Choix de thérapies pour vaches taries

Des recherches sont en cours pour déterminer les caractéristiques de troupeau qui permettront de réduire le traitement des vaches taries tout en maintenant la mammite à distance

Les chercheurs ont découvert il y a plus de 40 ans que le traitement des vaches laitières en fin de lactation avec une infusion intramammaire d'antibiotiques réduisait la mammite dans les troupeaux laitiers. À l'époque, les causes les plus importantes de la mammite et celles ciblées pour un traitement en période de tarissement étaient les infections chroniques et contagieuses de la mammite causées par Staphylococcus aureus et Streptococcus agalactiae. Aujourd'hui en Ontario, le Streptococcus agalactiae est rarement responsable de la mammite. Les changements dans les risques de mammite ont donc changé au fil des ans.

En raison de l'intérêt public à réduire l'utilisation inutile d'antibiotiques chez les animaux destinés à l'alimentation et des coûts de traitements que les producteurs doivent débourser pour traiter les vaches non affectées, certains éleveurs laitiers se demandent s'ils doivent cesser le traitement systématique de toutes les vaches avec des infusions intramammaires d'antibiotiques. Dans le passé, toutefois, des recherches menées au Canada et ailleurs ont démontré que les troupeaux où les vaches étaient traitées de façon sélective au tarissement ont vu une augmentation du comptage des cellules somatiques (CCS) et des cas mammites cliniques. Aux Pays-Bas, des recherches très récentes ont démontré que l'élimination du traitement systématique des vaches au tarissement a forcé certains éleveurs à traiter un plus grand nombre de vaches contre la mammite en début de lactation.

Traitement universel des vaches taries

Le recours systématique aux antibiotiques pour traiter toutes les vaches en fin de lactation est appelé traitement universel des vaches taries (TUVT). Cette méthode traite les cas de mammites entamés au cours de la lactation qui vient de prendre fin et empêche les nouvelles infections au début de la période de tarissement, alors que l'extrémité des trayons se referme. Le traitement d'une vache qu'on arrête de traire implique qu'il n'y a pas de rejet de lait et que la vache reçoit le signal comme quoi la lactation est terminée, surtout quand le traitement sert de déclencheur pour sortir la vache du troupeau en lactation. Aujourd'hui, plus de 95 % des producteurs laitiers utilisent le TUVT dans leurs programmes de lutte contre la mammite.

La mammite a-t-elle connu des modifications importantes?

En fonction des agents pathogènes principalement responsables de la mammite dans un troupeau, les pratiques de prévention, comme le TUVT, revêtiront une importance plus ou moins grande. Si l'on croit que les infections mammaires affichant un taux de guérison élevé avec un traitement antibiotique peuvent être réduites ou éliminées au sein d'un troupeau, alors il est peut-être temps de réévaluer la possibilité d'utiliser le TUVT. Les études montrent que les taux d'infection attribuables au Streptococcus agalactiae ont diminué de façon considérable au cours des 20 dernières années. Avant les années 1990, plus de 40 pour cent des troupeaux étaient infectés avec Streptococcus agalactiae. Aujourd'hui, cet agent pathogène est très rare dans les analyses de cultures ou dans les réactions en chaîne par polymérase (RCP). Cet agent pathogène est très sensible aux antibiotiques, il n'est donc pas étonnant que le TUVT ait eu un impact majeur dans l'éradication quasi totale du Streptococcus agalactiae.

L'accroissement du nombre d'analyses des CCS a permis d'identifier un plus grand nombre de mammites subcliniques, et, de ce fait, d'identifier plus rapidement les situations problématiques et de démontrer les améliorations lorsque les programmes mis en place étaient fructueux. La baisse des CCS dans le lait en vrac au cours des 20 dernières années reflète principalement le déclin de la prévalence du Streptococcus agalactiae. D'autre part, Staphylococcus aureus infecte encore au moins une vache dans plus de 80 % des troupeaux canadiens. Les pratiques préventives basées sur les traitements antibiotiques, comme le TUVT, n'ont pas été aussi efficaces contre ce pathogène ou d'autres membres de la famille des Staphylococci.

