Améliorer la reproduction avec les systèmes de traite automatisés


La collecte et l'analyse de grandes quantités de données générées par les systèmes de traite automatisés pourraient accélérer l'amélioration génétique


Image: les systèmes de traite automatisés

Près du quart des exploitations laitières du Danemark utilisent des systèmes de traite automatisés, et le pays envisage déjà de tirer parti de ces méthodes à des fins d'amélioration génétique.

Utilisés conjointement avec un éventail sans cesse croissant de capteurs en ligne, les systèmes de traite automatisés génèrent d'énormes quantités de données qui pourraient servir à l'évaluation de caractères génétiques importants.

Toutefois, selon Uffe Lauritsen de l'organisme danois responsable des données laitières, le RYK, qui prenait la parole au dernier colloque nord-américain sur la gestion de précision dans le secteur laitier, toutes ces nouvelles possibilités ont aussi leur lot de difficultés. La manière selon laquelle les données extraites de ces exploitations seront partagées, ou éventuellement non partagées, de même que l'évolution des enjeux dans ce domaine au cours des prochaines années, seront déterminantes pour l'avenir de l'amélioration génétique au sein du secteur laitier.

Le Danemark possède 845 troupeaux pour lesquels la traite se fait par des systèmes robotisés avec en moyenne 168 vaches chacun sous contrôle laitier. Cela représente 22 pour cent de tous les troupeaux laitiers et 27 pour cent des vaches laitières, ce qui signifie que ce pays présente la proportion la plus élevée de systèmes de traite automatisée au monde.

Introduite en 1992, la technologie s'est répandue dans le monde entier, particulièrement au cours des quelques dernières années. On rapporte en effet plus de 8000 exploitations dotées de systèmes de traite automatisés en 2009, et plus de 90 pour cent de ces dernières sont dans exploitations situées dans le nord-ouest de l'Europe. L'Amérique du Nord a relativement peu de fermes laitières dotées de tels systèmes, mais leur nombre augmente à mesure que la technologie s'adapte au style de traite utilisée de ce côté de l'Atlantique.

Le nombre moyen de traites par vaches sur les fermes dotées de tels systèmes se situe entre 2,5 et plus de 3,0 par jour, bien que pour 10 pour cent des exploitations, la moyenne est de moins de deux traites par jour. L'intervalle entre les traites varie beaucoup.

Collecte des données

Ce nombre plus élevé de traites offre la possibilité d'accroître la fréquence et l'exactitude des collectes de données. Les capteurs en ligne qui permettent d'évaluer la qualité et le débit du lait peuvent générer des données permettant de mesurer d'importants caractères. Des études ont été réalisées en vue d'établir les meilleures méthodes de consignation des données relatives à chaque traite avec l'objectif de trouver un moyen économique de traiter ces données.

On pourrait, entre autres, transférer d'énormes volumes de données à l'agence responsable du contrôle laitier, mais cette méthode peut soulever certains problèmes en matière de capacité et de coûts de stockage et d'analyse. L'agence responsable du contrôle laitier au Danemark a toutefois pris l'initiative de saisir toutes les données des exploitations dotées de systèmes robotisés et de les gérer dans sa base de données.

L'une des percées les plus intéressantes de cette technologie est l'évaluation, qu'il sera bientôt possible d'obtenir, de différentes caractéristiques du lait à partir des capteurs en ligne, notamment sur la qualité du lait, sa conductivité électrique, le débit de lait et la durée de la traite, de même que sur toute une gamme de composantes du lait.

L'évaluation des caractéristiques par les systèmes automatisés permet d'améliorer l'exactitude des données. Selon Uffe Lauritsen, on a utilisé, dans le cadre d'une étude, des compteurs à lait électroniques pour évaluer le débit de lait, et on a constaté que la vitesse de traite y était mesurée avec plus de précision. Cette technique permet de faire passer la précision des estimations relatives à l'héritabilité des caractères de 0,2 à 0,3, et d'obtenir une meilleure précision également des valeurs d'élevage estimées (VEE) pour la vitesse de la traite, par rapport aux estimations manuelles.

