N'attendez pas à la dernière minute pour apporter les changements requis en vue d'améliorer les notations de l'état des jarrets de votre troupeau

Les blessures aux jarrets sont la lésion la plus courante chez les vaches laitières logées pendant une grande partie de l'année. La plupart des évaluations et programmes de bien-être dans le monde visent à réduire les lésions aux jarrets, afin d'améliorer le bien-être des vaches.

Le volet Soins des animaux du programme proAction exige que les producteurs demandent à une tierce partie d'évaluer l'état de santé des jarrets de leurs troupeaux et, si des problèmes sont identifiés, qu'ils procèdent aux changements nécessaires pour une amélioration continue. Les recherches révèlent qu'environ 50 pour cent des troupeaux canadiens doivent réduire les lésions aux jarrets pour répondre aux normes canadiennes.

Pas toutes pareilles

Les blessures aux jarrets ne sont pas toutes pareilles. Les affections associées à un jarret blessé sont une perte de poils, une ulcération ou une plaie ouverte ou une enflure. Toutes ces affections ou seulement une ou deux d'entre elles peuvent être présentes sur un jarret blessé. La plupart des gens sont d'accord pour dire que la perte de poils est la lésion au jarret la moins sévère, suivie de l'ulcération, puis de l'enflure qui est la plus sévère. Bien qu'une lésion puisse évoluer et prendre une forme plus sévère à défaut de guérir, il est possible que toutes les affections nommées soient présentes en même temps dans les cas graves.

Le jarret d'une vache est une grosse articulation osseuse et la petite quantité de tissu mou qui l'enveloppe lui procure une protection très limitée. Les lésions encourues dépendent du type de blessure au jarret. La perte de poils est due à une abrasion cutanée constante ou fréquente dans la zone des protubérances osseuses résultant du frottement sur une surface rugueuse ou dure. Dans certains cas, le frottement transperce la peau, et si la surface de repos est assez dure, la pression de la peau entre les os et la surface de repos dure interfère avec l'apport sanguin dans la peau. Éventuellement, les dommages cutanés s'aggravent suffisamment pour produire des ulcérations ou des plaies ouvertes. Toute plaie ouverte est une voie d'entrée pour les bactéries responsables d'infections. Un écoulement purulent s'écoule souvent d'une plaie importante. La forme la plus grave de lésion au jarret est l'enflure du jarret et elle survient lorsque les tissus situés plus profondément sous la peau ou dans l'articulation deviennent enflammés. Les enflures se produisent lorsque la vache se cogne continuellement les jarrets contre une surface dure, ou quand les protubérances osseuses des jarrets sont longtemps en contact avec une surface dure. Une blessure aiguë peut survenir quand une vache glisse alors qu'elle essaie de se coucher ou quand elle tombe dans l'allée. Le frottement prolongé se produit quand une vache passe beaucoup de temps couchée sur une surface dure.

Dans certains cas, en raison d'une plaie pénétrante, les bactéries peuvent s'introduire plus profondément à l'intérieur de l'articulation. Ce type d'inflammation articulaire connue sous le nom d'arthrite septique provoque une boiterie sévère. Dans certains cas d'infection au jarret ou à l'articulation du jarret, les bactéries prennent la circulation sanguine ou lymphatique et sont véhiculées dans tout le corps de la vache. Les bactéries peuvent infecter des parties éloignées, comme les valvules cardiaques, les poumons ou le foie.

Boiterie et mammite

Les lésions au jarret sont associées à la boiterie. Les lésions légères, comme la perte de poils, causent un certain inconfort, mais pas suffisant pour changer la manière de marcher d'une vache. Dans un cas pareil, la boiterie est difficile à détecter. Dans le cas d'une enflure ou ulcération, l'articulation est raide et la vache éprouve des difficultés à marcher normalement. Ces types de lésions affectent le comportement de la vache, car elles sont douloureuses lorsque la vache essaie de se coucher ou de se tenir debout. La boiterie causée par les problèmes de douleur aux pieds, comme les ulcères de sole ou la dermatite digitée, peut conduire à des lésions au jarret. Les vaches qui ont mal aux pieds restent couchées pendant des périodes plus longues. Les vaches qui restent couchées sur des surfaces abrasives ou dures pendant de longues périodes augmentent leur risque de blessures aux jarrets. La boiterie et les lésions au jarret ont tendance à se produire en même temps.

