L'empreinte écologique des exploitations laitières

Chaque fois que des mesures sont prises dans des exploitations agricoles pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, cela favorise l'amélioration de l'image du secteur dans le public.

Les fermes laitières, ainsi que les fermes bovines, ont été montrées du doigt pour leur contribution à l'empreinte carbone mondiale, particulièrement dans le cadre des analyses de durabilité utilisées par les distributeurs au détail de produits alimentaires et par les groupes environnementaux indépendants. Bien que les contributions aux émissions de gaz à effet de serre (GES) des exploitations laitières au Canada soient relativement faibles en comparaison avec celles d'autres pays, toute mesure visant à limiter leur volume adoptée à l'échelon des exploitations redore l'image du secteur auprès du public. Les initiatives de recherche qui aident le secteur à réduire son empreinte carbone constituent une partie importante de ce travail. Elles permettent de montrer que l'industrie laitière canadienne travaille de manière proactive, à chaque fois que l'occasion se présente, à minimiser les répercussions environnementales négatives de ses activités et à accroître la durabilité du secteur.

En avril 2015, des scientifiques de tout le pays se sont rencontrés à Ottawa pour discuter des émissions de GES produites par les exploitations laitières. Le secteur laitier au Canada est un partisan de longue date de la recherche dans ce domaine, ce qui constitue l'un de ses atouts. Il pourrait être tentant de négliger l'importance de la recherche en matière de gaz à effet de serre ou de discréditer ce sujet comme n'intéressant que les spécialistes de l'environnement; toutefois, une production laitière efficace et la réduction des gaz à effet de serre émis par les exploitations sont deux paramètres qui vont de pair. En effet, les gaz à effet de serre sont des éléments nutritifs ou de l'énergie perdus sous une autre forme; minimiser ces pertes devrait certainement continuer à améliorer la rentabilité d'une exploitation agricole.

Les scientifiques présents lors de cette réunion souhaitaient déterminer des pratiques concrètes susceptibles de s'inscrire dans les mesures que les agriculteurs laitiers canadiens ont adoptées pour la gestion de leur exploitation dans le cadre d'une vision de viabilité à long terme. Leurs discussions ont essentiellement porté sur trois domaines d'une exploitation laitière et sur la façon dont ils interagissent : la vache et les émissions de l'étable; la gestion du fumier; et l'épandage du fumier dans les champs.

Les GES émis par les exploitations agricoles sont notamment le méthane, le protoxyde d'azote et le dioxyde de carbone. Le méthane provient principalement des vaches et de la gestion du fumier. La gestion du fumier peut produire du protoxyde d'azote, mais ce sont les champs qui en constituent la source principale. Le dioxyde de carbone imputable aux animaux eux mêmes n'est pas décompté dans les calculs de GES; toutefois, les sols peuvent s'imprégner de dioxyde de carbone, un processus connu sous le nom de « séquestration du carbone ».

Émissions en provenance des vaches

On appelle « émissions entériques » le méthane émis par les vaches. Celles ci peuvent être très importantes. Selon le Rapport d'inventaire national 2015 du Canada, 27 % des émissions de méthane au pays proviennent de l'agriculture et, parmi elles, ce sont les émissions entériques du bétail qui représentent la part la plus importante. Les chercheurs travaillent depuis des années pour déterminer des moyens de réduire ces pertes. Un certain nombre de domaines semblent prometteurs à cet égard :

  • L'optimisation des régimes alimentaires - L'amélioration de la santé et de la nutrition des animaux laitiers accroît la production de lait. On a montré que des augmentations de l'efficacité de la production permettaient de réduire les émissions de GES en limitant la quantité des apports nécessaires pour une production donnée de lait.
  • L'utilisation des lipides - On a démontré que l'ajout de lipides à la ration des bovins était en mesure de réduire les émissions entériques sans accroître la quantité de graisses ingérées au point où elle pourrait provoquer des répercussions négatives sur la digestion des animaux.
  • La gestion des fourrages - Les émissions de méthane peuvent être réduites en récoltant les fourrages à maturité optimale afin de maximiser l'énergie digestible offerte lors de leur utilisation pour l'alimentation des vaches. S'assurer de la bonne conservation des fourrages représente une autre stratégie favorable.

