La planification des systèmes d’alimentation
en vue de leur expansion

Table des matières

  1. Tendances observées dans les domaines de la gestion et du logement des animaux
  2. Pourquoi ne pas avoir recours au foin sec?
  3. Pourquoi ne pas avoir recours à des silos-tours?
  4. Pourquoi ne pas avoir recours à l’ensachage?
  5. Conception des silos-couloirs
  6. Dimensions du silo-couloir
  7. Gestion des silos-couloirs
  8. Entreposage d’autres aliments pour animaux
  9. Emplacement du lieu d’entreposage des aliments pour animaux
  10. Conception des couloirs et des mangeoires
  11. Étude d’un cas

Comme c’est le cas la plupart du temps en ce qui concerne la technologie, les outils servant à la récolte, à l’entreposage et à la distribution des aliments pour animaux dans les élevages de bétail sont généralement regroupés pour former des ensembles. À mesure que l’exploitation agricole prend de l’expansion, l’ensemble d’outils traditionnels tels que la faucheuse, la ramasseuse-presse à balles rectangulaires, la faucheuse à foin et la stalle entravée, qui était idéal lorsque l’exploitation comptait 30 vaches, ne suffit plus à la tâche. Cependant, pour trouver de nouveaux outils répondant à ses besoins, il faut éviter plusieurs pièges et relever de nombreux défis. Il faut s’adapter au changement, choisir les bons outils et faire en sorte que ces outils assurent une transition sans heurts. Les agriculteurs doivent élaborer une stratégie leur permettant d’élargir leur système d’alimentation et d’atteindre leurs objectifs à long terme sans pour autant créer de difficultés pendant la période de transition.

Tendances observées dans les domaines de la gestion et du logement des animaux

Bien qu’il soit impossible de prévoir l’avenir, on a observé plusieurs tendances qui se maintiendront sans doute au cours des dix à vingt prochaines années.

  • En Ontario, la taille des troupeaux double tous les 17 ou 18 ans. Si cette croissance se poursuit, le troupeau moyen comptera 100 vaches d’ici 2015. Comme la production et la prise alimentaire sont aussi à la hausse, les agriculteurs devront doubler leur capacité de manutention et d’entreposage d’aliments pour animaux d’ici 15 ans.
  • On a observé que les agriculteurs délaissent les stalles entravées et optent pour les logettes lorsque leur troupeau compte entre 50 et 120 vaches. Même si vous n’envisagez pas d’aménager une étable à logettes à court terme, vous devriez vous assurer que toutes les installations que vous achèterez à l’avenir peuvent être adaptées à ce type de gestion.
  • La production par vache augmente d’environ 3 % par année. Une production raisonnable se chiffre en moyenne à 8 000 kg aujourd’hui; elle sera de 12 500 kg d’ici 2015. Il faudra alors disposer d’un système d’excellente qualité qui assure une alimentation fraîche et équilibrée afin de nourrir toutes ces vaches.
  • Les coûts de main-d’oeuvre (rémunération directe, avantages sociaux, congés et meilleures conditions de travail) continueront d’augmenter.
  • Il faudra attacher plus d’importance à la biosécurité des exploitations agricoles, car les consommateurs exigent de meilleures procédures d’assurance de la qualité de la chaîne alimentaire.

Ces facteurs, et d’autres encore, influeront sur l’alimentation des animaux à la ferme. Bien que les nouvelles technologies et les différences économiques feront en sorte que les résultats varieront d’une ferme à une autre, on peut s’inspirer du modèle technologique adopté par nos voisins du Sud pour faire face à l’augmentation de la taille des troupeaux. Ainsi, on constate que les caractéristiques des systèmes d’alimentation des gros troupeaux sont les suivantes :

  • installations permettant de distribuer les aliments aux animaux à l’aide de matériel agricole automobile;
  • rations totales mélangées préparées dans un mélangeur monté sur une remorque ou un camion;
  • de 50 à 70 % de l’alimentation composée d’ensilage de maïs, peu ou pas de foin;
  • stockage des aliments dans des silos-couloirs;
  • utilisation de maïs grain humide;
  • utilisation de sous-produits humides;
  • livraison des compléments protéiques sous forme de produits agricoles.

