Réduction des coûts d'alimentation animale

Les récentes hausses des coûts du maïs ont obligé les chercheurs en nutrition animale à évaluer des solutions de rechange en alimentation qui permettent de maintenir la production de lait.

Lorsque le prix du maïs augmente, il est possible de limiter les coûts d'alimentation sans compromettre la production de lait. Des recherches ont montré que l'utilisation de fibres non fourragères constitue le meilleur moyen de remplacer l'amidon provenant de maïs à prix élevé.

Les hausses récentes du prix du maïs sont attribuables à des utilisations concurrentes du maïs et à la demande mondiale. Les chercheurs an nutrition animale doivent donc trouver des solutions pour réduire les coûts d'alimentation. Dans les rations pour vaches laitières, l'amidon est une source importante d'énergie et sa principale source est le maïs dans la plupart des régions de Canada et des États-Unis. D'autres grains, comme l'orge, peuvent être une source d'amidon plus courante dans les régions où il est plus difficile de se procurer du maïs.

L'amidon est utilisé pour formuler les rations modernes hautement énergétiques dont ont besoin les vaches laitières très productives. L'amidon qui fermente dans le rumen des vaches produit des acides gras volatils et contribue à la croissance des microorganismes dans le rumen, lesquels sont responsables de la formation des protéines microbiennes. Lorsque ces dernières sont digérées par la vache, elles contribuent à la production de lait et au maintien de l'équilibre énergétique et de la condition corporelle.

Une fermentation d'amidon excessive peut provoquer des troubles de santé comme l'acidose ruminale. La digestibilité dépend de la concentration en amidon, de l'ampleur des surfaces exposées (le maïs entier a moins de surfaces exposées que le maïs concassé qui en a moins que le maïs broyé) et du degré de fixation de l'amidon aux autres composants du grain de maïs.

Les recommandations actuelles sur la teneur en amidon des rations pour vaches laitières varient et se situent habituellement autour de 23 à 30 pour cent, avec une concentration optimale de 24 à 26 pour cent.

Au cours des dix dernières années, on s'est beaucoup penché sur les moyens de remplacer partiellement le maïs dans les rations par d'autres ingrédients. Il s'agit principalement d'ingrédients provenant de sous-produits de fibres non fourragères comme les drêches sèches de distillerie, la pulpe de betteraves, la pulpe d'agrumes et les écales de soya. Leur teneur en amidon est cependant de beaucoup inférieure à celle du maïs.

Des chercheurs de l'Université du Dakota Sud, reconnus pour leur expertise en alimentation des vaches laitières à base de drêches sèches de distillerie, ont publié un article sur un essai visant à évaluer l'effet d'une réduction de 29 à 20 pour cent de l'amidon dans la ration. Les quatre rations utilisées pour l'essai sont décrites dans le tableau ci-dessous.

La quantité de drêches de distillerie dans les quatre rations était de 0, 7, 14 et 21 pour cent. Le tableau montre les autres modifications d'ingrédients apportées par les chercheurs en vue de maintenir une ration le plus uniforme possible.

La hausse de la quantité de drêches de distillerie pour atteindre 21 pour cent de la ration était toutefois accompagnée d'une augmentation de la teneur en matière grasse totale, laquelle atteignait 5,48 pour cent, alors que la matière grasse totale était de 4,35 pour cent en l'absence de drêches de distillerie dans la ration. Ce résultat est attribuable à la teneur en gras des drêches de distillerie.

Après six semaines d'administration de ces différentes rations, aucune différence statistique dans la production de lait ou les teneurs en gras et en protéines n'a été observée en ce qui a trait au rendement et au pourcentage de ces composantes dans le lait. Les vaches ont réduit leur ingestion de matière sèche (IMS) à mesure que la quantité d'amidon dans leur ration diminuait et que la quantité d'écales de soya et de drêches de distillerie augmentait. L'IMS a diminué jusqu'à 22,9 kilogrammes par jour dans le cas de la ration contenant 20 pour cent d'amidon comparativement à 25,6 kg par jour pour la ration contenant 29 pour cent d'amidon.

Les chercheurs ont calculé l'indice de conversion basé sur le lait corrigé pour l'énergie par IMS. L'indice est passé de 1,47 à 1,61 avec la baisse de la teneur en amidon et la hausse de la fibre au détergent neutre (FDN).