Des défis pour les programmes de contrôle laitiers

L'utilisation accrue des systèmes automatisés et de la technologie offerte pour les salles de traite présente toutefois des défis importants. Après avoir investi dans la technologie, les producteurs laitiers risquent de se montrer réticents à participer aux programmes de contrôle laitier et de payer pour ces derniers. Cette situation pourrait réduire les avantages procurés par les programmes d'amélioration des troupeaux laitiers en matière de gestion des troupeaux, d'analyses comparatives et de données relatives à l'amélioration génétique.

Bien que la technologie puisse ouvrir de nouveaux horizons en matière de cueillette d'informations et d'évaluation d'un grand nombre de nouveaux caractères génétiques, la chute de participation aux programmes d'amélioration des troupeaux laitiers pourrait en fait réduire l'utilité de ces caractères du point de vue de l'amélioration génétique. On doit aussi tenir compte du temps et de l'énergie exigés pour prélever les échantillons à faire analyser en laboratoire et le fait que les logiciels des systèmes automatisés ne sont pas nécessairement compatibles avec ceux qui sont utilisés dans le cadre des programmes d'amélioration des troupeaux laitiers.

Compatibilité informatique

La capacité à partager les volumes considérables de données saisies dans les exploitations dotées de systèmes de traite automatisés est déterminante pour optimiser la gestion des informations relatives au secteur laitier ainsi que pour effectuer des analyses comparatives et contribuer à l'amélioration génétique. Un producteur laitier, qui connaît bien les systèmes de traite automatisés et le processus de transfert de données dans le cadre des programmes d'amélioration des troupeaux laitiers, a comparé le manque d'uniformisation des protocoles de transfert des données entre les fabricants de matériel de traite et les programmes d'amélioration avec le problème d'uniformisation des coupleurs de tuyaux hydrauliques de la machinerie agricole.

Les logiciels utilisés par les systèmes de traite robotisés et dans les salles de traite automatisées pour la définition des caractères et le transfert de données diffèrent grandement selon les fabricants et même selon les modèles d'une même marque. Chacun des paramètres est en effet défini de manière distincte, selon la marque du système de traite robotisé. C'est ce qu'ont conclu les membres du groupe de travail d'Uffe Lauritsen dans le cadre de leur étude. Les données de chaque système doivent donc être identifiées de manière distincte.

Étant donné que les organismes responsables des programmes d'amélioration des troupeaux sont financés par des producteurs membres, il est fort possible qu'ils se montrent réticents à assumer les coûts associés à la personnalisation des systèmes informatiques. Il pourrait toutefois être possible de régler le problème si les organismes responsables acceptaient de partager, à l'échelle mondiale, leur approche en matière de saisie et de gestion de données si complexes.

L'uniformisation des systèmes est cruciale pour l'intégration des données et l'efficacité du processus. Les fabricants de matériel de traite, les organismes responsables des programmes d'amélioration des troupeaux laitiers et les fournisseurs de logiciels devraient se doter de protocoles uniformisés de transfert de données pour le bien de l'industrie. Par ailleurs, les producteurs devraient appuyer ces derniers en se procurant leurs produits et services et améliorer ainsi la gestion de leurs troupeaux.

Reproduction axée sur les caractères d'adaptation aux systèmes automatisés

L'étude danoise mentionne également de futurs projets. On prévoit notamment mettre au point des valeurs d'élevage estimées plus précises relativement à la vitesse de traite, une caractéristique économique importante dans les grosses salles de traite ainsi que pour les systèmes de traite automatisés. D'autres projets portent sur les croisements visant à produire des vaches mieux adaptées aux systèmes de traite automatisés et sur l'amélioration des caractéristiques fonctionnelles.

Un ensemble de différents caractères pourrait faire en sorte qu'une vache soit mieux adaptée à la traite au sein d'un système de traite automatisé comparativement à une salle de traite ou à une stalle entravée, par exemple. On ne possède pas ce genre d'informations actuellement. Les Danois envisagent d'étudier les possibilités de mettre au point des valeurs d'élevage estimées associées à cette aptitude. La conformation du pis, la position et la forme des mamelles, la taille et la forme de l'ossature des vaches et leur tempérament sont, entre autres, des caractéristiques qui pourraient avoir une incidence sur l'adaptabilité d'une vache à un système de traite automatisé.