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Pourquoi ne pas avoir recours au foin sec?

Bien que le foin d’excellente qualité contribue à maintenir la panse en bonne santé et à hausser la production, il n’a pas sa place dans une grande exploitation laitière moderne. Comme l’illustre la figure 1, en Ontario, pour toute date de coupe précédant la troisième semaine de juin, les probabilités d’avoir les quatre journées consécutives de séchage nécessaires à la production de foin sec varient entre 1,8 et 2,4 sur 7, soit entre 25 et 34 %. En d’autres termes, entre les deux tiers et les trois quarts des récoltes seront endommagées par la pluie et, dans bien des cas, ces dommages seront importants si la pluie survient à la fin de la période de séchage.

Figure 1. Nombre de périodes de séchage par semaine pour le foin et l’ensilage mi-fané, 4 années sur 5 en Ontario.

Figure 1. Nombre de périodes de séchage par semaine pour le foin et l’ensilage mi-fané, 4 années sur 5 en Ontario.

Il faut cesser de considérer les dommages causés au foin par la pluie comme une question de malchance et reconnaître qu’il s’agit d’un résultat normal et prévisible des conditions météorologiques qui prévalent en Ontario. À titre de comparaison, les chances que le foin coupé en deux jours aux fins d’ensilage ne soit pas endommagé par la pluie sont de 50 à 70 %. De plus, lorsque la teneur en eau est plus élevée, la pluie cause beaucoup moins de dommages. Les jours de récolte plus longs, l’utilisation de matériel de capacité accrue et une main-d’oeuvre réduite sont d’autres avantages de l’ensilage par rapport au foin. Il existe un grand nombre de solutions aux problèmes causés par le foin, mais la plupart d’entre elles causent d’autres problèmes. L’utilisation de séchoirs à foin réduit le séchage dans les champs, mais augmente les besoins en main-d’oeuvre et les coûts. De plus, les produits de séchage entraînent des pertes désastreuses s’il pleut. De grosses balles de foin nécessitent une main-d’oeuvre réduite, mais prennent plus de temps à sécher.

Comme l’illustre la figure 2, le foin subit les pertes de matières sèches les plus élevées. D’après cette illustration, l’ensilage de matières sèches à 45 % préserve le mieux ces matières. Quand on considère que les matières sèches perdues (feuilles dans les champs et fraction digestible perdue lors du séchage) sont de la meilleure qualité qui soit, on constate que la valeur fourragère du foin sec est inférieure. La luzerne, qui est considérée comme la reine des fourrages, ne se prête vraiment pas à sa transformation en foin, car elle perd facilement ses feuilles par mauvais temps.

Pertes de matières sèches des fourrages selon le mode de fenaison

Figure 2.

Par ailleurs, il est très difficile d’inclure le foin dans une ration totale mélangée. Lorsqu’on l’inclut, on perd une bonne partie de son bienfait principal (bonne source de fibres) en raison de la réduction de la taille des particules. De plus, les appareils pouvant mélanger le foin réduisent également la taille d’autres ingrédients, ce qui, dans bien des cas, élimine les avantages de l’ajout de foin.

Pourquoi ne pas avoir recours à des silos-tours?