Les lésions au jarret peuvent être liées à la mammite. Les chercheurs qui étudient la mammite causée par Staphylococcus aureus ont découvert que l'épiderme du jarret peut constituer un réservoir pour cette bactérie responsable de la mammite. Les chercheurs croient que le lait qui renferme des Staphylococcus aureus contamine la litière de la vache et colonise l'épiderme du jarret quand la vache est couchée, surtout quand l'épiderme du jarret est irrité ou endommagé. La zone du jarret devient un réservoir pour les Staphylococcus aureus. Cela peut mener à la contamination de l'épiderme des trayons et à la propagation de la bactérie, causant de nouveaux cas de mammite.

Notation de l'état du jarret

La santé du jarret peut être évaluée en comparant l'état visuel du jarret d'une vache aux illustrations annotées développées pour proAction. Cela devra être fait une fois avant la validation en 2017. Vous pouvez également travailler avec un conseiller qui sait comment noter l'état des jarrets pour savoir comment se porte votre troupeau. Si vous voulez connaître l'état de santé de votre troupeau, notez les deux jarrets de toutes les vaches et enregistrez les résultats. Ces résultats peuvent être comparés aux résultats des 210 troupeaux (100 en stabulation entravée et 110 en stabulation libre) de l'Alberta, de l'Ontario et du Québec, dont les résultats de notation ont été publiés dans le Journal of Dairy Science en 2015. Au Canada, 371 producteurs laitiers ont fourni les résultats de notation de l'état des jarrets de leur troupeau à l'Étude nationale sur l'industrie laitière en 2015. Ces rapports peuvent également être utilisés pour des analyses comparatives (voir l'article Research à la page 32).

Plusieurs exploitants agricoles voudront apporter des changements pour améliorer les notes de l'état des jarrets. Savoir quoi faire n'est pas toujours simple. Les fermes où les vaches restent couchées sur des surfaces dures pendant des périodes plus longues présentent un taux plus élevé de mauvaises notes en ce qui concerne l'état des jarrets. La recherche menée par le groupe de travail sur le bien-être des vaches de l'Université de la Colombie-Britannique, ainsi que l'expérience pratique des producteurs, montre que l'augmentation de la quantité de litière sous les vaches peut considérablement atténuer les lésions aux jarrets. Il a été démontré que l'épaisseur de litière est plus importante que le type de litière. Cependant, trouver un moyen de fournir suffisamment de litière et de la garder en place sous les vaches en tout temps peut être difficile. Souvent, la solution est spécifique à la ferme, mais chaque ferme ayant des problèmes de jarret doit trouver et adopter une solution.

Vous devez évaluer entièrement et soigneusement la situation de votre ferme, afin de trouver la meilleure façon de procurer aux vaches une surface de repos plus moelleuse. Les facteurs de risque courants identifiés dans la recherche doivent être évalués, tels que la surface des stalles, le type de litière, la quantité de litière, le programme de distribution de la litière, la conception des stalles et les dimensions des stalles. Vous pouvez accéder aux questionnaires et outils d'évaluation des récentes recherches, afin de vous assurer que vous enregistrez tous les renseignements requis. Il existe également des applications utiles, comme le Dairyland Initiative (voir l'encadré), qui peut faciliter la collecte de mesures précises et comparables des stalles.

