Des suppléments lipidiques dans le régime alimentaire pourraient améliorer la performance reproductive


Des études ont déjà montré que nourrir vos vaches allaitantes avec certains acides gras pouvait améliorer leur performance reproductive. Il nous faut maintenant déterminer les quantités à fournir et si les coûts engendrés en valent la peine.
Dans la première moitié du XXe siècle, les scientifiques ont établi que les acides gras n'avaient pas tous la même valeur nutritionnelle. Tout comme les amino-acides, certains acides gras sont un constituant essentiel du régime alimentaire.

Dans le cadre d'expériences de nutrition menées il y a longtemps, on a donné à des rats un régime alimentaire particulier, complètement dépourvu de lipides. Peu de temps après, on a observé chez ces rats un retard de croissance, des problèmes pileux et une fertilité réduite. Deux acides gras, l'acide linoléique et l'acide linolénique, réintégrés au régime alimentaire des rats, ont fait disparaître ces symptômes de carence.

Depuis, les connaissances scientifiques sur les acides gras dans l'alimentation ont continué à progresser. Par exemple, après de nombreuses recherches, les fabricants nord-américains de formule de lait infantile ont récemment ajouté du DHA (acide docosahexaénoïque) à leurs produits. Il s'est avéré que cet acide gras polyinsaturé est important pour le développement de la vue chez les bébés.
Durant les 10 dernières années environ, les chercheurs en sciences animales ont cherché à évaluer l'impact que peuvent avoir les acides gras spécifiques tels que l'acide linoléique et l'acide linolénique sur la performance reproductive en élevage laitier. Bien qu'on ne voie pas forcément de signes de déficience en acides gras chez les vaches, il est possible que l'ajout de certains acides gras dans leur régime alimentaire augmente leur performance reproductive.

Les prostaglandines jouent un rôle important dans la reproduction. L'organisme de la vache produit ces substances analogues aux hormones à partir d'acides gras insaturés. Des teneurs variables en acides linoléiques et linoléniques dans le régime alimentaire peuvent avoir pour effet d'affecter la reproduction.
Les résultats d'une étude récemment publiée au Royaume-Uni sont typiques de ceux de nombreuses études centrées autour des effets d'acides gras spécifiques dans le régime de vaches allaitantes. Dans cette étude, 35 vaches allaitantes non gestantes étaient réparties en deux groupes neuf semaines après avoir vêlé. Un groupe a reçu un supplément commercial de lipides mélangé à un repas de graines de lin dont l'huile a été extraite à l'aide de solvants organiques. L'autre groupe a reçu un supplément associé à des graines de lin entières, procurant à ces animaux plus du double de la quantité d'acide linolénique que les autres vaches. Hormis ces différences, les deux groupes étaient traits et nourris de la même manière.

L'objectif des chercheurs était de déterminer si les vaches ayant reçu les graines de lin entières présentaient une meilleure performance reproductive, attribuée alors à la quantité supplémentaire d'acide linolénique dans leur régime alimentaire. Les suppléments étaient donnés jusqu'à la 19e semaine de lactation et des mesures liées à la production de lait et à la reproduction étaient prises. On a procédé à la détection des chaleurs deux fois par jour pour une dureée d'une heure après la traite et un nombre égal de vaches dans les deux groupes étaient accouplées avec un ou deux taureaux.

Cette étude a produit deux résultats clés :

  • les vaches du groupe ayant reçu le supplément de repas commercial à base d'huile de graines de lin ont produit environ un kilogramme de lait supplémentaire par jour, bien que les deux groupes de vaches aient consommé des quantités similaires de nourriture;
  • le groupe qui a reçu un supplément de repas constitué de graines de lin entières et protégées contre la dégradation dans le rumen a connu un taux significativement accru de conception. Quatorze des 16 vaches dans le groupe ayant reçu le supplément de graines de lin entières se sont avérées gestantes après la première insémination contre sept des 14 vaches ayant consommé le supplément de repas commercial à base d'huile de graines de lin. (Cinq vaches ont été exclues des résultats de l'étude).

Deux hypothèses pourraient expliquer les résultats de conception dans cette expérience. L'ingestion de matière sèche était similaire pour les deux groupes de vaches, mais la meilleure production de lait par les vaches ayant reçu le supplément de repas commercial avec des graines de lin signifie qu'elles présentaient un bilan énergétique négatif plus prononcé. Un tel bilan énergétique est associé à une performance reproductive plus faible. L'autre possibilité est que le groupe nourri avec des graines de lin entières a bénéficié de quantités différentes d'acides gras essentiels dans leur régime.

Étant donné que le groupe nourri aux graines de lin entières a consommé davantage d'acides linoléniques, les chercheurs croient que les meilleurs taux de conception pourraient découler d'effets sur la synthèse des prostaglandines chez ces vaches.

Vous pouvez déjà acheter des suppléments manufacturés et commercialisés pour les vaches allaitantes et qui contiennent des concentrations élevées de ces acides gras essentiels. De même, des travaux utilisant des suppléments alimentaires à base de poisson ou d'huile de poisson comme autre source alimentaire d'acides gras ont aussi montré une performance reproductive accrue.
Bien que des avantages aient été signalés, des recommandations précises sur les quantités d'acides gras particuliers à fournir ou bien le ratio d'utilisation d'un acide gras sur un autre sont toujours en cours d'étude. Le retour sur l'investissement pour l'utilisation de cette technologie sur le site d'élevage mérite aussi de plus amples recherches.

Référence : Petit, H.V, R.J. Dewhurst, J.G. Proulx, M. Khalid, W Haresign et H. Twagiramungu. 2001.
" Milk production, milk composition and reproductive function of dairy cows fed different fats ". Can.J. Anim. Sci. 81:263-271.

Cet article est paru dans la colonne " Ruminations " du numéro d'octobre 2003 de " Ontario Milk Producer ".


Auteur : Tom Wright - spécialiste de la nutrition des bovins laitiers/MAAARO
Date de création : 20 octobre 2003
Dernière révision :

20 octobre 2003


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