oxygène deux fois plus grande qu'un silo-couloir de 8 pi x 20 pi (2,4 m x 6,1 m). S'il se produit davantage de gaspillage dans le silo-couloir, c'est plus en raison d'une mauvaise gestion qu'en raison de la superficie de la face de reprise.

Parmi les inconvénients des silos-tours, il y a les risques pour la sécurité inhérents aux gaz des silos et la hauteur même des structures, les ralentissements de la production occasionnés par la lenteur du remplissage et la nécessité de les remplir à nouveau, ainsi que l'incompatibilité entre la lenteur de reprise et la préparation de RTM.

Enfin, les silos-tours de plus de 70 pi (21,3 m) limitent la teneur en eau des matières ensilées. La surabondance des écoulements (lixiviats) produits par la matière ensilée oblige les propriétaires de silos de 80-100 pi (24,4-30,5 m) à récolter le maïs d'ensilage à une teneur en MS inférieure à la teneur de 35 % souhaitable, ce qui compromet la qualité de l'ensilage. Le maïs d'ensilage ayant une faible teneur en eau renferme moins d'amidon et offre une moins grande digestibilité des fibres. La digestibilité des fibres diminue en effet de plus de 10 % quand la teneur en eau passe de 70 à 58 %. Les grains qui sont trop secs durcissent et peuvent transiter dans l'appareil digestif de la vache sans être digérés. Il faut les transformer ou les hacher plus fin pour atténuer quelque peu ce problème. En ce qui a trait à la qualité de l'ensilage, il semble qu'un maïs d'ensilage non traité, récolté à une teneur en MS de 30 % et entreposé dans un silo-couloir bien compacté donne un aliment de loin de meilleure qualité qu'un maïs d'ensilage récolté à 40 % de MS et entreposé dans un silo-tour de 100 pi (30,5 m).

Sacs de type Ag-Bag

Au fur et à mesure que les troupeaux grossissent et ont besoin de plus de fourrage, les sacs Ag-Bag peuvent fournir une très bonne source temporaire d'ensilage supplémentaire. La matière à ensiler est insérée dans les sacs par un travailleur à forfait qui les pose sur une base dure existante. Si l'intégrité du sac est maintenue, les pertes de MS sont faibles et la qualité de l'ensilage est excellente. Pour un usage à long terme comme source permanente d'ensilage, ces sacs présentent un certain nombre d'inconvénients. À moins qu'ils ne soient posés sur une base bien drainée, exempte de mauvaises herbes, les sacs sont constamment la proie des rongeurs. Ils sont aussi vulnérables aux dommages causés par la grêle et les oiseaux, sans compter que les problèmes engendrés par la boue se répercutent sur les coûts de main-d'œuvre. Les sacs nécessitent une superficie d'entreposage importante. Quand on tient compte du coût de préparation d'une imposante base bien drainée destinée à accueillir les sacs, le système devient coûteux pour une utilisation à long terme.

Silos-couloirs

Conception

Les silos-couloirs constituent le mode d'entreposage à long terme à privilégier par les fermes laitières de l'Ontario en voie d'expansion. Même si les très grosses fermes peuvent opter pour la mise en tas de l'ensilage, les silos-couloirs pourvus de murs de 6-10 pi (1,8-3 m) de haut conviennent davantage pour les fermes de 100-400 vaches. Les parois latérales rendent les opérations de compactage plus sécuritaires, réduisent la superficie de la face de reprise et réduisent les besoins en main-d'œuvre à la fois pour le compactage et le recouvrement. Voici des points relatifs à la conception des silos-tours qui, sans être exhaustifs, revêtent néanmoins un intérêt.