Il est facile de faire un choix entre l’ensilage et le foin. Toutefois, il n’est pas aussi facile de choisir un système d’entreposage des fourrages pour un troupeau comptant entre 80 et 150 vaches. Dans les silos-tours bien gérés, les pertes de matières sèches sont faibles (de 5 à 10 %). Avec ce type de silos, il n’est pas nécessaire de tasser ni de couvrir le fourrage, ce qui réduit les besoins en main-d’oeuvre. On peut facilement mettre des additifs, le déchargement du fourrage peut se faire beau temps mauvais temps et ces silos occupent moins d’espace. Quand on tient compte de tous les facteurs, on constate que les silos-tours conviennent bien aux troupeaux de 80 à 100 vaches. Toutefois, pour les troupeaux plus gros, les inconvénients des silos-tours sont plus nombreux que leurs avantages. Pour l’entreposage de plus de 150 tonnes de matières sèches (silo-tour de 20 pi x 70 pi ou deux silos-couloirs de 8 pi x 20 pi x 65 pi), les silos-couloirs nécessitent des investissements inférieurs et constituent une option réaliste pour assurer la qualité des aliments pour animaux. Il faut souligner que la superficie exposée à l’oxygène dans un silo-tour de 20 pi est deux fois plus grande que dans un silo-couloir de 8 pi x 20 pi. Toute détérioration excessive dans un silo-couloir est attribuable à une gestion inadéquate et non à la superficie exposée. La production de gaz et la hauteur de la structure sont deux facteurs qui nuisent considérablement à la sécurité des silos-tours. La lenteur du remplissage de ces silos et la nécessité de les remplir à plusieurs reprises créent des embouteillages. En outre, la lenteur du déchargement est incompatible avec une alimentation par rations totales mélangées. Enfin et surtout, les silos-tours de plus de 60 pi de haut limitent la teneur en eau du fourrage qui y est entreposé. En raison du lessivage excessif, les propriétaires de silos mesurant entre 80 et 100 pieds de haut doivent récolter le maïs destiné à l’ensilage lorsqu’il contient moins que les 35 % souhaitables de matières sèches, ce qui nuit à la qualité des aliments pour animaux. Comme l’indique le tableau 1, le maïs à point noir contenant 60 % de matières sèches, tel que recommandé pour les silos de plus de 80 pieds de haut, présente un pourcentage inférieur de digestibilité de la fibre de détergent neutre (FDN).

Tableau 1. Analyse de maïs destiné à l'ensilage récolté à trois degrés de maturité différents (Michigan, 1992)
 

Ligne de maturité 1/8

Ligne de maturité 1/2
Point noir
% de matières sèches

29,8

34,0

41,3
% de FDN

45,1

42,1

40,0
% de FDA

22,9

21,2

20,0
% de lignine

2,7

2,5

2,5
% de digestibilité de la FDN

48,8

47,7

44,4

Cela signifie une digestion, une appétibilité et un taux de passage inférieurs des épis de maïs débarrassés des grains. Or, ces facteurs ont tous des effets négatifs sur les vaches fortes productrices. La proportion de grains augmente, ce qui réduit la proportion de fibres. Cependant, à mesure que les grains de maïs durcissent, ils nécessitent davantage de conditionnement. En ce qui concerne la qualité des aliments pour animaux, un ensilage de maïs non traité contenant 30 % de matières sèches et qui est bien tassé dans un silo-couloir est nettement supérieur à un ensilage contenant 40 % de matières sèches et entreposé dans un silo-tour de 100 pieds de haut.

Pourquoi ne pas avoir recours à l ’ensachage?

Pour faire face à l’expansion du troupeau et répondre aux besoins supplémentaires en fourrage qui en découlent, on peut avoir recours temporairement à l’ensachage, par un opérateur externe, de l’ensilage placé sur une base ferme. Si on maintien l’intégrité des sacs, les pertes de matières sèches sont faibles et la qualité des aliments est excellente. Par contre, l’utilisation permanente de sacs présente de nombreux inconvénients. S’ils ne sont pas placés sur une base bien drainée et désherbée, les sacs peuvent être endommagés par des rongeurs, des oiseaux ou la grêle. De plus, les mesures qu’il faut prendre pour protéger les sacs contre la boue entraîne une hausse des coûts de main-d’oeuvre. Tel qu’illustré à la figure 3, l’ensachage nécessite un vaste entrepôt. Si l’on tient compte des coûts d’aménagement d’une grande surface bien drainée, on constate que l’ensachage est trop coûteux à long terme. Une vaste étude menée il y a dix ans comparait le coût de divers systèmes d’ensilage. Bien que les prix aient changé depuis, ils sont présentés au tableau 2. Cette étude comparait 68 heures de tassement effectué à l’aide d’un tracteur de 100 hp pour le silo-couloir et la pile à 45 heures de soufflage dans le silo-tour ou 45 heures de compactage à l’aide d’un appareil de 120 hp, pour l’ensachage. On a inclus les coûts de déchargement.