Les propriétaires de troupeaux sont capables de mieux gérer la mammite de nos jours s'ils profitent de tous les programmes d'information et de dépistage disponibles. Les producteurs et les vétérinaires ont accès à un plus grand nombre d'analyses pour identifier les bactéries responsables des mammites cliniques et subcliniques dans un troupeau en particulier. Des échantillons aseptiques peuvent être prélevés et mis en culture dans un laboratoire de diagnostic, dans une clinique vétérinaire ou même dans un laboratoire à la ferme. Les échantillons recueillis pour le contrôle laitier peuvent être analysés au laboratoire DHI de CanWest pour détecter la présence des bactéries de la mammite contagieuse à l'aide du test RCP. L'accès à un plus grand nombre d'analyses signifie que les producteurs peuvent avoir une idée plus précise des bactéries responsables des cas de mammites dans leur troupeau et qu'ils peuvent utiliser ces informations pour peaufiner leurs programmes de prévention.

Les CCS des vaches donnent un bilan mensuel de la prévalence des mammites dans le troupeau. L'analyse des résultats à l'aide d'un logiciel de gestion du troupeau permet aux producteurs de surveiller les changements dans le profil des mammites. Détecter les changements dans un profil des CCS peut déclencher une réponse en temps opportun lors d'analyses supplémentaires ou déterminer si des changements sont nécessaires dans le programme de prévention. Cependant, les résultats des CCS ne sont pas destinés à détecter les vaches qui ont besoin d'un traitement antibiotique pendant la lactation ou à la fin de celle-ci.

Certains antibiotiques ont changé, mais les familles d'antibiotiques auxquelles ils appartiennent n'ont pas changé. Heureusement, la recherche a démontré que les modèles de résistance des agents pathogènes ciblés de la mammite n'ont pas changé non plus.

Les nouvelles technologies, comme les scellants à trayons, peuvent remplacer une partie, mais pas la totalité, de l'effet des antibiotiques utilisés au tarissement. Les scellants à trayons peuvent empêcher les nouvelles infections pendant la période de tarissement, mais n'ont aucun effet sur les infections déjà présentes au moment de l'infusion.

Détecter les nouvelles infections

Avant de penser à réduire le TUVT, le propriétaire de troupeau doit être sûr que la mammite contagieuse est à un faible niveau. Seuls les troupeaux dont les CCS du lait en vrac sont constamment faibles depuis plusieurs années peuvent penser à réduire leur TUVT. En outre, il est nécessaire d'utiliser un programme d'analyse continue pour identifier les cas de mammites et les bactéries responsables de la mammite, afin d'assurer que la mammite contagieuse est à un faible niveau. La mammite contagieuse peut se propager facilement et rapidement au sein d'un troupeau si l'occasion se présente, comme une défaillance dans les procédures efficaces de contrôle de la mammite. Les vaches nouvellement infectées peuvent être difficiles à identifier rapidement, car il s'agit principalement d'infections subcliniques. Un examen objectif et régulier des procédures de prévention de la mammite à des intervalles déterminés par le vétérinaire du troupeau assurera que des pratiques adéquates de prévention de la mammite sont mises en place, qu'elles sont réalisées de manière efficace et qu'elles sont ajustées pour répondre aux risques de mammites. Si l'on veut réduire le TUVT, des modifications au programme de contrôle de la mammite visant à favoriser la prévention de la mammite plutôt que son traitement seront nécessaires.

Dans un troupeau en lactation fermé, le risque d'introduire la mammite contagieuse par la venue de nouvelles vaches est faible. Quand de nouveaux bovins sont introduits dans un troupeau, il faut procéder à des analyses pour détecter les pathogènes responsables de la mammite avant que ces animaux soient traits ou entrent en contact avec le troupeau. Lorsque l'introduction de nouvelles vaches est peu fréquente dans un troupeau, traire les nouvelles vaches en dernier ou séparément peut être une pratique acceptable. Il est toutefois difficile de réduire l'utilisation du TUVT dans les troupeaux où de nouvelles vaches s'ajoutent régulièrement, en raison des délais requis pour obtenir les résultats d'analyse et de la nécessité de réaliser un RCP en laboratoire, à défaut d'utiliser des analyses à la ferme.

Pouvoir détecter les nouvelles infections de mammite à leurs débuts est essentiel pour réduire le TUVT. Comme bon nombre des nouvelles infections sont subcliniques, l'examen visuel au moment de la traite ne suffit pas pour dépister la mammite. D'un autre côté, les tests de mammite à chaque traite ou chaque jour peut rendre difficile le tri des résultats, c'est-à-dire ceux qui indiquent des problèmes potentiels et ceux qui ne sont pas importants.

