Choix de litière

Les producteurs laitiers constatent qu'ils peuvent utiliser des solides du fumier dans la litière en respectant certaines conditions.

L'accessibilité accrue à la partie solide des fumiers, conjuguée aux nouvelles technologies offertes, a ravivé l'intérêt des producteurs laitiers à employer ce matériel comme litière dans les étables à stabulation libre.Le concept avait souvent donné de piètres résultats auparavant, mais la situation s'est beaucoup améliorée en raison des nouvelles techniques de gestion utilisées.

La mise en place récente de digesteurs anaérobies sur les fermes laitières ontariennes permet aux producteurs d'avoir accès à une source constante de solides du fumier.Il est également de plus en plus courant de séparer la partie solide du fumier à l'aide de composteurs à tambour. Comme pour bon nombre de techniques mises en place en production laitière, le succès ou la réussite sont étroitement liés aux pratiques de gestion utilisées.Voyons de plus près en quoi consiste l'utilisation des solides du fumier dans la litière des vaches.

La litière comme sous-produit des digesteurs anaérobie

La digestion anaérobiepermet de décomposer la matière organique par l'action microbienne dans un milieu exempt d'oxygène. Cela produit un mélange de méthane et de dioxyde de carbone appelé biogaz, qui est utilisé pour produire de l'électricité. Le processus produit aussi une boue riche en éléments nutritifs, appelée digestat.Il est possible de retirer l'eau du digestat pour obtenir de la litière pour le bétail.Les producteurs de lait ontariens qui possèdent un digesteur anaérobie retirent l'eau du digestat en le passant à travers une presse à vis ou à rouleau pour obtenir ainsi du matériel pour la litière qui contient de 65 à 68 pour cent d'humidité.

Les agriculteurs épandent ensuite les solides du fumier à l'état frais afin d'éviter qu'ils chauffent dans le tas de fumier.La litière est plus efficace lorsqu'on en épand une épaisseur de 5 cm (2 po) quatre ou cinq fois par semaine pour éviter que le produit ne chauffe dans les stalles.Un producteur a fait remarquer que les solides du fumier avaient de très fines particules qui peuvent coller aux extrémités des trayons. Il est donc important de bien nettoyer le pis avant la traite.

Les composteurs à tambour accélèrent le compostage du fumier

Durant le compostage, un processus biologique naturel, les microorganismes décomposent les tissus végétaux ou animaux sous des conditions aérobies. Le composteur à tambour accélère la décomposition en faisant circuler l'oxygène par le culbutage et le mélange des matières. Ce processus permet d'obtenir un autre type de litière à partir du fumier.

On traite d'abord le fumier liquide en utilisant une presse à vis pour réduire le taux d'humidité des solides du fumier à 68 pour cent.Le temps requis pour l'extraction de l'eau dépend de la quantité de fumier à traiter et une minuterie installée sur la presse à vis permet de régler cette durée.

Les matières déshydratées sont ensuite chargées dans un composteur rotatif qui laisse entrer de l'air pour alimenter les microorganismes. Le compost dans le tambour atteint une température de 65 à 70 degrés Celsius (150 à 160 Fahrenheit), ce qui tue la plupart des semences de mauvaises herbes et les agents pathogènes. Tout le matériel est passé à travers le composteur rotatif en deux ou trois jours.

L'expérience a démontré que lorsqu'on utilise le compost comme litière, il est préférable de le renouveler chaque jour ou aux deux jours. Conservé trop longtemps, le compost de fumier peut se remettre à dégager de la chaleur.On peut l'épandre assez abondamment dans les stalles à une profondeur d'environ5 cm (2 po).

La litière fraîche donne de meilleurs résultats

Quel que soit le procédé de transformation des solides du fumier destinés à servir de litière, il est important d'employer ces solides à l'état frais et de ne pas les laisser en tas trop longtemps. S'ils sont entreposés pendant plus de deux ou trois jours, ils recommenceront à dégager de la chaleur. Certains producteurs laitiers assèchent les solides avant de les utiliser comme litière.

On peut épandre les solides du fumier dans les stalles plusieurs fois par semaine en couche de 5 cm (2 po), avec un épandeur à godet, par exemple.Étant donné que l'humidité est propice à la reproduction des bactéries dans ce type de matériel, il est important de le retirer des stalles lorsqu'il devient humide.

Ces solides compostés dans un composteur à tambour, qu'ils soient séparés dans un digesteur anaérobie ou du fumier, sont efficaces pour les producteurs de lait de l'Ontario. La clé est de bien gérer le processus.