La baisse de l'IMS peut être liée à une hausse de la FDN au-dessus de 32 pour cent de matière sèche, bien que cette corrélation soit beaucoup plus faible avec la FDN non fourragère qu'avec la FDN provenant de fourrages.
Les résultats de cette étude tendent à confirmer les conclusions d'autres rapports qui laissent croire qu'il est possible de remplacer l'amidon dans les rations par des fibres non fourragères provenant de drêches de distillerie et d'écales de soya. Plusieurs autres études confirment aussi qu'une baisse de l'IMS attribuable à l'apport de drêches de distillerie n'a pas nécessairement d'effet sur le rendement en lait. Une étude menée en Alberta a montré qu'une baisse de l'ordre de 10 pour cent dans la teneur en amidon n'avait pas d'effet sur le rendement en lait, peut-être en raison de la hausse de matière grasse et de la présence de FDN hautement digestible dans les drêches de distillerie.

Il est rentable d'utiliser des rations à plus faible teneur en amidon lorsque le prix du maïs est élevé. En abaissant de 29 à 20 pour cent les teneurs en amidon, les chercheurs de l'Université du Dakota Sud ont évalué que les coûts d'alimentation animale passaient de 4,91 à 3,49 $ par vache par jour, soit une économie de 1,42 $.

Ces économies montrent bien qu'il faut poursuivre les recherches sur les rations à faible teneur en amidon, particulièrement pour les concentrations en amidon inférieures à 21 pour cent ainsi que pour les perspectives à plus long terme. La plupart des études comme celle-ci n'ont pas été réalisées tout au long de la lactation, mais bon nombre de troupeaux américains affichent une bonne production de lait avec des rations dont la teneur en amidon est aussi faible que 15 à 19 pour cent.

Si vous envisagez d'utiliser des rations à faible teneur en amidon, il est important de surveiller les baisses de production, la détérioration de l'état corporel, la diminution de la teneur en protéines du lait et l'augmentation de l'azote uréique du lait (AUL). Avec les drêches de distillerie, il faut aussi suivre de près les variations dans la valeur nutritive des produits, notamment les concentrations de soufre dans la ration totale lorsque les apports sont élevés. La digestibilité de l'amidon contenu dans tous les ingrédients joue un rôle déterminant dans l'efficacité des rations à plus faible teneur en amidon.

Anne Laarman est une étudiante diplômée au Département de sciences animales et avicoles, Université de Guelph; Brian McBride est professeur au Département de sciences animales et avicoles, Université de Guelph et Tom Wright est spécialiste de la nutrition des bovins laitiers pour le MAAARO.

Références : Ranathuga, S et al. 2010. Replacement of starch from corn with non-forage fiber from distillers grains and soyhulls in diets of lactating cows. J. Dairy Sci. 93 :1086-1097.

Zhang, S. et al. 2010. Effects of feeding alfalfa hay on chewing, rumen pH, and milk fat concentration of dairy cows fed wheat dried distillers grains with solubles as a partial substitute for barley silage. J. Dairy Sci. 93 : 3243-3252.

Rations contenant différents pourcentages d'amidon utilisées dans l'étude de l'Université du Dakota Sud
 
Pourcentage d'amidon dans la ration
Ingrédient (% de MS) 29 % 26 % 23 % 20 %
Ensilage de maïs 26,9 26,9 26,9 26,9
Foin de luzerne 22,1 22,1 22,1 22,1
Maïs concassé 35,0 29,3 23,6 17,9
Drêches de distillerie 0 7,0 14,0 21,0
Écales de soya 0 3,19 6,36 9,55
Tourteau de soya 44 % 4,53 3,21 1,89 0,56
Tourteau de soya pressé 8,43 5,61 2,82 0
Gras inerte 1,38 1,04 0,70 0,35
Chaux 0,80 0,80 0,80 0,80
Sel 0,40 0,40 0,40 0,40
Phosphate bicalcique 0,30 0,30 0,30 0,30
Prémélange Micro 0,20 0,20 0,20 0,20
Analyse (% de MS)        
Protéine brute 16,8 16,7 16,5 16,7
FDN 28,4 31,1 34,3 36,4
FDN des fourrages 22,9 22,9 22,9 22,9
FDA 16,1 17,5 19,9 20,5
GNS 43,5 40,2 36,9 34,6
Amidon 29,0 26,0 23,1 19,9
Matière grasse totale 4,35 5,07 5,37 5,48

Cet article est paru, en version originale anglaise, dans la chronique Ruminations de la revue The Milk Producer, en octobre 2011.


Auteur : Anne Laarman - graduate student/Université de Guelph; Brian McBride - professeur/Université de Guelph; Tom Wright - dairy cattle nutritionist/MAAARO
Date de création : 12 décembre 2011
Dernière révision : 12 décembre 2011

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