Le choix santé; les avantages à long terme d'une sélection des bovins pour leur valeur adaptative et leur bonne santé

Lors d'une discussion sur les données de gestion des troupeaux, un vétérinaire s'est demandé pourquoi les gens s'attardaient tant aux questions de disposition des vaches laitières et aux causes de leur mort.
Ne devrions-nous pas plutôt essayer de comprendre pourquoi elles tombent malades pendant qu'elles sont encore en vie? On aurait alors de bien meilleures chances de trouver des solutions. Son observation était pleine de bon sens. Dans le domaine de la génétique des troupeaux laitiers, nous avons passé beaucoup plus de temps à essayer de comprendre pourquoi les vaches meurent qu'à chercher des moyens de les garder en vie et en santé.

Un article récent résumant le travail de Nate Zwald et Kent Weigel, deux chercheurs de la University of Wisconsin, montre que la perception que les éleveurs de troupeaux laitiers ont des programmes d'amélioration génétique s'est beaucoup améliorée. Lors de l'assemblée annuelle de l'American Dairy Science Association qui a eu lieu récemment à St-Louis, au Missouri, les deux chercheurs ont fait un compte rendu des résultats de leurs recherches et donné un aperçu des possibilités d'amélioration des traits de santé qu'offre la sélection génétique. Leurs travaux ont également mené à un questionnement sur la méthode appropriée de sélection à utiliser pour de nombreux traits ayant une incidence sur la valeur adaptative et la bonne santé des bovins laitiers.

Zwald et Weigel ont analysé des données d'environ 160 000 vaches provenant de 579 troupeaux. Les éleveurs de ces troupeaux utilisaient l'un de ces trois logiciels de gestion : DairyCOMP 305, DHIPlus ou PCDart. Ces trois systèmes logiciels permettent aux producteurs d'entrer de façon routinière les données liées aux problèmes de santé qui surviennent ainsi que les traitements prodigués.

Les chercheurs ont analysé des traits comme la mammite clinique, la boiterie, la métrite, l'acétose et le déplacement de la caillette. Il semble que ce ne sont pas tous les producteurs qui enregistraient tous les traits et, pour cette raison, les fréquences varient.
Les taux de fréquence, ou le nombre de fois qu'une maladie est survenue dans un troupeau, varient : 14,1 pour cent pour la mammite clinique; 10,4 pour cent pour la boiterie; 5,4 pour cent pour l'acétose; 4,9 pour cent pour la métrite, et 2,2 pour cent pour le déplacement de la caillette.

L'héritabilité, ou le degré de variabilité génétique d'un trait, était faible ou modérée, allant de 0,04 à 0,14. Une faible héritabilité de moins de 0,10 signifie normalement que tout progrès qui peut être fait par la sélection sera très lent. Une faible héritabilité peut également être due au fait que les registres ne sont pas aussi exacts que nous aimerions qu'ils le soient ou au fait que le trait ne soit pas décrit avec précision.

Le taux de fréquence du déplacement de la caillette est un bon exemple; même si son taux de fréquence est le plus bas, ce trait avait le pourcentage de registres utilisables le plus élevé, de même que la plus grande héritabilité. Cette maladie est probablement celle qui est le plus liée aux gènes parce que le diagnostic est objectif et permet un enregistrement plus standard de la présence du trait dans les troupeaux.

La plupart des autres traits liés à la santé sont sujets à interprétation. Les taux d'enregistrement peuvent varier selon que les gens qui entrent les données notent un cas clinique ou, simplement, que la vache semble avoir ce problème particulier. Tout cela fait en sorte qu'il est plus difficile d'avoir des données fiables, et contribue à ce qu'un trait soit considéré comme peu héritable.

Zwald et Weigel ont calculé la corrélation génétique entre les traits car ils croient que certaines vaches peuvent être prédisposées à plus d'une maladie. Ils ont de plus estimé la valeur des géniteurs en établissant la probabilité que ses génisses soient malades. Les taux de fréquence de la lactation pour les génisses des pires géniteurs étaient de deux à cinq fois plus élevés que pour celles des meilleurs géniteurs.

Il est possible de développer un système national d'enregistrement des maladies ainsi qu'un système d'évaluation génétique pour les traits de santé pour le traitement de ce type de données. Les pays scandinaves, qui disposent de tels systèmes depuis maintenant 20 ans, sont un exemple à suivre. Le développement de la race Norvégienne Rouge, par exemple, s'est appuyé au cours des ans sur un indice de sélection mettant clairement l'accent sur les traits de santé et de fertilité.

Même si les traits de santé sont d'une nature complexe et ont une faible héritabilité, en plus d'être influencés par plusieurs gênes, l'expérience scandinave montre que, sur une longue période, la sélection génétique peut faire progresser l'industrie laitière.

Les responsables des programmes de sélection scandinaves affirment avoir réduit la fréquence de traits tels que les ovaires kystiques ou la mortinatalité.

L'idée d'un indice de sélection complexe, incluant les traits de valeur adaptative et de santé, n'est pas nouvelle pour les éleveurs canadiens. L'indice profil de vie, par exemple, accorde de l'importance aux traits de type fonctionnel de même qu'aux traits de production et est couramment utilisé pour le classement des géniteurs utilisés pour l'insémination artificielle au Canada. L'indice inclut également des pointages pour la numération des cellules somatiques et la facilité de mise bas. Le fait que les éleveurs canadiens aient mis l'accent sur un équilibre des traits a peut-être prévenu un déclin de la fertilité et des traits de santé comme ceux observés dans d'autres pays plus centrés sur la production seule.