Tableau 2. Coûts estimatifs de manutention du fourrage du champ à l'étable pour 500 tonnes de matières sèches composées d'ensilage d'orge (Edwards, C., Cost of Silage Production, Silage Manual. Alberta Agriculture, 1988).
 

Pertes de matières sèches supposées

Coûts totaux d’entreposage et de manutention
Silo-couloir

20 %

55 $ la tonne
Silo-tour

17 %

64 $ la tonne
Silo-tour scellé

16 %

84 $ la tonne
Sacs (propre opérateur)

17 %

74 $ la tonne
Sacs (opérateur externe)

17 %

55 $ la tonne

Les auteurs d’une étude semblable, portant uniquement sur les coûts d’entreposage de 270 tonnes de matières sèches composées d’ensilage de luzerne (Christensen, 1986), ont obtenu les résultats suivants : 62 $/tonne dans une structure scellée de 25 pi x 90 pi; 40 $/tonne dans un silo-tour de 24 pi x 85 pi; 27 $ dans un silo-couloir de 10 pi x 30 pi x 140 pi; et 27 $ dans 3 200 pi de sacs. Ni l’une ni l’autre des études n’incluait les coûts d’immobilisations pour l’entreposage des sacs. Comme il faut une base en gravier bien drainée si on utilise des sacs en Ontario, les coûts seraient plus élevés que ceux indiqués dans ces études.

De plus, comme ces études remontent à plus de 10 ans, les coûts seraient sans doute plus élevés aujourd’hui. Il ressort clairement de tout cela que, lorsqu’on tient compte des coûts de manutention et des pertes de matières sèches, le fourrage n’est pas un aliment économique. Comme il en coûte 55 $ la tonne de matières sèches, l’ensilage à 35 % de matières sèches coûte 21 $ la tonne métrique uniquement en frais de manutention. Cependant, un grand nombre de programmes d’analyse utilisent une valeur totale se situant entre 20 $ et 25 $ pour calculer la valeur d’inventaire et les coûts des aliments pour animaux.

Conception des silos-couloirs

Les silos-couloirs constituent le meilleur type d’entreposage à long terme pour les exploitations laitières ontariennes en expansion. Certains exploitants de très grosses fermes décideront peut-être d’empiler l’ensilage. Toutefois, si le troupeau compte entre 100 et 400 vaches, l’entreposage des aliments dans des silos-couloirs dont les parois mesurent de 6 à 10 pieds de haut conviendra mieux. Les parois latérales rendent le tassement plus sécuritaire et réduisent la superficie exposée, ainsi que la main-d’oeuvre nécessaire au tassement et au recouvrement. On trouvera ci-après des renseignements non exhaustifs sur les caractéristiques actuelles de conception des silos-couloirs.

Entre les silos-couloirs, on installe deux parois, espacées de 4 à 5 pieds, plutôt qu’une paroi simple. Comme ce type de construction fait appel à des traverses, qui renforcent le silo, on a besoin de moins de béton et d’acier pour aménager ces deux parois, ce qui signifie que le coût total n’est que légèrement plus élevé que celui d’une paroi simple bien construite. L’espace entre les parois est drainé au moyen de tuyaux afin que l’eau s’écoule à l’arrière du silo et rempli de gravier jusqu’à 2 ou 3 pieds du haut des parois. Lorsque le silo est rempli jusqu’au haut de la paroi, cet espace permet de placer des bâches de plastique en toute sécurité et facilite le drainage de l’eau de pluie à l’extérieur du silo. Lorsqu’on retire les bâches de plastique, on peut entreposer des pneus dans l’espace entre les parois. On peut aménager des marches dans la partie avant de la paroi double pour faciliter l’accès à cet espace.

Pour assurer un drainage adéquat, le plancher du silo-couloir devrait être incliné de 1 % vers l’ouverture du silo. De plus en plus d’exploitants agricoles recouvrent le plancher de leurs silos-couloirs d’asphalte. Selon le Miner Institute, de Chasey (New York), l’asphalte coûte de 30 à 40 % moins cher le pied carré que le béton et résiste mieux aux acides et au gel que le béton. À l’institut, il n’y a eu aucune détérioration après cinq ans d’utilisation. Ce dernier recommande d’appliquer une couche d’asphalte sur une base bien tassée et de placer une toile sous cette base si on s’inquiète de la stabilité de la base. Il suggère également de placer un rebord en béton le long du tablier, où le va-et-vient du matériel pourrait causer des dommages. Lorsqu’il fait très chaud, on recommande de ne pas faire tourner les roues du tracteur sur place, car l’asphalte s’amollit sous l’effet de la chaleur.