Au lieu d'aménager des parois simples entre les silos-couloirs, des parois doubles, espacées de 4-5 pi (1,2-1,5 m) sont plus fréquentes pour ces murs « intérieurs ». Avec le contreventement transversal qui augmente la solidité de l'ensemble, il faut moins de béton et d'acier dans chacune des parois, dont le coût total n'est que légèrement supérieur au coût d'un mur simple de conception convenable. L'espace entre les parois est drainé vers l'arrière du silo au moyen de tuyaux de drainage souterrains recouverts de gravier jusqu'à 2-3 pi (0,6-0,9 m) du haut des parois. Quand le silo est plein et que la masse d'ensilage forme un léger dôme, cet espace procure un passage sécuritaire aux travailleurs qui posent la toile de plastique en plus de faciliter l'écoulement de l'eau de pluie hors du silo. Une fois la toile de plastique ôtée, l'espace entre les parois permet de remiser des pneus. Des marches aménagées dans la partie avant du mur double rendent l'endroit plus accessible.

Les planchers des silos-couloirs doivent avoir une pente de 1 % qui descend vers l'ouverture aux fins de drainage. L'asphalte est de plus en plus accepté comme matériau de revêtement du plancher des silos-couloirs. L'asphalte résiste mieux aux acides et au gel que le béton. Faire reposer l'asphalte sur une base bien compactée. Poser une membrane géotextile sous la base pour en accroître la stabilité. Aménager une bordure en béton sur le périmètre du radier pour prévenir les dommages occasionnés par le va-et-vient de la machinerie à l'entrée de la dalle. Par grandes chaleurs, les opérateurs des tracteurs doivent éviter que les roues patinent, car l'asphalte ramollit sous des chaleurs extrêmes.

Jusqu'à récemment, l'asphalte était beaucoup moins cher que le béton. En 2002, l'Université du Wisconsin estimait que les planchers des silos-couloirs coûtaient de 30 à 50 % moins cher lorsqu'ils étaient revêtus d'asphalte plutôt que de béton. En 2008, le coût de l'asphalte ayant grimpé considérablement, les différences de coût se sont aplanies. Le prix de l'asphalte a baissé légèrement en 2009.

Les liquides s'échappant des matières ensilées (les effluents d'ensilage) étant très polluants, il faut les contenir pour empêcher la contamination du sol et de l'eau. Un ouvrage de dérivation des forts débits est un bon moyen de diriger les effluents d'ensilage vers une installation de stockage sans y acheminer d'importants volumes d'eau de pluie. Il s'agit d'aménager un radier incliné terminé dans sa partie inférieure par une butée et comprenant dans sa partie la plus basse un tuyau d'écoulement. Le tuyau d'écoulement est posé au-dessus d'un second tuyau, ouvert sur le dessus et situé de manière à capter les effluents à faible débit provenant du tuyau d'écoulement. Les débits plus élevés produits par un épisode de pluie passent par-dessus le tuyau le plus bas, de sorte que leur captage est évité (figure 3).

Dimensions

Les dimensions à donner à un silo-couloir dépendent de la quantité de fourrage à y entreposer. Elles doivent tenir compte des objectifs de gestion et de la taille de l'exploitation.

La densité type des aliments dans un silo-couloir convenablement compacté est de 15 lb de MS/pi3 (240 kg de MS/m3). Pour que la matière ensilée reste fraîche, le taux de reprise recommandé est d'au moins l'équivalent d'une tranche de 6 po (15 cm) d'épaisseur par jour. Dans l'hypothèse d'une consommation de fourrage égale à 24 lb (11 kg) de MS par vache par jour, ce taux de reprise correspond à une face de reprise d'une superficie totale de 3,2 pi2 (0,29 m2) par vache (total de tous les silos-couloirs ouverts si la ration se compose uniquement d'ensilage). Cette superficie passe à 4,5 pi2 (0,42 m2) si les génisses reçoivent elles aussi de l'ensilage. La longueur recommandée pour faciliter les opérations de compactage est de 150 pi (45,7 m) ou moins et, puisque deux silos-couloirs, vidés en alternance au cours d'années successives, donnent de meilleurs résultats, deux silos-couloirs de 90 pi (27,4 m) chacun, installés côte à côte, permettent de satisfaire au taux de reprise de 6 po (15 cm) par jour pendant toute l'année.

