L'anaplasmose chez les bovins laitiers

Garder son troupeau exempt de maladie est vital pour la santé à long terme de vos vaches et le moyen le plus rentable de réduire les risques pour votre entreprise

L'anaplasmose, maladie infectieuse des bovins causée par Anaplasma marginale, est encore rare dans les fermes laitières de l'Ontario. Cependant, le risque d'infection semble augmenter. Prévenir l'infection est vital pour la santé à long terme de vos vaches et le moyen le plus rentable de réduire les risques pour votre ferme.

Anaplasma marginale vit dans les globules rouges (GR) d'une vache infectée. Au début de l'infection, la vache peut ne présenter aucun signe de la maladie. En règle générale, il faut de 3 à 60 jours après l'infection pour pouvoir voir l'agent pathogène dans les globules rouges de la vache au microscope. A.marginale est très efficace pour échapper au système immunitaire de la vache et continuer sans cesse à infecter de nouveaux globules rouges. Les vaches infectées avec A.marginale le demeurent tout au long de leur existence. L'agent pathogène peut ne plus être visible sur un frottis sanguin et l'infection devra être détectée par d'autres tests. Bien que les vaches infectées peuvent ne pas montrer de signes de la maladie, leur sang peut être transmis à d'autres vaches et être la source de nouvelles infections.

Pourquoi est-ce un sujet de préoccupation à ce stade-ci?

Depuis le 1er avril 2014, l'anaplasmose bovine a été retirée de la liste des maladies à déclaration obligatoire par le gouvernement fédéral. Le gouvernement fédéral n'est plus impliqué dans le contrôle de cette maladie. Les contrôles à l'importation ont été enlevés. Les vaches achetées en provenance des régions infectées de l'Amérique du Nord ne sont plus testées avant d'entrer au Canada. Le dépistage de vaches positives et la prévention à l'importation peuvent considérablement réduire le risque d'introduire des vaches infectées dans les troupeaux laitiers de l'Ontario.

La plupart des spécialistes des maladies vétérinaires estiment que le risque d'introduction d'A. marginale a augmenté parce que l'infection est désormais présente dans une zone géographique plus grande. Bien que l'anaplasmose n'est pas une nouvelle maladie et a longtemps été considérée comme endémique dans de nombreuses régions du sud, de l'ouest et du Midwest américain, des tests positifs démontrent une hausse dans tous les états, sauf Hawaii. Plusieurs experts affirment que l'étendue et l'importance de la dispersion d'A. marginale aux États-Unis peuvent être attribuées aux déplacements accrus du bétail.

Au Canada, A. marginale a été identifiée chez les bovins soit par une enquête sérologique de l'Agence canadienne d'inspection des aliments ou par le développement et le suivi de cas cliniques au Manitoba (1968, 2009, 2010, 2013), au Québec (1979), en Saskatchewan (1983, 2000, 2008) et en Ontario (1996, 2013). La plupart des cas concernaient des bovins de boucherie; le cas de 2013 en Ontario provenait d'un troupeau de vaches laitières.
Certains experts pensent que le changement climatique peut contribuer à la propagation des maladies à transmission vectorielle, possiblement en raison d'un plus large éventail de tiques vectorielles, ce qui pourrait avoir une incidence sur l'anaplasmose. Toutefois, cela a probablement peu d'impact en Ontario par rapport au risque de propagation attribuable aux déplacements du bétail.

Comment reconnaître l'anaplasmose

La gravité de l'infection et l'ampleur de la maladie dépendent de l'âge de la vache au moment de l'infection et de la dose d'A. marginale initialement reçue. Les vaches peuvent être infectées à tout âge. Généralement, lorsque l'animal a moins de six mois au moment de l'infection, il est peu malade, tandis qu'entre six mois et un an, l'animal peut être légèrement malade. Les vaches plus âgées, notamment celles de plus de deux ans, ont tendance à être les plus gravement atteintes, et 25 % à 50 % d'entre elles en meurent.

La maladie se manifeste chez les vaches plus âgées, car l'élimination des globules rouges infectés les rend anémiques. Les vaches anémiques peuvent développer de la fièvre, respirer rapidement et démontrer des signes de pneumonie, sans toutefois répondre aux traitements conventionnels. Elles peuvent également démontrer des signes de léthargie, d'un ictère ou d'une jaunisse (muqueuses jaunes, un sous-produit de la destruction des globules rouges), ainsi qu'un antécédent récent d'une production de lait plus basse et d'une perte de poids. Les vaches gestantes infectées peuvent avorter et certaines vont mourir. Dans de nombreux troupeaux infectés, l'apparence d'une vache adulte malade est le premier signe de la maladie dans le troupeau.

