Compétition pour l'alimentation

Lorsque les vaches sont en compétition pour s'alimenter, l'ingestion de matière sèche et la santé des sabots peuvent être gravement compromises.

À la table familiale, la compétition entre mon frère et moi à l'adolescence était féroce à l'heure des repas. On ne manquait pas de nourriture, mais le choix des meilleures parts se faisait rapidement et on engouffrait rapidement le plat principal pour arriver le premier au dessert. Les vaches ont souvent un comportement semblable à la mangeoire.

Des études récentes menées à l'Université de la Colombie-Britannique ont analysé les conséquences de la compétition entre des vaches au moment de la prise d'aliments en période de transition, un moment critique pour les troupeaux laitiers. Les vaches en transition sont en effet plus vulnérables aux maladies infectieuses et métaboliques, leurs sabots sont plus sensibles aux lésions et leur ingestion de matière sèche peut varier, entraînant si elle chute des métrites cliniques ou subcliniques.

Les chercheurs voulaient vérifier si la compétition pour les aliments modifie la manière dont les vaches s'approchent de la mangeoire et le temps qu'elles y passent. Les études ont montré comment la compétition peut influer sur l'ingestion de matière sèche et la santé des sabots. À partir de leurs résultats, on peut déduire de certaines mesures à prendre pour réduire cette compétition et améliorer la performance du troupeau. Dans le cadre d'une de ces études, les chercheurs ont formé un groupe de vaches primipares et un autre groupe composé de vaches plus âgées. Ils ont utilisé le système d'alimentation Insentec qui donne accès à l'alimentation à volonté. Chaque animal dans un groupe de 34 vaches avait accès à sa propre mangeoire. Dans l'autre groupe composé de 74 vaches, deux vaches se partageaient une mangeoire.

On a d'abord donné un régime alimentaire de base aux vaches durant la période de tarissement. Les chercheurs ont mesuré la prise alimentaire pour chacune des vaches lorsque les animaux se sont habitués au système d'alimentation. Un suivi a été effectué lorsque chaque vache traversait des périodes de transition.

Les chercheurs ont observé que la compétition avait un effet sur le comportement social des vaches en transition. Les vaches qui étaient en concurrence pour de l'espace à la mangeoire étaient déplacées par l'autre vache deux à trois fois par jour.

Dans le cas des primipares, la compétition n'a pas eu d'effet sur la fréquence des visites à la mangeoire, le temps passé à l'auge, les quantités consommées à chaque visite, et sur la durée totale consacrée à l'alimentation quotidienne. Les vaches plus âgées se rendaient plus souvent à la mangeoire lorsqu'il y avait de la compétition. Leur ingestion de matière sèche était cependant plus faible et elles passaient 28 pour cent moins de temps à manger la semaine précédant le vêlage que les vaches qui n'avaient pas à subir de compétition à la mangeoire. À la deuxième semaine après le vêlage, les vaches en situation de compétition avaient stabilisé leur ingestion alimentaire, mais continuaient à se rendre plus fréquemment à la mangeoire que les autres. Dans ce contexte, les risques de boiterie étaient également accrus. Ces vaches se tenaient debout 2,8 heures de plus par jour et se couchaient moins que leurs congénères qui n'avaient pas à subir de compétition. Les vaches qui restent debout plus longtemps sont plus susceptibles de souffrir de troubles de boiterie, comme de la corne aux onglons. Elles peuvent être particulièrement vulnérables autour de la période du vêlage.

Une autre étude l'Université de la Colombie-Britannique s'est penchée sur l'effet de l'espace disponible par vache à la mangeoire sur la compétition. Des chercheurs ont comparé l'espace unitaire de 0,64 mètre (2 pi) ordinairement alloué à la mangeoire, avec un espace de 0,92 mètre (3 pi).

L'augmentation de l'espace disponible à la mangeoire a réduit les manifestations d'agressivité de 43 pour cent. Le temps quotidien consacré à l'alimentation a également augmenté de 4,6 pour cent. Lorsque l'espace était moindre, les vaches restaient debout 23 minutes de plus.

Les vaches dominantes ne pouvaient intimider autant les vaches subordonnées lorsque les animaux pouvaient occuper une plus grande superficie au moment de s'alimenter. Les vaches soumises n'étaient donc pas autant poussées à l'écart de la mangeoire.

Un autre essai s'est penché sur la question en s'attardant sur le choix alimentaire des vaches en situation ou non de compétition. Les chercheurs ont examiné les aliments frais et les restes afin d'évaluer la longueur des particules alimentaires. Ils ont également vérifié si les vaches tentaient de trier les différents ingrédients dans la ration totale mélangée, qui comprenait 29 pour cent de moulée de grains. Les vaches des deux groupes triaient de toute évidence la nourriture, choisissant en premier la moulée. Elles laissaient de côté les longues tiges de foin et d'ensilage.

Même sans compétition, le tri des aliments soulève de nombreux problèmes, incluant le manque d'homogénéité du régime alimentaire, la consommation excessive d'amidon et d'autres facteurs qui peuvent avoir un effet sur la productivité et la santé de la vache.

Des mesures concrètes peuvent être prises pour réduire la compétition et le tri des aliments à la mangeoire :

  • allouer un espace d'environ un mètre par vache en transition à la mangeoire;
  • offrir une alimentation à volonté afin que les vaches n'aient pas à se concurrencer ou à attendre pour se nourrir;
  • voir à ce que la surface de plancher autour de la mangeoire favorise la santé des onglons;
  • réduire le tri de la ration totale mélangée en la mélangeant correctement, en offrant des fibres d'une longueur adéquate et en ajoutant un humectant ou un agglutinant;
  • maintenir une stabilité au sein de la composition des groupes de vaches afin de réduire les tensions associées à hiérarchie sociale.

La réduction de la compétition et du tri d'aliments à la mangeoire peut contribuer à la santé et à la productivité des vaches. Malheureusement pour moi, c'est mon frère qui fut le vainqueur de notre compétition pour la bouffe à la table familiale : il mesure deux pouces de plus que moi!

Pour plus d'information :

PROUDFOOT, K. L., D. M. VEIRA, D. M. WEARY etd M. A. G. VON KEYSERLINGK, Competition at the feed bunk changes the feeding, standing, and social behavior of transition dairy cows,dans J. Dairy Sci. 92 : 3116-3123.

HUZZEY,J. M., T. J. DEVRIES, P. VALOIS et M. A. G. vON KEYSERLINGK, Stocking Density and Feed Barrier Design Affect the Feeding and Social Behavior of Dairy Cattle, dans J. Dairy Sci. 89:126-133.

HOSSEINKHANI A., T. J. DEVRIES, K. L. PROUDFOOT, R. VALIZADEH, D. M. VEIRAET et M. A. G. VON KEYSERLINGK, The Effects of Feed Bunk Competition on the Feed Sorting Behavior of Close-Up Dry Cows,dans J. Dairy Sci. 91:1115-1121.

Cet article a initialement été publié dans la revue The Milk Producer Magazine, avril 2012.

Barry Potter est conseiller en développement agricole et chargé de programme, gestion de l'élevage des veaux et des génisses laitières, MAAARO.

 


Auteur : Barry Potter - Agriculture Development Adviser and Dairy Calf and Heifer Management Program Lead/OMAFRA
Date de création : 01 avril 2012
Dernière révision : 01 avril 2012

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