Du rumen aux onglons: acidose et laminite

L'épisode d'acidose peut survenir bien avant que les symptômes de laminite deviennent visibles.

La laminite est une maladie complexe qui demande une approche de gestion d'ensemble sur la ferme pour identifier les points faibles et surtout, les corriger.

Les boiteries limitent l'appétit des vaches et conséquemment, diminuent la production de lait. L'ajustement des rations durant la phase pré-vêlage peut aider à réduire l'incidence de la laminite durant la période de lactation.

Trop souvent, nous observons des boiteries chez les vaches d'un troupeau. Ces observations sont encore plus évidentes dans les étables à stabulation libre où les animaux se déplacent à leur guise pour s'alimenter, se rendre aux stalles ou encore à la traite. Les boiteries sont une source d'inquiétude pour bien des producteurs considérant qu'elles sont fréquentes et que leur impact économique est significatif. Les boiteries peuvent être causées par plusieurs facteurs. La laminite est un de ces facteurs qui a été particulièrement étudié. En juin, l'an dernier, se déroulait un symposium à Phoenix en Arizona sur la laminite. Voici un aperçu des informations présentées durant cet événement.

La laminite est une douloureuse inflammation des tissus à l'intérieur de l'onglon de la vache modifiant sa posture et sa démarche. Les vaches atteintes mangent et produisent moins, particulièrement dans les étables équipées de robots de traite. Des études récentes ont démontré que les animaux affectés produisent jusqu'à 2.8 kilogrammes de lait de moins par jour.

La recherche a aussi clairement établi un lien entre certains problèmes de pieds des vaches, particulièrement la laminite, avec l'acidose ruminale. Il est donc possible de limiter l'incidence des laminites dans son troupeau en portant une attention particulière à la gestion de la ration de transition entre la période de tarissement et de lactation. Voyons d'un peu plus près ce qui cause la laminite et aussi, quelques conseils notés durant le symposium de Phoenix.

Le pH ruminal se situe normalement près de la neutralité à environ 6.5 mais peut varier selon la composition de la ration ingérée et la gestion de l'alimentation. Des rations riches en concentré, particulièrement les hydrates de carbone rapidement fermentés comme les grains, peuvent significativement réduire le pH de rumen. Certains microorganismes présents dans le rumen vont rapidement dégrader l'amidon de la ration en acide lactique ce qui a pour effet d'acidifier le rumen et de diminuer son pH. Les laminites sub-cliniques surviennent quand la charge en acides gras volatils du rumen devient excessive.

L'épisode d'acidose peut survenir bien avant que les symptômes de laminite deviennent visibles. Quand survient l'acidose, la population de microorganismes du rumen se modifie et les organismes responsables de la digestion de la fibre tendent à disparaître.

L'ensemble de ce processus induit l'absorption par le système sanguin de l'animal de composés connus sous le nom de métabolites, d'endotoxines et d'histamines. Ces composés peuvent affecter l'apport en sang aux tissus en croissance au niveau de l'onglon de la vache, causant souvent des laminites cliniques ou sub-cliniques.

Vaches à risque

La composition de la ration évolue généralement en fonction du stade de lactation et de production de la vache. La composition de la population de microorganismes du rumen varie, elle aussi, en fonction du type d'aliment consommé par la vache.

Au moment du tarissement, la ration se compose principalement de fourrage et cette ration est nettement moins dense en énergie que la ration de lactation. La teneur en hydrate de carbone comme l'amidon est aussi faible ce qui réduit la population de bactéries produisant les lactates ainsi que celles convertissant les lactates en composés tels qu'acétates et propionates, utiles à la vache. Un deuxième effet de cette ration de tarissement, faible en énergie est la réduction de la capacité des parois du rumen à pouvoir gérer les rations riches en énergie. Cette réduction de capacité pourrait aller jusqu'à 50% selon une étude.

Les vaches sont plus susceptibles à l'acidose à partir du vêlage et pour les 120 jours qui suivent. Peu de temps après le vêlage, les vaches reçoivent une ration dense en énergie et en concentrés. Le rumen de ces animaux aura besoin d'une période d'adaptation avant de pouvoir gérer adéquatement cette ration. La capacité d'ingestion de matière sèche n'est pas encore à son maximum et le niveau de consommation peut être affecté à la baisse. Le rapport fourrage- concentré devient alors souvent moindre que souhaitable.

Une accumulation de composés acides dans le rumen peut donc entraîner son acidification. L'acidose métabolique survient si la quantité d'acide organique produite excède la capacité du foie à métaboliser ces composés.