Certains producteurs se demandent s'il est pertinent d'ouvrir les deux extrémités d'un silo-couloir. Comme le plancher doit avoir une pente qui s'éloigne de l'ouverture, il ne serait pas pratique de travailler à partir des deux extrémités.

La largeur minimale recommandée correspond à deux fois la largeur du tracteur de compactage ou à environ 18-20 pi (5,5-6,1 m). On peut envisager des silos-tours plus larges si l'on doit se doter d'une plus grande capacité, mais il faut savoir qu'en raison de la courbure qu'il faut donner à la surface pour faciliter l'évacuation de l'eau de pluie, la hauteur de la matière ensilée au centre des silos-couloirs très larges risque d'être très grande. Les silos-couloirs de grande largeur obligent aussi à faire des pas supplémentaires pour poser la toile de plastique et les pneus.

Figure 3 : Série de quatre croquis illustrant l'écoulement des effluents d'ensilage et les modes de captage possibles, notamment au moyen de tuyaux de drainage à l'extérieur du silo, de drains de sol et d'une bande de végétation filtrante.

Figure 3. Systèmes de captage des effluents d'un silo-couloir.

Les parois latérales devraient avoir une hauteur de 8-10 pi (2,4-3,1 m). La plupart des chargeurs peuvent atteindre jusqu'à 14 pi (4,3 m). Cela correspond à la hauteur de la matière ensilée au centre d'un silo-couloir de 30 pi (9 m) de largeur lorsque le dôme forme une pente de 1:4 et que les murs latéraux font 10 pi (3,1 m) de haut. Dans le cas des silos-couloirs de plus grandes dimensions, il faut savoir que des murs plus hauts coûtent plus cher par tonne de matière ensilée qu'une surface de plancher accrue.

Gestion

La portée de la présente fiche technique ne permet pas d'aborder convenablement le sujet de la gestion. Bien se renseigner avant de commencer à remplir un silo-couloir pour la première fois. Un compactage qui laisse à désirer peut donner lieu à bien des déceptions. Pour obtenir une densité de 15 lb/pi3 (240 kg/m3), il faut bien compacter la matière ensilée et, durant l'hiver, faire un suivi des volumes prélevés et peser la masse d'ensilage prélevée.

Le temps nécessaire au compactage est déterminé par la masse du tracteur utilisé pour l'opération. Multiplier la masse du tracteur de compactage (en kg) par le nombre d'heures consacrées au compactage de l'ensilage. Diviser le résultat par la masse (en tonnes métriques) de la MS contenue dans l'ensilage. Il faut au total 800 heures-kilogrammes par tonne métrique (1 600 heures-livres par tonne impériale) pour obtenir un compactage convenable.

Il faut 12 minutes (0,2 heure) pour compacter le contenu d'un wagon à foin d'une capacité de 3,5 tonnes métriques de MS à l'aide d'un chargeur sur pneus de 14 000 kg, cette durée étant de 28 minutes (0,47 heure) si l'on utilise un tracteur de 6 000 kg. Bien des opérateurs à forfait récoltent cette quantité de fourrage en 8-10 minutes. Pour être à même de suivre la cadence à la livraison de la matière à ensiler, utiliser pour le compactage un tracteur plus lourd ou un tracteur supplémentaire.

L'autre maillon faible dans la gestion des silos-couloirs est le recouvrement de la matière ensilée avec une toile de plastique de 6 mil, des pneus fendus et des sacs de sable sur les bords. Il est préférable d'utiliser des pneus fendus ou des flancs de pneus de camion plutôt que des pneus complets qui ont l'inconvénient de retenir l'eau et de ne pouvoir s'empiler facilement quand on ne les utilise pas. Au moment de prélever la matière ensilée, couper une tranche nette en abaissant la pelle du chargeur ou un couteau et en prenant soin de charger et de servir aux animaux tout l'ensilage détaché de la face de reprise.

