Vos pratiques de gestion de l'alimentation peuvent directement affecter les rendements laitiers de votre troupeau

L'expert en nutrition des ruminants, le Dr Rick Grant, a déclaré dans son discours d'ouverture lors d'une récente conférence sur la nutrition des ruminants aux États-Unis que la nutrition des vaches laitières ne se limite pas seulement à l'analyse de données et au remaniement de la ration du troupeau.

Président de la William H. Miner Agricultural Research Institute à Chazy (N.Y.), le Dr Grant a discuté des récentes avancés dans le domaine de la nutrition des vaches laitières, notamment des taux de digestibilité de la fibre. Certaines des dernières recherches offrent de nouveaux outils pour affiner le processus de formulation de la ration. Bien que les nutritionnistes ont accès à des rapports d'analyse détaillés des aliments du bétail, à des modèles mathématiques précis et à des logiciels pour équilibrer la ration parfaite, le Dr Grant a souligné l'importance de l'approche fondamentale de l'alimentation pour que la ration de votre troupeau dépasse les attentes.

Pour illustrer l'importance de la gestion de l'alimentation, le Dr Grant a cité une étude menée en 2008. Cette étude a démontré qu'outre la nutrition, d'autres facteurs pouvaient représenter des variations de rendement de lait de plus de 50 pour cent entre des troupeaux de génétique similaire et nourris avec la même ration. Dans cette étude, les rendements laitiers variaient de 20,5 kg à 33,6 kg par jour, même si la ration utilisée était la même dans les essais.

Les facteurs non liés à la nutrition, comme la remise des aliments à portée des animaux, les interactions sociales, la concurrence à la mangeoire, la conception de la mangeoire, la densité des animaux, le pourcentage d'aliments refusé, la fréquence d'alimentation, la durée où la mangeoire est vide et le confort des stalles peuvent considérablement affecter les niveaux de production, même si tout semble parfait sur papier.

Fréquence de distribution des aliments

Les vaches mangent en moyenne sept repas par jour sur une période de cinq à six heures. Le temps que les vaches passent à la mangeoire révèle un schéma d'alimentation diurne, lequel est influencé par le moment où les aliments sont servis, la remise des aliments à portée des animaux et la traite. Le pic le plus important de l'activité alimentaire se produit lorsque les vaches reviennent de la salle de traite et environ au moment où les aliments frais sont distribués. Ce dernier ayant une grande influence sur le comportement alimentaire.

La distribution uniforme de la nourriture sur toute la longueur de la mangeoire peut aider à réduire la concurrence à l'arrivée des aliments frais. Malgré cette pratique, les vaches peuvent quand même être tentées de changer de place à la mangeoire pour goûter l'aliment servi. Ce problème de dégustation peut être aggravé s'il y a des variations lors du mélange de la ration.

Il est pratique courante dans de nombreuses fermes de servir la ration totale mélangée (RTM) une fois par jour, généralement le matin. Augmenter la fréquence d'alimentation d'une à deux fois par jour permettra d'augmenter la durée d'alimentation quotidienne des vaches et de répartir la durée d'alimentation pendant la journée. Modifier la répartition de la durée d'alimentation se traduira par un accès plus équitable des vaches aux aliments. Les vaches soumises ne seront pas déplacées aussi souvent si elles sont nourries plus souvent. Malgré la fréquence des repas, certaines vaches peuvent quand même chercher à trier la RTM.

Vous pouvez réduire le comportement de tri de vos vaches en augmentant la fréquence de distribution des aliments d'une à deux fois par jour. Une ration fraîchement préparée, servie deux fois par jour, améliore la fermentation dans le rumen, ainsi que la durée d'alimentation et de rumination.

La remise en place des aliments à portée des animaux et les aliments refusés

Quand une RTM est servie aux vaches, celles-ci vont trier le mélange en repoussant des aliments, de sorte, qu'au bout du compte, ceux-ci se retrouvent hors de leur portée. Pour pallier ce problème, ramener les aliments à portée des animaux plusieurs fois par jour pour assurer que les vaches ont un accès continu aux aliments.