Au Canada, une étude de moindre envergure réalisée récemment a été effectuée sur la capacité ou l'acceptation des vaches à utiliser un système de traite automatisé. Bien qu'on ait observé une certaine corrélation avec la production de lait (les vaches produisant plus de lait ont tendance à vouloir utiliser davantage le système automatisé), les chiffres recueillis étaient insuffisants pour établir les caractères génétiques qui font qu'une vache est plus ou moins adaptée au système de traite automatisé. Cela confirme donc la nécessité d'obtenir des données plus précises, saisies sur une base régulière dans le cadre de systèmes automatisés pour arriver à définir les paramètres génétiques pertinents.

Encore plus d'informations

L'amélioration des valeurs d'élevage relatives aux caractères fonctionnels est très prometteuse. Les données recueillies par les systèmes de traite automatisés pourraient améliorer l'exactitude des valeurs d'élevage estimées des caractères fonctionnels existants liés à la santé, la fertilité, la conformation et le tempérament. Les données déjà saisies par les systèmes automatisés portent notamment sur le poids vif, le rendement en lait par séparateur de quartier, la température, la conductivité, la présence de cellules sanguines dans le lait, les mesures de l'activité de la vache et la mastication.

Les systèmes d'analyse en ligne mis au point ces dernières années sont en voie d'être offerts à grande échelle sur le marché. Ces systèmes fournissent beaucoup plus d'informations sur d'importantes composantes du lait qui sont reliées aux attributs des vaches comme tels.

Le laboratoire Afi-Lab mis en place par Afimilk peut analyser la teneur en matière grasse et la protéine du lait et fournir une estimation du nombre de cellules somatiques. Le robot de traite DeLaval Herd Navigator, dont un prototype a été mis à l'essai auprès de troupeaux européens, peut donner une estimation des taux de progestérone, ce qui est utile en gestion de la reproduction; il fournit également les taux de lacticodéshydrogénase (LDH), un indicateur de la santé du pis, ainsi que les teneurs en urée et en bêta hydroxy-butyrate (BHB), indicateurs de la santé du rumen et des niveaux d'acétonémie

L'amélioration de l'évaluation des différentes caractéristiques grâce aux systèmes de traite automatisés est très prometteuse pour l'industrie, à la condition toutefois que les informations recueillies puissent être partagées et utilisées de façon profitable pour tous. Il est très important d'inciter les producteurs à continuer d'avoir recours aux programmes d'amélioration des troupeaux laitiers, car cela favorisera la compatibilité entre les systèmes ainsi que les mécanismes de transfert des données entre les divers fabricants de matériel et les organismes qui gèrent les programmes d'amélioration des troupeaux laitiers.

Ces mesures permettront à l'industrie de profiter de la richesse des informations générées par les systèmes de traite automatisés, en matière d'amélioration génétique et de gestion globale des exploitations laitières. Il est essentiel d'améliorer la compatibilité entre les systèmes et les mécanismes de transfert de données afin de ne pas sous-utiliser la masse d'informations générées par les exploitations aux fins des programmes d'amélioration des troupeaux laitiers et de l'amélioration génétique.

Bibliographie :

Lauritsen, U. et A. Fogh, Huge Potential in Data from AMS from A Breeder's Perspective, dans les actes du premier colloque nord-américain sur la gestion de précision dans le secteur laitier, Toronto, 2 au 5 mars, 2010, pp. 28-29.

deKoning, CJAM. Automatic Milking - Common Practice on Dairy Farms, dans les actes du premier colloque nord-américain sur la gestion de précision dans le secteur laitier, Toronto, 2 au 5 mars, 2010, pp. 52-67.

Cet article a été publié dans le numéro de mai 2010 du Milk Producer Magazine.

 


Auteur : Blair Murray - spécialiste de l'amélioration génétique des bovins laitiers/MAAARO.
Date de création : 17 août 2010
Dernière révision : 17 août 2010

Pour plus de renseignements :
Sans frais : 1 877 424-1300
Local : 519 826-4047
Courriel : ag.info.omafra@ontario.ca