A. marginale peut se propager par le transfert direct de globules rouges infectés d'un animal infecté aux autres bêtes du troupeau non infectées ou par la morsure d'une tique infectée. En Amérique du Nord, les tiques des familles Dermacentor et Boophilus peuvent être infectées en se nourrissant de bovins infectés. L'organisme se multiplie dans la tique et se propage aux glandes salivaires. La tique se déplace d'un animal à l'autre, aspire le sang et transmet A. marginale sur son chemin.

L'exposition aux tiques est minime dans la plupart des fermes laitières de l'Ontario, bien que dans de nombreuses parties des États-Unis, c'est de cette façon que se propage A. marginale. Certaines pratiques peuvent donner lieu à de nouvelles infections dans votre troupeau, comme l'utilisation de la même aiguille hypodermique pour injecter plus d'un animal. Lors de la traite, l'injection d'ocytocine directement dans le sang de la vache en utilisant toujours la même aiguille est également une pratique préoccupante. Dans une ferme de New York, cette pratique a rapidement mené à un taux d'infection élevé après qu'une vache porteuse ait été introduite dans le troupeau.

Les mouches piqueuses peuvent également transmettre des globules rouges infectés d'un animal à l'autre. L'organisme ne se multiplie pas à l'intérieur des mouches comme c'est le cas chez les tiques mâles; toutefois, les mouches piqueuses pourraient être un important mode de transmission sur les fermes laitières de l'Ontario, particulièrement en ce qui concerne les jeunes animaux.

La faune ou les autres ruminants domestiques sont-ils un risque pour le bétail?

Le réservoir ou la source d' A. marginale se résume aux bovins infectés. Les autres ruminants et la faune, comme les bisons, les variétés de cerfs ou de wapitis, peuvent être infectés et importants dans l'épidémiologie d'A. marginale dans d'autres régions. Cependant, ils ne représentent pas un risque pour l'instant en Ontario. Des cerfs de Virginie infectés expérimentalement se sont avérés infectés, mais n'ont pas développé une infection transmissible par le sang persistante; par conséquent, ils ne sont pas importants en tant que réservoir d'infection. Cependant, le cerf de Virginie peut être un hôte pour les tiques qui propagent l'agent infectieux A. marginale et peut jouer un rôle contributif là où les tiques en abondance ont besoin d'un support. Les moutons ont leurs propres espèces d'Anaplasma (A. ovis), lesquelles n'infectent pas les bovins. En outre, A. marginale n'infecte pas les moutons.

Comment savoir si vos vaches ont été infectées?

Les vaches infectées sans signe visible de la maladie doivent être identifiées en procédant à des analyses de sang. En Ontario, vous pouvez le faire en soumettant des échantillons de sang prélevés par votre vétérinaire au Laboratoire de santé animale à Guelph. Le laboratoire recherche les anticorps à A.marginale à l'aide du test cELISA. Ce test a rarement des résultats faussement positifs. Cependant, cette méthode pourrait ne pas détecter tous les animaux infectés.

D'après les résultats d'une infection expérimentale chez des veaux, les anticorps peuvent prendre du temps à se développer, de 16 à 27 jours. En outre, les taux d'anticorps peuvent croître et décroître de manière cyclique chez les vaches infectées de façon chronique. Une recommandation est de procéder à deux tests à au moins huit semaines d'intervalle dans le cas des vaches nouvellement introduites ou suspectes, afin d'assurer de ne pas manquer les vaches récemment infectées. De plus, une réaction en chaîne par polymérase (RCP) qui teste l'organisme en soi peut être utilisée dans certaines circonstances. Les frottis sanguins où les agents pathogènes visibles dans les globules rouges sont détectés, suivis du test cELISA, sont également utiles pour identifier l'anaplasmose chez les vaches malades.

Dois-je traiter ou vacciner?

Il n'y a pas de traitement efficace pour l'anaplasmose. Aux États-Unis, où l'anaplasmose est endémique et le risque d'infection élevé, les antibiotiques peuvent être utilisés dans certaines circonstances, comme les parcs d'engraissement, afin de réduire l'impact de la maladie clinique. Cependant, la documentation indique bien qu'ils ne préviennent pas l'infection. Des études sont encore nécessaires pour prouver que le traitement de l'anaplasmose aux antibiotiques élimine l'infection.