Observez vos voisins

Trouver le remède le plus adéquat pour traiter les facteurs de risque identifiés est plus qu'un art et nécessite l'aide de vétérinaires bien informés au sujet des bovins laitiers, de conseillers ou de producteurs. La solution spécifique à votre ferme concernant la litière devrait tenir compte des types de litières disponibles localement, du système de manutention du fumier de la ferme et des besoins et de la disponibilité en main-d'œuvre.

Quelquefois, les meilleures solutions se trouvent dans les fermes voisines. Les études concernant les lésions aux jarrets révèlent que plusieurs fermes n'ont pas de problèmes avec les jarrets. L'expérience récente des groupes de réflexion du projet pilote Focus Farm Animal Care de l'Ontario suggère que les groupes de producteurs qui travaillent en collaboration avec un facilitateur qualifié, en l'occurrence le vétérinaire, ont tendance à partager ou à rechercher des expériences qui entraînent des modifications raisonnables en vue de résoudre le problème. Voir ce qui fonctionne sur d'autres fermes et discuter avec d'autres producteurs s'efforçant de résoudre les mêmes types de problèmes que vous peut constituer un excellent raccourci pour appliquer la bonne solution sur votre ferme.

Les lésions aux jarrets prennent du temps à guérir après que des changements aient été apportés. Il n'existe pas à ce jour d'études scientifiques ayant enregistré l'évolution de l'état de santé des jarrets à la suite de modifications apportées aux installations ou à la gestion. Cependant, de nombreux producteurs et vétérinaires sont conscients que les vaches qui sont retournées dans les pâturages au printemps avec des jarrets légèrement enflés ont vu leur état s'améliorer considérablement en quatre à huit semaines. C'est habituellement le cas de lésions légères. Dans le cas de blessures modérées à graves, il serait plutôt optimiste de penser qu'elles pourraient s'amenuiser dans un délai aussi court, ou pas du tout dans les cas graves. Faits anecdotiques, les producteurs qui ont construit ou modifié leurs étables en recouvrant les surfaces de repos dures des vaches d'un matériau plus moelleux et plus confortable ont rapporté une amélioration en quelques semaines ou quelques mois.

Pour mesurer l'amélioration, vous devez noter les vaches atteintes au fil du temps, afin de suivre les changements. Parfois, cette évaluation sera biaisée à cause du retrait de vaches plus âgées réformées pour d'autres problèmes. Il vaudrait peut-être mieux suivre les vaches intactes qui intègrent le troupeau en lactation après le vêlage pour examiner le taux de développement des problèmes au jarret au fil du temps.

La collecte des renseignements, les décisions à prendre concernant les modifications et la mise œuvre de ces changements prennent du temps. Les changements visant à améliorer la notation de l'état des jarrets ne sont pas des choses à négliger jusqu'à la dernière minute. C'est maintenant le bon moment pour évaluer votre troupeau et déterminer les changements à faire pour améliorer les notations de l'état des jarrets de vos vaches.

Article initialement publié en anglais dans la revue Milk Producer.

Références :

  1. Review: A descriptive review of the prevalence and risk factors of hock lesions in dairy cows. E. Kester, M. Holzhauer and K. Frankena, The Veterinary Journal 202 (2014) 222-228.
  2. Identifying injuries: Dr. Anne Marie de Passillé, Jeff Rushen, Elsa Vasseur, Doris Pellerin, and Shelley Crabtree, Milk Producer November 2014.

Encadré :

Un moyen facile de mesurer, de rapporter et d'enregistrer les dimensions des stalles d'une étable en stabulation libre est d'utiliser l'application Freestall Assessor disponible auprès de Dairyland Initiative de l'École de médecine vétérinaire de l'Université du Wisconsin. Elle est disponible pour téléchargement à partir d'iTunes pour 3,49 $ (US) et peut être utilisée sur un iPad.

www.vetmed.wisc.edu/dms/fapm/apps/sa.htm.


Auteur : Ann Godkin, vétérinaire en chef,/MAAARO
Date de création : février 2016
Dernière révision :

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