Les jus s’écoulant de l’ensilage sont très polluants et doivent être recueillis afin d’éviter de contaminer le sol et l’eau. Un ouvrage de dérivation à grand débit permet d’acheminer ces jus dans une fosse à fumier sans pour autant transporter de grandes quantités d’eau de pluie. Cet ouvrage de dérivation est formé d’un tablier incliné muni d’une barrière le long de l’extrémité inférieure et d’un tuyau d’évacuation placé par-dessus un autre tuyau, au point le plus bas. La partie supérieure du tuyau d’évacuation est ouverte et celui-ci est placé de façon à recueillir les jus à faible débit du rejet. Les eaux pluviales, dont le débit est plus élevé, s’écoulent au-dessus du tuyau inférieur et ne sont pas captées (voir la figure 3).

Figure 3. Système de collecte des jus muni d’un ouvrage de dérivation à grand débit pour les eaux de pluie (Wright, P, Silage Leachate Control, Proceedings from the Silage Field to Feedbunk North American Conference, 1997).

Figure 3. Système de collecte des jus muni d’un ouvrage de dérivation à grand débit pour les eaux de pluie (Wright, P, Silage Leachate Control, Proceedings from the Silage Field to Feedbunk North American Conference, 1997).

Dimensions du silo-couloir

Les dimensions du silo-couloir dépendent de la quantité de fourrage qui y sera entreposé, ainsi que des objectifs de gestion qui ont été fixés. En règle générale, la densité des aliments pour animaux bien tassés dans un silo-couloir est de 15 lb de matières sèches par pied cube. On recommande de retirer au moins 6 po d’aliments tous les jours pour garder l’ensilage frais. Si chaque vache ingère 24 lb de matières sèches par jour, l’enlèvement d’une couche de 6 po d’aliments se traduit par une surface exposée de 3,2 pieds carrés par vache (total de tous les silos-couloirs ouverts, diète composée exclusivement d’ensilage). La surface exposée passe à 4,5 pieds carrés si les génisses se nourrissent aussi d’ensilage. Pour faciliter le tassement, la longueur recommandée du silo est de 150 pieds ou moins. Comme on obtient les meilleurs résultats en vidant deux silos-couloirs à tour de rôle, pendant une année chacun, deux silos-couloirs de 90 pieds chacun placés l’un à côté de l’autre permettent de retirer une couche de 6 po d’aliments pour animaux à longueur d’année. Certains producteurs se demandent s’ils pourraient ouvrir les deux extrémités de leur silo-couloir. Comme le plancher du silo doit être incliné dans la direction opposée à l’endroit où on retire l’ensilage, il n’est pas pratique d’alterner entre les deux extrémités pour vider le silo. La largeur minimale recommandée du silo est de deux fois la largeur du tracteur utilisé pour le tassement, soit entre 18 et 20 pieds. On peut aménager des silos-couloirs plus larges si on a besoin d’une capacité d’entreposage plus élevée. Toutefois, comme le dessus de l’ensilage doit être incliné selon un ratio de 1 à 4 afin de drainer l’eau de pluie, la partie centrale des silos-couloirs larges doit être très haute. De plus, avec ce type de silo-couloir, il faut parcourir une plus grande distance pour placer les bâches de plastique et les pneus. Les parois latérales devraient mesurer de 8 à 10 pieds de haut. La plupart des chargeuses ont une portée d’environ 14 pieds. Cela correspond à la hauteur de l’ensilage, au centre d’un silo-couloir de 30 pieds de large avec une paroi latérale de 10 pieds de haut, dont la partie supérieure est inclinée selon un ratio de 1 à 4. Si le silo-couloir est plus gros, le coût de parois plus hautes par tonne d’aliments entreposés est plus élevé que le coût d’une plus grande surface de plancher.