Entreposage d’autres aliments

La possibilité de manutentionner des chargements d'aliments faits de sous-produits humides et secs constitue un atout économique important dans le cas des gros troupeaux. Quand il faut servir aux animaux des produits humides, un silo-couloir spécial de 14-16 pi (4,3-4,9 m) de largeur sur 4-5 pi (1,2-1,5 m) de hauteur, suffisamment gros pour recevoir un chargement de drêches de brasserie ou d'autres sous-produits constitue un atout. Des hangars de produits agricoles comportant quatre compartiments ou plus sont bien adaptés pour le déchargement des camions et le chargement des mélangeurs-remorques, particulièrement pour des matières non fluides comme des graines de coton. Pour des ingrédients plus fins et plus coûteux, comme les suppléments protéiques secs, on note une forte tendance au retour des compartiments de stockage fermés vidés à l'aide d'une vis sans fin.

Des études montrent que lorsque ces ingrédients étaient entreposés dans des hangars et ajoutés au mélangeur à l'aide d'un chargeur, les erreurs dans les mélanges et les pertes attribuables au vent, aux oiseaux et au gaspillage étaient très élevées. La réduction des pertes et la plus grande précision dans la constitution des mélanges composant les RTM compensent largement les coûts accrus au titre du temps et de la main-d'œuvre nécessaires pour entreposer ces ingrédients dans des silos-couloirs.

L'utilisation de silos-couloirs pour l'entreposage de maïs grain humide gagne également en popularité. Dans le cas du grain nettoyé ou des rafles de maïs broyées ou aplaties dont la teneur en eau se situe entre 30 et 35 %, l'enlèvement de 4-6 po (10-15 cm) par jour suffit à éviter le gaspillage. Avec une densité de MS de 45 lb/pi3 (720 kg/m3) et un taux de consommation, par vache, de 25 lb (11,4 kg) d'ensilage ayant une teneur en eau de 30 %, il est possible avec 125 vaches de prélever une tranche de 6 po (15 cm) d'épaisseur par jour d'une face de reprise de 16 pi x 6 pi (4,9 m x 1,8 m). Dans le cas des troupeaux plus petits, utiliser des sacs de type Ag-Bag ou des silos-tours pour entreposer le maïs grain humide.

Coûts et pertes

Le tableau 1 résume les conclusions d'une étude menée en 1998 dans le Wisconsin, qui compare les coûts des systèmes d'ensilage. Les coûts devraient avoir augmenté depuis.

Tableau 1. Coûts d'entreposage de la matière sèche (MS)

Système d'ensilage $/tonne imp. de MS
Total des coûts en immobilisations (coûts annuels)
384 t. imp. de MS 768 t. imp. de MS
Silo acier-verre à limitation d'oxygène (neuf)
427(82) 301(60)
Silo acier-verre à limitation d'oxygène (usagé)
268(55) 187(41)
Silo à limitation d'oxygène coulé en place
285(58) 186(41)
Silo en plaques de béton
192(46) 138(36)
Silo-couloir hors-terre
152(45) 103(37)
Ensilage en tas compacté
63(37) 41(32)
Ensilage ensaché
88(38) 53(32)
Balles enrubannées
64(36) 38(32)

Adaptation de Holmes, 1998

Tableau 2. Estimation des pertes d'ensilage durant le remplissage, en cours d'entreposage et lors du prélèvement de la matière ensilée