Il n'y a pas de vaccins homologués pour l'anaplasmose au Canada. Tout comme les traitements antibiotiques, la vaccination peut aider à réduire la maladie clinique, mais ne pourra pas prévenir de nouvelles infections ou prévenir le développement d'une infection persistante. En Ontario, où A. marginale demeure rare, aucune des deux approches n'est appropriée, puisque les deux se traduiraient par un réservoir de vaches infectées de façon permanente. Le coût de l'anaplasmose dans un troupeau peut être important. Une fois que la maladie s'est introduite et propagée dans un troupeau, les vaches atteintes d'anaplasmose clinique ou subclinique produisent moins de lait, tandis que certaines vaches peuvent montrer des signes de la maladie et mourir et d'autres peuvent avorter. Les vaches infectées de façon chronique peuvent représenter une source d'infection persistante. Une fois que la maladie est identifiée dans un troupeau, de nombreux tests de dépistage sont nécessaires et plusieurs animaux devront être réformés.

Le coût estimatif de l'anaplasmose pour les producteurs laitiers américains est de 100 millions de dollars par année. Ce chiffre est peut-être sous-estimé en raison des infections chroniques non diagnostiquées.

Que dois-je faire à ce stade-ci?

Actuellement, l'anaplasmose est rare en Ontario, mais les risques de son introduction semblent augmenter. Comme pour toutes les maladies infectieuses, la façon la plus rentable de réduire les risques de maladies est de garder votre troupeau exempt d'infections. Il est essentiel de connaître l'état de santé des troupeaux desquels vous achetez des vaches, celui des vaches que vous achetez ou introduisez dans votre troupeau et de celles qui côtoient vos vaches aux foires ou aux centres de collecte. Vous devez vous renseigner avant de mettre votre troupeau à risque. Lorsque l'état de la maladie est incertain ou inconnu, vous devez effectuer des tests de suivi dès l'arrivée et en temps opportun, tel que recommandé par votre vétérinaire. Il faut aussi suivre les procédures de quarantaine pour garder les vaches qui viennent d'arriver ou qui sont de retour séparées des autres vaches et protégées des insectes. Il se peut que ce ne soit faisable que pour les vaches plus jeunes tant que les analyses n'ont pas été effectuées.

L'anaplasmose peut être présente dans le troupeau pendant un certain temps sans que vous le sachiez. Avant qu'un cas clinique ne survienne, l'infection pourrait se répandre de façon importante si les stratégies de prévention ne sont pas en place en tout temps. Il est logique d'avoir des contrôles en place pour prévenir la propagation de toutes les maladies bovines transmissibles par le sang, une liste qui devrait inclure l'anaplasmose.

Suivre ces mesures :

  • Lutte antivectorielle. Améliorer l'hygiène des vaches pour réduire les populations de mouches piqueuses, de moustiques et, pour les vaches au pâturage, de tiques;
  • Aiguilles hypodermiques. Elles doivent être utilisées qu'une seule fois pour l'injection des vaches, y compris pour l'ocytocine, les protocoles de reproduction, la vaccination ou les traitements antibiotiques;
  • Nettoyage et désinfection. Nettoyer et désinfecter après chaque utilisation tout le matériel exposé au sang d'une vache ou partagé entre les animaux, comme les pince-nez, les poinçons à étiquettes d'oreille, les tubes d'estomac, les aiguilles d'implants, les couteaux à sabots et le matériel utilisé pour la chirurgie (y compris l'enlèvement de trayon supplémentaire, l'écornage et la castration);
  • Quarantaine. Planifier et mettre en œuvre des installations appropriées pour minimiser les infections pour les vaches malades, les vaches nouvellement arrivées ou celles qui reviennent à la ferme;
  • Test. Consulter son vétérinaire et préparer un plan d'examen pour les vaches malades, les vaches nouvellement arrivées ou celles qui reviennent à la ferme.

Compte-rendu et suivi

L'anaplasmose bovine est encore une maladie à déclaration obligatoire à l'échelle provinciale. Les cas suspects et les analyses positives doivent être signalés au gouvernement provincial. Les vétérinaires et les laboratoires de l'Ontario sont tenus de signaler les nouveaux cas, tel qu'énoncé dans la Loi sur la santé animale de l'Ontario.

Révisez et actualisez régulièrement votre plan de biosécurité pour assurer que les pratiques en place procurent une bonne réduction des risques et offrent une protection adéquate contre l'anaplasmose et les autres maladies infectieuses d'importance.

Cet article a été publié initialement dans l'édition de juin 2014 de la revue Milk Producer.


Auteur : Ann Godkin, Vétérinaire/MAAARO
Date de création : 22 février 2016
Dernière révision :

Pour plus de renseignements :
Sans frais : 1 877 424-1300
Local : 519 826-4047
Courriel : ag.info.omafra@ontario.ca