Gestion des silos-couloirs

L’étude adéquate de cette question dépasse le cadre du présent document. Les agriculteurs qui utilisent un silo-couloir pour la première fois devraient obtenir des renseignements détaillés avant de remplir leur silo. Un grand nombre d’agriculteurs ont obtenu des résultats décevants avec ce type de silo en raison d’un tassement insuffisant. Une densité de 15 lb/pi3 nécessite un tassement considérable (pour savoir si cette densité a été atteinte, il suffit de prendre note du volume et du poids des aliments retirés en hiver). Pour connaître le tassement nécessaire, il faut multiplier le nombre d’heures de tassement par le poids du tracteur utilisé et diviser ce résultat par la quantité de matières sèches entreposées. On recommande 1 600 heures livres par tonne (800 heures kilogrammes par tonne). Si la remorque à fourrage contient 3,5 tonnes de matières sèches, il faut prévoir 12 minutes pour tasser ces matières avec une chargeuse-pelleteuse de 14 tonnes et 28 minutes avec un tracteur de 6 tonnes. Un grand nombre d’opérateurs de récolteuse-hacheuse récoltent une telle quantité en huit à dix minutes. L’autre inconvénient des silos-couloirs est la nécessité de recouvrir les aliments pour animaux de bâches de plastique de 6 mils, de pneus fendus et de sacs de sable placés aux extrémités. Au lieu d’utiliser des pneus entiers, il est préférable de se servir de pneus fendus ou du flanc de pneus de camions, car ils ne se remplissent pas d’eau, ils sont plus faciles à manipuler et ils peuvent être empilés lorsqu’on n’en a pas besoin. Dans le Sud de l’Ontario, une entreprise de recyclage de pneus vend des demi-pneus pour 0,50 $ chacun et des flancs de pneus de camions pour 1 $ chacun. Pour vider le silo-couloir, retirer l’ensilage de façon nette en exerçant une pression vers le bas sur la chargeuse ou en utilisant une haveuse. Il faut ramasser toute partie de l’ensilage qui s’est séparée de la pile et la donner à manger aux animaux.

Entreposage d’autres aliments pour animaux

La capacité de traiter de grandes quantités de sous-produits alimentaires secs et humides constitue un avantage économique important pour les exploitants de gros troupeaux. Lorsqu’on nourrit les animaux avec des produits humides, il est bon d’avoir un silo-couloir spécial mesurant de 14 à 16 pieds de large et ayant des parois latérales de 4 ou 5 pieds afin que l’on puisse y entreposer le contenu d’une remorque remplie de drêches de brasserie ou d’autres sous-produits. On peut également entreposer les aliments pour animaux dans un hangar muni de quatre aires ou plus où l’on peut décharger les camions et charger les mélangeurs montés sur remorque. Ce type d’installation fonctionne particulièrement bien pour les matières qui se déversent mal telles que la graine de coton. Pour les ingrédients plus fins et plus coûteux tels que les compléments protéiques secs, de plus en plus d’agriculteurs retournent aux compartiments de stockage fermés, que l’on vide à l’aide d’un convoyeur-extracteur. Des études ont démontré que lorsqu’on entreposait ces ingrédients dans des hangars et qu’on les versait dans le mélangeur avec une chargeuse, un grand nombre d’erreurs de mélange étaient commises et les pertes attribuables au vent, aux oiseaux et à la détérioration étaient très élevées. Les économies réalisées grâce à la réduction des pertes et à la préparation plus précise des rations totales mélangées contrebalancent nettement la manutention et la main-d’oeuvre supplémentaires que nécessite l’entreposage de ces ingrédients dans des cellules de stockage en vrac.

Par ailleurs, de plus en plus d’agriculteurs ont recours aux silos-couloirs pour entreposer le maïs grain humide. Pour le grain nettoyé ou la rafle de maïs broyé ou aplati dont la teneur en eau se situe entre 30 et 35 %, un taux d’alimentation de 4 à 6 pouces par jour suffit à éviter la détérioration. Lorsque la densité des matières sèches est de 45 lb/pi3 et que le taux d’alimentation est de 25 lb par vache pour une teneur en eau de 30 %, on peut retirer 6 pouces d’aliments d’un silo de 16 pi x 6 pi et nourrir 125 vaches. Pour de plus petits troupeaux, il est préférable de garder le maïs grain humide dans des sacs ou dans un silo-tour.