Résultats variables obtenus avec du fumier recyclé

Il existe des essais bien documentés réalisés par des vétérinaires, des producteurs et des chercheurs sur l'utilisation du fumier recyclé utilisé comme litière. Dr Kenn Buelow, un producteur et vétérinaire, a décrit des essaisréalisés à deux fermes laitières distinctes dans le Wisconsin avec un digesteur à écoulement piston. Les solides ont été séparés du fumier après avoir passé à travers le digesteur.

L'essai a été la plupart du temps positif avec un comptage de cellules somatiques de 185000 à une ferme, et 100000 à la deuxième.

Les résultats d'un essai mené à une ferme de l'État de New York, documentée par le vétérinaire Peter Ostrum, ont été différents.La ferme utilisait une litière de sable et elle est passée aux solides du fumier pour des raisons environnementales.Les solides ont été séparés directement du fumier puis laissés à chauffer en tas et utilisés après moins de trois semaines d'entreposage.

Une hausse radicale des cas de mammites à coliformes a cependant été constatée. Par conséquent, ils ont discontinué l'utilisation de solides du fumier et sont revenus à la litière de sable.

Dr Marcia Endres, professeur adjoint en sciences du lait à l'Université du Minnesota, a récemment réalisé une étude auprès de 38 fermes laitières au Minnesota, au Wisconsin, dans le Dakota Sud et en Iowa. Il visait notamment à décrire les conditions de bien-être animal dans les exploitations laitières utilisant des solides de fumier recyclés comme litière.

L'étude évaluait les paramètres de bien-être animal associés à la prévalence de la boiterie, des lésions au jarret et à l'hygiène. Les résultats préliminaires ont montré que les étables observées étaient habituellement semblables à ceux des étables en stabulation libre avec litière de sable et qu'elles semblaient offrir un bon niveau de confort. La prévalence de boiterie était en moyenne de 17,1 pour cent dans toutes les fermes. Cette prévalence était de 14 pour cent dans les étables avec une litière profonde de solides de fumier recyclés comparativement à 18 pour cent dans les étables avec matelas. La prévalence de boiterie dans les étables avec matelas était inférieure à celle qui a été observée dans d'autres études. La moyenne générale de 60 pour cent pour les lésions aux jarrets se situait entre la moyenne inférieure de 28 pour cent pour les litières de sable et 32 pour cent pour les étables avec matelas, alors que cette moyenne variait de 68 à 75 pour cent pour les autres types de litière. Cinq pour cent seulement des vaches dans les étables dotées de litière profonde présentaient des lésions graves, ou desjarrets enflés, ce qui est légèrement inférieur au pourcentage observé dans les litières de sable (7 à 9 pour cent). Seules les étables avec des litières de compost présentaient un pourcentage inférieur, soit 0,5 pour cent.

Les données sur le comptage de cellules somatiques n'ont pas été compilées pour tous les troupeaux, mais il semble que la moyenne se situait autour de 300 000 et le plus faible comptage a été 180 000. Davantage de données devront être rassemblées et analysées, mais selon Dr Endres, les résultats préliminaires indiquent que les solides du fumier constituent une solution de rechange satisfaisante comme litière dans les étables à stabulation libre.

Références :
BUELOW, Kenn. How to MakeDigestedManureSolidsWork in the Midwest, dans Proceedings of the National Mastitis Council, 47e assemblée annuelle, janvier 2008 : 20-23. Nouvelle-Orléans, Louisiane.

ENDRES, Marcia. Use of recycled 'fiber' bedding in freestall barns, publié dans le Dairy Star, 5 février 2010.

ENDRES, Marcia. Overview of Trends in Use of ManureSolids and Compost Bedded Packs,dans Proceedings of the National Mastitis Council, 47e assemblée annuelle, janvier 2008 : 20-23. Nouvelle-Orléans, Louisiane.

OSTRUM, Peter. Sand and RecycledManure: Headaches and Train Wrecks in the Northeast, dansProceedings of the National Mastitis Council, 47e assemblée annuelle, janvier 2008 : 20-23. Nouvelle-Orléans, Louisiane.

Cet article a été initialement publié dans la revue The Milk Producer Magazine, février 2012.


Auteur : Harold House - Engineer, Dairy and Beef Housing and Equipment/MAAARO
Date de création : février 2012
Dernière révision : février 2012

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