Prévention de l'acidose

Prévenir les chutes significatives de pH dans le rumen est donc une composante clé de la prévention et du contrôle de la laminite. Voici quelques mesures de prévention qui peuvent être utiles :

  • éviter de surcharger le rumen des vaches avec des hydrates de carbone rapidement fermentescible, particulièrement en période de pré-vêlage et en début de lactation;
  • servir de petites portions de grains en au moins 4 repas par jour, spécialement si la quantité totale est importante. Dans la mesure du possible, les grains devraient être servis simultanément avec les fourrages;
  • servir le même type de grains ou d'hydrates de carbone dans la ration pré-vêlage que ceux utilisés dans la ration des animaux en début lactation. Cette façon de faire permet à la flore ruminale de s'adapter et de croître. Les microorganismes du rumen seront donc en meilleure position pour gérer les rations denses en énergie typique de la période du début de la lactation;
  • viser à maximiser la consommation de fourrage et la qualité de ceux-ci pour réduire les besoins en concentrés. Un minimum de 45% de la ration totale des animaux en début lactation devrait être composé de fourrages. Plus de 45% est encore mieux;
  • considérant que les vaches consomment des kilos de ration et non des pourcentages, s'assurer que les animaux sont en mesure d'ingérer la quantité que mentionne la ration sur papier. Sur une base de pourcentage du poids vif des vaches, la consommation en fibre en détergent neutre (NDF) provenant des fourrages doit se situer minimalement à 0.85. Le minimum de NDF ingéré total devrait se situer à 1.2 % du poids vif;
  • éviter les niveaux excessifs d'hydrate de carbone non fibreux (NFC) considérant que la digestion de la fibre et la production d'acide acétique peuvent être affectés à la baisse ce qui pourraient conduire à l'acidose. La fraction d'hydrates de carbone non fibreux (NFC) est hautement digestible et peut être rapidement fermentée comparativement à la fibre NDF. Dans la plupart des cas, un niveau de NFC se situant entre 32 et 38 pourcent est généralement adéquat;
  • synchroniser la vitesse de fermentation des hydrates de carbone avec la protéine disponible au rumen. Par exemple, pour un ensilage de luzerne de haute qualité, du maïs grain humide ou de l'orge fournira une meilleure complémentarité que du maïs grain sec.

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Gestion de l'alimentation

Plein de choses peuvent mal tourner, tant au niveau de la formulation de la ration qu'au niveau de la distribution et la gestion des mangeoires. Ce sont autant d'endroits où une erreur peut engendrer un épisode d'acidose, particulièrement si la situation perdure. Une attention toute particulière devrait être portée à la prise des échantillons, leurs analyses, l'ajustement en fonction de la matière sèche continue dans les aliments, particulièrement les fourrages, les taux d'inclusions, la taille des particules des fourrages mais aussi de la ration totale mélangée (RTM), le temps de mélange de la RTM et le type de traitement effectué sur les aliments, comme le roulage des grains, par exemple.

Le pH du rumen de la vache tend à s'acidifier après les repas. Le taux d'acidification augmente quand la quantité d'aliments ingérés s'accroît pour un seul repas et la concentration en NDF tend à diminuer. Toute pratique de gestion des mangeoires qui réduit le nombre de repas et augmente leurs tailles tout en consommant rapidement ceux-ci (gavage) peut favoriser l'acidose et par conséquent la laminite. Voici quelques exemples:

  • le manque d'espace aux mangeoires, l'accès aux mangeoires limité par le temps, l'horaire d'alimentation variable, la compétition aux mangeoires, le stress causé par la chaleur, sont autant de facteurs qui peuvent causer un gavage;
  • l'espace aux mangeoires devrait être de 0.5 mètres par vache pour minimiser la compétition entre les vaches. Les aliments devraient être disponibles au moins 20 heures par jour. La quantité de ration totale servie aux vaches devrait être de 5 à 10 % de plus que requis pour éviter que les mangeoires se vident complètement;
  • le triage des aliments dans la mangeoire peut survenir quand la ration totale (RTM) contient de grosse particule de fourrage et que les vaches ne les mangent pas. La consommation réelle de fourrages et de fibres peut alors être inférieure à celle calculée;
  • servir la RTM en plus petite quantité mais plus fréquemment, réduire la taille des fourrages grossiers ou utiliser des fourrages de meilleur qualité, utiliser de l'ensilage de maïs conditionné (processing) et ajouter de l'eau dans la RTM sont autant de facteurs qui peuvent réduire le triage aux mangeoires.

Autres facteurs qui influencent la santé des onglons

Environnent

L'environnement dans lequel évolue le troupeau a un impact sur l'incidence des acidose et laminites. Une fréquence élevé de laminite devrait conduire à évaluer ces possibilités:

  • stress causé par la chaleur;
  • manque d'exercice;
  • espace de stalle inadéquat et/ou mauvaise conception des stalles;
  • hauteur excessive des murets de stalle;
  • surexposition aux plancher de béton;
  • temps de repos insuffisant.
Taille des onglons

Un taille régulière mais surtout bien faite contribue à la productivité et la longévité de la vache, potentiellement jusqu'à une lactation de plus. La taille régulière stimule les tissus responsables de la production de la corne au niveau des onglons. Une taille une à deux fois par an est souhaitable. La taille devrait s'effectuer au moment du tarissement et au milieu de la lactation pour minimiser les effets du stress. Les vaches problèmes devraient être suivie de plus près.

Vue d'ensemble

Si votre troupeau présente une incidence importante de laminite, la complexité de cette maladie requiert une évaluation d'ensemble des pratiques de gestion au niveau du troupeau pour identifier les points faibles et les corriger. Cette évaluation devrait inclure l'évaluation du troupeau au niveau des boiteries, L'utilisation des stalles, la gestion des animaux de remplacement et des vaches taries et le programme alimentaire dans son ensemble.


Auteur : Mario S. Mongeon -Spécialiste en Production animale/MAAARO
Date de création : septembre 2003
Dernière révision : septembre 2003

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