Emplacement du lieu d’entreposage des aliments pour animaux

Lorsqu’on utilise un mélangeur monté sur une remorque, le lieu de stockage des aliments pour animaux peut se trouver loin des installations à bétail. Toutefois, il est préférable de regrouper toutes les structures servant à l’entreposage des aliments pour ne pas avoir à déplacer le mélangeur monté sur remorque et la chargeuse. Les silos-couloirs, les hangars où sont stockés les produits agricoles, les sacs d’aliments pour animaux et les compartiments de stockage devraient être regroupés autour d’un tablier asphalté afin que l’on puisse charger le mélangeur sans avoir à le déplacer. Il faut aménager une surface rigide d’au moins 50 pieds devant l’endroit où sont stockés les produits agricoles afin que ceux-ci puissent être livrés à l’aide d’un camion-remorque.

Conception des couloirs et des mangeoires

L’utilisation de matériel agricole automobile pour la distribution des rations totales mélangées nécessitera l’aménagement d’un couloir d’une hauteur libre de 12 à 14 pieds qui est suffisamment large pour que puisse y circuler un mélangeur monté sur une remorque. Si on prévoit 3 pieds pour la mangeoire et 10 pieds pour le matériel, cela signifie un couloir de 18 à 20 pieds (le couloir peut mesurer 16 pieds si tous les animaux à nourrir sont du même côté). Les couloirs de 16 pieds (animaux nourris des deux côtés) et de 14 pieds (animaux nourris d’un seul côté) que l’on trouve dans les fermes ne laissent pas de place pour permettre à une personne de circuler. Jusqu’à récemment, les étables comptant de quatre à six rangées comprenaient des couloirs ouverts à chaque extrémité, où pouvait circuler le matériel agricole automobile, et une « traverse » pour les vaches. Dans ce type d’étable, il faut s’assurer que cette traverse est inclinée et en retrait afin que le liquide du fumier s’écoule dans les couloirs de circulation. Les surfaces des couloirs de circulation des vaches doivent être recouvertes de béton non glissant. On attache de plus en plus d’importance à la biosécurité des exploitations agricoles. Or, on reconnaît que la traverse pour les vaches est un facteur de risque lorsque la remorque sur laquelle se trouve le mélangeur roule dans le fumier et longe la mangeoire. L’étable peut être aménagée d’autres façons. Par exemple, on peut placer sur la traverse des feuilles de contreplaqué munies de charnières qui ajoutent des parois latérales à la traverse; les couloirs où circule le matériel agricole automobile peuvent être sans issues; et on peut aménager trois rangées dans l’étable ou opter pour une autre configuration qui fait en sorte que les vaches sont toutes du même côté de ces couloirs. En Europe, dans certaines étables où on utilise du matériel de traite robotisé, on a aménagé un couloir, à l’extérieur et de chaque côté du bâtiment, où le matériel agricole automobile peut circuler pour distribuer les aliments aux animaux.

La figure 4 illustre le modèle de mangeoire recommandé.

Figure 4.

La figure 4 illustre le modèle de mangeoire recommandé. L’ingestion d’aliments est la plus élevée lorsque la plate-forme d’alimentation se situe entre 0 et 12 pouces au-dessus de la surface où la vache se tient et la capacité de la mangeoire est la plus élevée à une distance de 3 ou 4 pouces. La hauteur de la paroi et de la traverse supérieure est très importante et doit être réduite si le troupeau est constitué de vaches de petite taille ou de génisses de moins de 18 mois. Les cornadis à blocage automatique sont un excellent dispositif de contention des animaux. Toutefois, selon des données préliminaires, ils pourraient réduire l’ingestion d’aliments de 5 %. Dans les étables où la mangeoire est conforme à celle qui est illustrée, on repousse les aliments vers les animaux plusieurs fois par jour. Quelques exploitants agricoles ontariens font l’essai de dispositifs qui raclent automatiquement les couloirs. À priori, il semble que ces dispositifs innovateurs donnent de bons résultats.