Ramener les aliments plus près des vaches 30 minutes après avoir servi le dernier repas stimulera la prise alimentaire et réduira la concurrence à la mangeoire. Le fait de ramener les aliments plus près des vaches peut réduire les blessures au cou que certaines vaches s'infligent en exerçant une pression excessive sur la barrière de la mangeoire dans le but d'atteindre les aliments plus loin. Il est plus important de ramener les aliments pendant la journée qu'en soirée. Idéalement, vous devriez ramener les aliments plus près des vaches toutes les 30 minutes pendant les deux heures qui suivent la distribution du repas.

Essayez de vous assurer que la mangeoire ne soit jamais vide pendant plus de trois heures. Idéalement, les vaches doivent avoir accès à la nourriture 24 heures par jour, sept jours par semaine. Le taux d'aliments refusés devrait se situer autour de trois pour cent. L'accessibilité aux aliments stimule le comportement alimentaire qui, à son tour, permet d'optimiser la consommation de matière sèche et la production de lait. Des aliments disponibles en permanence réduisent l'agitation des vaches et favorisent le temps de repos dans les stalles.

Densité de logement et concurrence

Plusieurs études ont démontré que les vaches choisissent de se coucher plutôt que de manger. Dans un système de stabulation libre, il est essentiel d'avoir un nombre suffisant de logettes pour accueillir le nombre de vaches dans un enclos. La production de lait par vache est en corrélation directe avec le nombre de logettes disponibles par vache. Le Code de pratiques pour le soin et la manipulation des bovins laitiers indique que la densité d'élevage doit être inférieure à 1,2 vache par logette ou à 120 pour cent de la densité de logement. Les densités de logement inférieures à 100 pour cent ont montré une production de lait accrue.

À mesure que la densité de logement augmente, la fréquence des comportements agressifs et l'éloignement des vaches soumises augmentent. Dans pareils cas, les vaches passent plus de temps debout dans les allées en attente d'une logette. Le manque de repos augmente le degré de stress au sein du troupeau. Il s'ensuit une diminution de la production de lait, du temps d'alimentation et du temps de rumination, et prédispose les vaches à la boiterie et autres problèmes de santé. Les logettes devraient être de dimensions appropriées, disponibles en nombre suffisant et pourvues d'une litière confortable. La quantité de litière utilisée favorise le temps de repos, ce qui favorise la production de lait. Si le revêtement de la logette est visible, cela indique clairement que vous n'utilisez pas assez de litière.

Dans un système de logement collectif, les vaches vont démontrer leur comportement social comme si elles étaient au pâturage. Elles vont manger, se reposer et ruminer aux mêmes moments, en supposant qu'elles ne sont pas dérangées. Vous pouvez également observer leur hiérarchie sociale. De nombreux facteurs peuvent intervenir et influencer négativement les performances de la vache laitière. Les situations comme l'espace restreint, le temps d'accès restreint à la mangeoire, une alimentation restreinte et un horaire d'alimentation irrégulier peuvent influencer négativement le comportement des vaches et affecter les vaches soumises. Un espace insuffisant à la mangeoire peut augmenter les comportements agressifs et limiter la capacité des vaches soumises à accéder à la nourriture quand elles doivent se nourrir.

Le Code de pratique recommande de fournir au moins 24 pouces d'espace linéaire à la mangeoire par vache adulte. Dans le cas des vaches taries sur le point de vêler et des vaches en début de lactation, l'espace linéaire à la mangeoire devrait être augmenté à 30 pouces. En général, les vaches ne remplissent pas d'elles-mêmes plus de 80 % des cornadis de 24 pouces. Votre programme de gestion doit minimiser tous les aspects qui peuvent créer du stress dans le troupeau ou favoriser des situations où des comportements agressifs pourraient survenir.

L'équilibre des rations est un aspect important de la gestion de votre ferme laitière, mais d'autres facteurs le sont aussi, comme l'espace de mangeoire, la disposition et les considérations opérationnelles, notamment la gestion des mangeoires et la distribution des aliments. Une évaluation complète de votre système d'alimentation accompagnée des correctifs nécessaires peut influer positivement sur la santé et la productivité de votre troupeau.

Cet article a été publié initialement dans l'édition de décembre 2014 de la revue Milk Producer.

Références :

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Auteur : Mario Mongeon, Spécialiste en productions animales/MAAARO
Date de création : 23 février 2016
Dernière révision : 23 février 2016

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