Type de silo Teneur en eau (%) Remplissage Effluent Gaz Dessus Reprise Total
Perte de MS (%)
Silo-tour classique
80¹
1-2
7*
9*
3*
1-5
21-26
70¹
1-2
1*
8*
4*
1-5
15-20
65
1-3
0*
8*
3*
1-5
13-19
60
1-3
0*
6*
3*
1-5
11-17
50
2-4
0*
5*
3*
1-5
11-17
Silo-tour étanche aux gaz
70¹
0-1
1*
7*
0*
0-3
8-12
60
1-2
0*
5*
0*
0-3
6-11
50
2-3
0*
4*
0*
0-3
6-12
40
2-4
0*
4*
0*
0-3
6-13
Tranchée ou silo-couloir, non recouvert²
80¹
2-5
6*
10*
6*
3-10²
27-37
70¹
2-5
1*
9*
9*
3-10²
24-34
60
3-6
0*
10*
12
5-15²
30-43
Tranchée ou silo-couloir, recouvert²
80¹
2-5
4*
9*
2*
3-10²
20-30
70¹
2-5
1*
7*
3*
3-10²
16-23
60
3-6
0*
6
4
5-15²
18-31
Tas non recouvert²
80¹
3-6
7*
10*
11*
3-10²
34-44
70¹
3-6
1*
11*
19*
3-10²
37-47
60
4-7
0*
12
24
5-15²
45-58
Tas recouvert²
80¹
3-6
5*
8*
2*
3-10²
21-31
70¹
3-6
0*
7*
4*
3-10²
17-27
60
4-7
0
6
6
5-15²
21-34
Sacs d'ensilage
80¹
1-2
2
6
2
1-5
12-17
60-70¹
1-2
0
5
2
1-5
9-14
Balles enrubannées
60-70¹
1-2
0
8
5
1-5
15-20
50-60¹
2-3
0
6
6
1-5
15-20

¹ Afin de prévenir la fermentation clostridiale, éviter d'ensiler le foin dans des structures si sa teneur en eau (TE) est supérieure à 70 % et dans des balles enrubannées, si sa TE est supérieure à 60 %.

² Pour peu que la gestion de la face de reprise soit bonne, les pertes occasionnées par le prélèvement de la matière ensilée s'établissent à 3-5 % si le plancher est en béton, à 4-6 % s'il est en asphalte, à 6-8 % s'il est en macadam et à 8-20 % s'il est en terre battue. Si la gestion laisse à désirer, ajouter jusqu'à 7 % de pertes.

* D'après l'ouvrage intitulé Forages: The Science of Grassland Agriculture, 4eéd., voir Bickert et coll., (1997).

Adaptation de Holmes, 2000

Le tableau 2 résume les pertes estimatives générées par les systèmes d'ensilage, qui peuvent aller de 6 % à plus de 50 % durant le remplissage, en cours d'entreposage et lors du prélèvement de la matière ensilée. L'ensilage à la bonne teneur en eau, l'étanchéité à l'air et l'emploi de matériaux convenables pour la base réduisent les pertes de manière significative.

Même si les études que voici ont été menées aux États-Unis il y a plus de 10 ans, elles demeurent pertinentes aujourd'hui sur le plan de l'analyse comparative. Lorsqu'on tient compte des coûts de manutention et des pertes de MS, ces études font clairement ressortir que l'ensilage n'est en aucun cas un aliment bon marché.

Emplacement des structures d'entreposage daliments

Avec l'utilisation de mélangeurs-remorques, l'emplacement des structures d'entreposage d'aliments à bonne distance des installations d'élevage ne pose plus guère de problèmes. Il est avantageux par contre de situer ces structures à proximité les unes des autres, afin d'éviter les déplacements inutiles du mélangeur-remorque et du chargeur. Situer les silos-couloirs, les hangars de produits agricoles, les sacs Ag-Bag et les cellules de stockage autour d'un radier revêtu de façon à permettre le chargement du mélangeur sans avoir à le déplacer. Prévoir au moins 50 pi (15 m) de surface durcie devant chacune des installations d'entreposage afin de faciliter la livraison par camion gros porteur.