Étude d’un cas

Le plus gros défi à relever lorsqu’on planifie un système d’alimentation consiste à assurer une transition sans heurts. Voici un exemple de la démarche que pourrait suivre un agriculteur qui utilise des stalles entravées pour ses 50 vaches, qui possède deux silos-tours et qui souhaite élargir son système d’alimentation des animaux pour faire face à la croissance de son troupeau.

  • Les installations actuelles destinées aux génisses sont inadéquates. On construit une étable pour les génisses plus âgées et les vaches taries. Bien que l’alimentation actuelle des animaux provienne de grosses balles de foin rondes, la mangeoire et le couloir où circule le matériel agricole automobile permettent l’utilisation de rations totales mélangées (RTM).
  • Pour améliorer le processus de gestion des éléments nutritifs, on achète un mélangeur pour les RTM. Le mélangeur est placé dans la salle de préparation des aliments, où il demeurera pour l’instant. Cependant, il est monté sur une remorque qui peut être tirée par un tracteur afin de répondre aux besoins futurs.
  • Comme les grosses balles de foin ont été endommagées par la pluie, on opte pour l’ensilage. On choisit l’endroit où on aménagera des silos-couloirs et entreposera les produits agricoles. À une extrémité de l’endroit, on retire la couche arable, on aménage une pente de 1 % et on étend une couche de gravier tassé sur une distance de 120 pieds. On place les sacs d’ensilage à cet endroit. On pourra y aménager les silos-couloirs à l’avenir.
  • On modifie les cultures afin de récolter plus de maïs. On retient les services d’un ensacheur à qui on demande de remplir un grand sac qui s’ajoutera aux aliments stockés dans les silos-tours (un des silos contient de l’ensilage mi-fané et l’autre, de l’ensilage de maïs). On met en marche le mélangeur monté sur la remorque et on y verse le contenu du sac.
  • On place un sac rempli de drêches de brasserie sur la base de gravier.
  • Comme le troupeau compte de plus en plus d’animaux, un sac ne suffit plus; il en faut maintenant deux. Compte tenu de la quantité d’aliments qu’ingèrent les animaux, il faut aménager des silos-couloirs pour entreposer l’ensilage de maïs. On pourra ainsi entreposer l’ensilage mi-fané dans un des silos-tours, ce qui améliorera la qualité des aliments et facilitera le remplissage et le vidage. D’un côté des silos-couloirs, on érige une paroi double permanente de 90 pieds. La base est recouverte d’asphalte pour former un plancher. On achète deux parois doubles autoporteuses pouvant être déplacées (préfabriquées, coûtant environ 100 $ le pied-courant) et on les place sur le plancher pour former deux silos-couloirs de 8 pi x 20 pi x 90 pi.
  • À mesure que le nombre de vaches augmente, on élargit la surface asphaltée et on déplace les parois mobiles. On aménage une autre base de gravier pour y placer des sacs de maïs grain humide.
  • En raison de la détérioration du matériel et des silos-tours, il est de plus en plus difficile de vider ces derniers. Par conséquent, on retire les parois mobiles et on les remplace par des parois permanentes de 30 pieds de large pour l’entreposage de l’ensilage de maïs. On agrandit encore la base et on aménage des silos-couloirs à l’aide des parois mobiles pour y entreposer l’ensilage mi-fané.
  • Comme on ne va plus dans la vieille salle de préparation des aliments, les compartiments de stockage des compléments nutritionnels sont placés sur la base, où on construit un hangar d’entreposage de produits agricoles et d’ingrédients, ainsi qu’un bureau.
  • Il est probable que, dans ces circonstances, on a déjà aménagé une étable à stalles libres où peut circuler le matériel agricole automobile servant à distribuer les aliments aux animaux. On a beaucoup plus de latitude dans la localisation de cette étable et de toute installation future où le bétail sera logé, car le système central de distribution des RTM peut être utilisé n’importe où.

 


Auteur : Jack Rodenburg - chef de programme, systèmes laitiers/MAAARO
Date de création : 01 octobre 2000
Dernière révision : 12 août 2003

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