Gestion du fumier

Il existe un consensus entre les chercheurs sur le fait que certains facteurs détermineront les techniques de gestion des GES optimales dans une exploitation agricole. Par exemple, alors que la digestion anaérobie dispose du potentiel pour réduire considérablement les émissions de GES provenant du fumier, il est impossible d'installer un digesteur sur chaque exploitation laitière. Un certain nombre d'obstacles s'opposent, en effet, à l'exploitation de cette technologie, notamment les coûts d'installation, la disponibilité du fumier et des matières premières alimentaires biologiques, les prix de l'électricité ou du gaz naturel, la capacité à se connecter au réseau ainsi que de nombreuses autres difficultés susceptibles d'empêcher une large utilisation des digesteurs. Cependant, la majorité des agriculteurs qui ont installé un digesteur anaérobie ont obtenu de beaux succès grâce à cette stratégie.
La séparation du fumier solide et liquide peut présenter un intérêt pour de nombreux agriculteurs. Une telle démarche permet de réduire la production de méthane émanant du stockage du fumier. La séparation est nettement moins chère que la digestion anaérobie. En outre, elle réduit le besoin en capacité de stockage et offre une source potentielle de litières.

Parmi les autres méthodes de gestion susceptibles de réduire la production de méthane imputable au stockage du fumier, on peut noter le vidage complet de l'unité de stockage ou l'application d'une couverture de paille sur le réservoir de stockage. Bien que certains points soient à prendre en considération en matière de gestion dans le cadre de ces deux pratiques, en déterminant par exemple s'il est effectivement possible de vider le local de stockage ou de maintenir une couverture de paille sèche sur le réservoir de stockage, toutes deux pourraient réduire les pertes en GES.

Dans les champs

Les chercheurs ont examiné plusieurs pratiques de réduction des pertes d'azote dans les champs après l'épandage du fumier et des autres sources d'éléments nutritifs. Les pertes d'azote sous forme de protoxyde d'azote, un GES, ou de lixiviats d'ammoniac ou de nitrate peuvent être importantes. En minimisant ces pertes et en accroissant l'absorption des cultures, on est en mesure de réduire les coûts.

Quels que soient la taille ou le style de l'exploitation, les pertes d'azote émanant du fumier épandu peuvent être diminuées en optimisant les techniques correspondantes grâce à des essais sur les sols et sur le fumier. Les chercheurs ont également déterminé que l'épandage d'éléments nutritifs au printemps était susceptible d'accroître l'absorption des végétaux et de réduire la quantité d'azote perdu sous la forme de lessivage, d'eaux de ruissellement ou de gaz.

Une utilisation plus importante de plantes vivaces dans les systèmes de culture constitue une autre pratique prometteuse pour la réduction des GES attribuables aux champs. Les chercheurs ont constaté que les cultures vivaces de fourrages stockaient un pourcentage de carbone plus important que les cultures annuelles, permettant ainsi d'accroître les quantités de matières organiques dans le sol et de séquestrer le carbone.

Incidences de l'exploitation agricole

Bon nombre des pratiques menées sur une ferme laitière en vue d'améliorer l'alimentation ou l'efficacité des éléments nutritifs peuvent conduire à des économies financières ainsi qu'à des réductions des émissions de GES. Les producteurs laitiers peuvent mettre en œuvre différentes pratiques pour réduire l'empreinte écologique de leur exploitation, notamment l'optimisation des régimes alimentaires, l'amélioration de la gestion du fourrage pour une meilleure digestibilité et l'optimisation de l'épandage des nutriments à l'échelon du champ, particulièrement en ce qui concerne les sources d'azote.

On encourage les producteurs à en discuter avec leur nutritionniste et leur agronome pour élaborer un plan d'action en la matière. Les exploitations agricoles disposant de systèmes de lisier sont en mesure de réduire leurs émissions de GES en vidant complètement leur local de stockage du fumier, particulièrement, lorsque c'est possible, au printemps.

Perspectives d'avenir

Les producteurs laitiers en font déjà beaucoup pour réduire les émissions de gaz à effet de serre en ayant recours à des méthodes de production efficaces. Ils continuent également à augmenter leur capacité de production afin d'être capables de produire la même quantité de lait, voire une quantité supérieure, avec moins de vaches. En fin de compte, ces stratégies permettront d'améliorer l'efficacité de la production agricole de lait ainsi que la durabilité et la viabilité de l'exploitation.

Karen Clark est directrice adjointe, Politiques et développement durable de l'association Les producteurs laitiers du Canada, Tom Wright est spécialiste de la nutrition des bovins laitiers au ministère de l'Agriculture, de l'Alimentation et des Affaires rurales de l'Ontario et Mike Slomp est directeur des services à l'industrie et aux membres de l'Alberta Milk. La recherche présentée dans cet article provient du projet Programme de lutte contre les gaz à effet de serre en agriculture (PLGESA) financé par Agriculture et Agroalimentaire Canada et par l'association Les producteurs laitiers du Canada, ainsi que de la Grappe de recherches laitières financée par AAC, PLC, le Réseau laitier canadien et la Commission canadienne du lait.

Cet article a initialement été publié dans le numéro de juin de la revue The Milk Producer Magazine.


Auteur : Le personnel du MAAARO
Date de création : 22 février 2016
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