Conception des allées et des mangeoires

Le recours à la technologie des RTM préparées dans des mélangeurs mobiles nécessite l'aménagement de couloirs d'affouragement assez larges pour le mélangeur-remorque et d'une hauteur libre de 12-14 pi (3,7-4,3 m). Dans l'hypothèse où l'on réserve 3 pi (0,9 m) pour la mangeoire et 10 pi (3 m) pour la machinerie, la largeur recommandée pour le couloir d'affouragement est de 18-20 pi (5,5-6,1 m) ou de 16 pi (4,9 m) si l'affouragement se fait d'un seul côté. Même s'il est fréquent de voir des couloirs d'affouragement larges de 16 pi (4,9 m) (pour l'affouragement des deux côtés) ou de 14 pi (4,3 m) pour l'affouragement d'un seul côté, ces largeurs ne laissent pas de place à une personne de circuler.

Jusqu'à récemment, dans les étables à quatre et à six rangées, on privilégiait pour les couloirs d'affouragement permettant le passage de la machinerie, des couloirs ouverts aux deux extrémités avec un passage transversal pour les vaches. Si l'on opte pour cette disposition, on doit veiller à ce que le passage transversal soit incliné et en retrait, de sorte que les déjections liquides puissent être évacuées vers les allées des vaches. Utiliser un fini de béton antidérapant convenable là où les vaches circulent.

Sur le plan de la biosécurité, le couloir de circulation des vaches constitue un facteur de risque reconnu si le mélangeur circule dans du fumier, puis le long des mangeoires. Parfois aussi, l'aménagement comprend : des panneaux de contreplaqués qui forment les parois latérales des passages réservés aux vaches; des couloirs de circulation sans issues; des étables à trois rangées; et des dispositions diverses où toutes les vaches sont d'un même côté du couloir d'affouragement accessible à la machinerie. En Europe, dans certaines étables où se pratique la traite robotisée, des couloirs de circulation prévus pour la machinerie se trouvent à l'extérieur, des deux côtés du bâtiment.

Figure 4 : Croquis d'une mangeoire à traverses et montants indiquant la hauteur de la paroi de la mangeoire et les dimensions des montants.

Figure 4. Dimensions d'une mangeoire à traverses et montants.

La figure 4 montre une disposition recommandée pour les mangeoires. Installer la plate-forme de la mangeoire à 4-6 po (10-15 cm) au-dessus de la surface où se tiennent les vaches. La hauteur de la paroi et celle de la barre supérieure sont de toute première importance. Il faut les abaisser dans le cas des races de petit format ou des génisses de moins de 18 mois. Les cornadis autoverrouillables constituent un excellent système de contention, mais des données préliminaires indiquent qu'ils entraîneraient une réduction de la prise alimentaire pouvant aller jusqu'à 5 %. Dans les étables pourvues du type de mangeoire illustré, il est d'usage de pousser les aliments vers les vaches plusieurs fois par jour. Certains exploitants de l'Ontario font actuellement l'essai de raclettes spécialement conçues pour automatiser l'opération. Une entreprise commercialise même un robot pousseur qui ramène le fourrage dispersé à la portée des vaches.

Résumé

L'élaboration d'une stratégie et d'objectifs à long terme touchant les systèmes d'affouragement contribue à ce que ces systèmes continuent de répondre aux besoins du troupeau si celui-ci prend de l'expansion.

Étude de cas

Au moment de modifier le système d'affouragement, l'obstacle le plus grand réside sans doute dans les années de transition. Voici comment l'exploitant d'une ferme de 50 vaches laitières en stabulation entravée dotée de deux silos-tours peut envisager de modifier son système d'affouragement au fur et à mesure que son troupeau grossit.