Mammite environnementale

La mammite environnementale est causée par les bactéries du fumier qui pénètrent l'extrémité des trayons. Le TUVT peut également réduire certains types de mammite environnementale. Même un troupeau dont les vaches affichent un faible CCS et qui compte peu de cas de mammites pendant la lactation peut présenter de nouvelles infections environnementales à la toute fin de la lactation ou au début de la période de tarissement. Si l'on souhaite réduire le TUVT, les vaches taries doivent disposer d'un grand espace et d'une litière propre et sèche en tout temps, afin d'assurer que l'extrémité des trayons des quartiers nouvellement taris ne soit pas exposée à des taux élevés de bactéries.

Discutez avec votre vétérinaire et faites un plan ensemble

Si vous décidez de laisser le TUYT afin de traiter seulement quelques vaches, vous devez concevoir un plan pour savoir quelles vaches vous devrez traiter. Vous aurez également besoin d'excellents registres de troupeaux et une stratégie d'analyses qui identifie adéquatement les vaches qui auront besoin d'un traitement au tarissement.

Les CCS mensuels sont la méthode la plus courante pour détecter la mammite et développer des protocoles de traitement dans la plupart des fermes laitières de l'Ontario. Cependant, ces analyses peuvent ne pas être suffisantes pour identifier les vaches individuelles à traiter au tarissement. Des chercheurs néerlandais ont étudié environ 1700 vaches réparties dans 97 troupeaux, afin de savoir si le dernier test mensuel DHI avant le tarissement serait suffisant pour identifier les vaches à traiter au tarissement. Dans le cas d'une première lactation, les vaches dont le dernier test indiquait moins de 150 000 cellules/mL ont été choisies pour l'essai, alors que dans le cas des vaches plus âgées, ce sont celles avec moins de 250 000 cellules/mL qui ont été choisies. Nous avons traité deux quartiers de chacune des vaches avec des antibiotiques et nous avons laissé les deux autres quartiers sans traitement.

Durant la lactation qui a suivi, après 100 jours de lactation, les quartiers non traités ont présenté 1,7 fois plus de cas de mammites cliniques. Les quartiers non traités présentaient également des CCS plus élevés le jour du vêlage et après 14 jours de lactation. L'utilisation globale d'antibiotiques a été réduite puisque seulement 85 % des antibiotiques ont été utilisés pour les quartiers non traités par rapport aux quartiers traités. Cependant, l'infection a persisté dans certains quartiers et la valeur préventive du TUVT au début du tarissement a été perdue, ce qui a donné lieu à des CCS plus élevés et à un nombre plus grand de vaches à traiter au cours de la lactation. Nous n'avons pas mesuré le coût des pertes de lait et des composantes des quartiers déjà sérieusement infectés ou nouvellement infectés, ni le coût du lait rejeté en raison des traitements pendant la lactation, ni les risques liés aux résidus d'antibiotiques.

De plus amples études sont nécessaires pour valider d'autres types d'analyses et stratégies d'analyses pour trouver la meilleure façon de toujours choisir adéquatement les vaches et les quartiers à traiter. La détermination des caractéristiques relatives aux troupeaux pouvant réussir à réduire le traitement des vaches taries est toujours en cours. D'emblée, il est clair que les troupeaux doivent continuellement afficher un faible CCS du lait en vrac, probablement moins de 200 000 cellules/mL. Les propriétaires de troupeaux doivent donc disposer d'informations suffisantes au sujet des pathogènes actuellement responsables de la mammite et des facteurs de risque de la mammite, afin de déterminer si leur troupeau convient à une réduction du traitement des vaches taries.

Réduire l'utilisation d'antibiotiques dans les productions animales est un objectif important à atteindre, mais essayer d'atteindre cet objectif en essayant de réduire le traitement universel des vaches taries (TUVT) peut s'avérer difficile en ce moment dans la plupart des troupeaux de l'Ontario. Discutez de cette pratique avec votre vétérinaire, afin de déterminer la préparation et les changements nécessaires aux programmes de prévention de la mammite pour réduire votre dépendance au TUVT.

Article initialement publié en anglais dans la revue Milk Producer.


Auteur : Ann Godkin, vétérinaire en chef/MAAARO
Date de création : 14 juin 2017
Dernière révision : 14 juin 2017

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