  • Aucune installation particulière prévue pour les génisses. Ajouter un bâtiment pour les génisses les plus vieilles et les vaches taries. Même si l'on utilise pour le moment de grosses balles de foin rondes, s'assurer que les mangeoires et les couloirs d'affouragement sont compatibles avec la technologie des RTM.
  • Amélioration à apporter à la gestion de la nutrition. Acheter un mélangeur de RTM. Même si celui-ci sera utilisé dans la pièce de préparation des aliments où il demeurera pour le moment, il importe qu'il soit monté sur une remorque et qu'il soit actionné par la prise de force du tracteur en prévision des besoins futurs.
  • Les grosses balles de foin sont exposées à la pluie et doivent être remplacées par de l'ensilage. Choisir l'emplacement futur des silos-couloirs et des hangars de produits agricoles. À une extrémité, retirer la couche arable, ménager une pente de 1 %, puis épandre et compacter du gravier sur une longueur de 120 pi (36,5 m). Voilà pour la nouvelle base des sacs d'ensilage et des silos-couloirs à venir. Intégrer davantage de maïs dans la rotation et faire réaliser l'ensachage à forfait pour suppléer à l'espace qui manque dans les silos-tours (l'un pour l'ensilage mi-fané, l'autre pour le maïs d'ensilage).
  • Des aliments bon marché faits de sous-produits sont offerts sur le marché. Remiser des drêches de brasserie, livrées en sacs, sur la base de gravier.
  • Le troupeau prend de l'expansion au point où il faut deux sacs plutôt qu'un. La prise alimentaire justifie maintenant l'ajout de silos-couloirs pour l'ensilage du maïs (pour libérer les silos-tours et les réserver à l'ensilage mi-fané, ce qui est la solution la meilleure en termes de qualité d'aliments et de facilité de chargement et de déchargement). Un mur double permanent de 90 pi (27,4 m) forme l'une des parois des silos-couloirs; revêtir la dalle pour obtenir un plancher. Acheter deux parois doubles autoporteuses, préfabriquées, amovibles et les déposer sur la dalle de manière à former deux silos-couloirs de 8 pi x 20 pi x 90 pi (2,4 m x 6,1 m x 27,4 m).
  • Le troupeau grossit encore. Élargir la surface revêtue et déplacer les murs amovibles. Élargir la base de gravier pour y loger davantage de sacs de maïs grain humide.
  • La reprise de l'ensilage devient une corvée en raison de la détérioration du matériel et des silos-tours. Déplacer à nouveau les murs amovibles des silos-couloirs, les remplacer par des murs permanents de 30 pi (9,1 m) et y entreposer le maïs d'ensilage. Ajouter de nouveaux silos-couloirs destinés à l'ensilage mi-fané en posant les murs amovibles sur la dalle qui s'agrandit toujours.
  • Il n'y a plus de déplacements à faire vers l'ancienne salle de préparation des aliments. Apporter de nouveaux compartiments de stockage sur la dalle et construire un nouveau hangar de produits agricoles pour y entreposer les ingrédients achetés en petites quantités et y installer un bureau.
  • Le troupeau est maintenant logé dans une étable à stabulation libre avec couloirs d'affouragement suffisamment larges pour la machinerie. Son emplacement et ceux des bâtiments d'élevage à venir sont beaucoup plus souples qu'auparavant, étant donné que les RTM préparées à même un centre de préparation des aliments peuvent être déplacées n'importe où.

Bibliographie

Holmes, B.J. Sizing and managing silage storage to maximize profitability. Four State Forage Feeding and Management Conference Proc., 1998.

Holmes, B.J., et R.E. Muck. Preventing Silage Storage Losses, University of Wisconsin Extension, 2000. www.uwex.edu/ces/crops/uwforage/prevent-silage-storage7.PDF

Hoglund, C.R. Comparative storage losses and feeding value of alfalfa and corn silage crops when harvested at different moisture levels and stored in gas-tight and conventional tower silos: an appraisal of research results. East Lansing: Michigan State Univ.; Agric. Econ. Publ. 947, 1964.

Clarke, S., et R. Stone. Le stockage des effluents d'ensilage, fiche technique no 04-032 , ministère de l'Agriculture, de l'Alimentation et des Affaires rurales de l'Ontario, 2004.


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