Le fait d'inclure d'autres mesures des traits de résistance aux maladies ou d'autres traits de santé dans les programmes de sélection canadiens ne constituerait pas un grand changement, et ça rapporterait à toutes les fermes laitières au pays. La variabilité génétique de la fréquence des maladies existe réellement, a une importance économique, et justifie qu'on prenne les maladies en considération dans les programmes de reproduction, ce malgré la faible héritabilité des traits de maladie.

Les études sur la génétique concluent généralement que l'héritabilité est faible pour les traits de fréquence des maladies comme la rétention du placenta ou les kystes ovariens. Toutefois, d'autres études ont conclu à une héritabilité moyenne pour la dystocie, la métrite, la fièvre de lait et la mammite. Il est possible que la faible héritabilité de certains traits soit due au fait qu'ils n'ont pas été définis ou identifiés avec précision.

Les études ont démontré qu'il existe une relation négative entre la production de lait et des maladies comme la mammite clinique ainsi que certaines mesures de fertilité. L'accent qui a été mis sur les traits de production et de valeur accrue a permis des gains de productivité génétique de plus de 1,5 pour cent par année. L'utilisation de la sélection génétique dans le but de réduire les coûts de production a été beaucoup moins mise en valeur. Certaines recherches suggèrent que génétiquement, les traits de santé et de valeur adaptative changent peut-être à un rythme égal et opposé à ceux de production.

Certaines maladies apparaissent au début de la lactation, qui est aussi le moment où l'on observe les plus grandes pertes d'état corporel. D'autres recherches suggèrent que l'interrelation de ces maladies, de même que des notes d'état corporel et d'une production élevée, peut être un indicateur de la capacité ou de l'incapacité d'une vache de faire face à la demande pour une forte production de lait.

Pour relever ces défis, nous avons besoin de données fiables et de grande qualité pour mettre en place des mesures génétiques valables et des paramètres sur lesquels les programmes de sélection pourront se baser. Les données ayant servi à l'étude du Wisconsin proviennent de troupeaux américains qui participaient à des programmes de contrôle de la descendance ou de troupeaux dont les éleveurs étaient connus pour enregistrer les problèmes de santé de façon routinière. Les chercheurs ont procédé à divers contrôles de validation des données pour éliminer les erreurs évidentes.

Pour de nombreux membres du plan d'amélioration des troupeaux laitiers vivant en Ontario, la saisie de renseignements complets et détaillés sur la santé et les maladies de leur troupeau dans le logiciel Dairy COMP, fait déjà partie de leur programme de gestion. L'an dernier seulement, plus de 25 000 données de santé ont ainsi été transmises en continu aux ordinateurs de CanWest pour le plan d'amélioration des troupeaux laitiers. Le système actuel ne fait aucun résumé de ces renseignements, pas plus qu'il ne fournit de repères ou de normes comme il le fait pour l'information de production.

Les données de santé enregistrées sur les fermes sont souvent désordonnées, ce qui constitue aussi une lacune. Les données sont parfois enregistrées de façon irrégulière, et il n'existe aucune règle quant à ce qui doit être rapporté ou pas. Les niveaux de signalement dépendent de la personne qui tient le registre.

Une analyse préliminaire faite sur des données de santé enregistrées en 2001 et 2002 et provenant de fermes qui participent au programme d'amélioration des troupeaux laitiers et utilisent une version du logiciel agricole DairyCOMP renforce ce point de vue, pour l'Ontario du moins. Pour ces 150 troupeaux, aucune donnée de santé n'était enregistrée alors que d'autres éleveurs semblaient s'intéresser uniquement à certains traits. La fréquence de divers traits de santé allait de trois à dix pour cent par année, dépendamment du trait. Comme pour l'étude du Wisconsin, c'est la mammite clinique qui était le plus souvent rapportée selon cette analyse; suivaient ensuite les troubles de la reproduction.

Puisqu'il s'agit là d'une étude rétrospective des données, nous ne savons pas quels renseignements ont été rapportés avec précision. Nous ne pourrons probablement pas revenir en arrière pour le découvrir. C'est pourquoi l'élaboration d'une stratégie pour la collecte et l'utilisation de ces renseignements est si importante pour l'industrie laitière présentement.

Pour résoudre ce problème, Dairygen et le Conseil de l'adaptation agricole ont financé une étude dans le but de trouver une stratégie d'enregistrement des traits de santé et de la fréquence des maladies pour l'amélioration génétique. Pouvons-nous au Canada nous doter d'un système où les producteurs enregistrent les données de maladies de façon volontaire pour permettre l'évaluation génétique, comme nous le faisons pour les contrôles laitiers et les données de conformation? Ou ces renseignements ne pourraient-ils pas être obtenus que par le biais de contrats avec certains éleveurs qui fournissent les renseignements pour aider les chercheurs?

De multiples facteurs font en sorte qu'il est important que nous élaborions une stratégie qui nous permette d'améliorer la santé des troupeaux laitiers par la sélection génétique :

  • l'inquiétude quant au fait que la sélection constante en fonction des traits de production a eu, ou a présentement, un effet négatif sur la santé et la valeur adaptative des bovins;
  • la pression constante pour une réduction de l'utilisation des antibiotiques dans le traitement des animaux de ferme;
  • le bien-être accru des animaux par une réduction des problèmes de santé;
  • la réduction des coûts par une diminution des traitements, des factures vétérinaires et des pertes de production.

De nouveaux programmes d'assurance de la qualité et de sécurité alimentaire pourraient permettre l'enregistrement des données dont nous avons besoin. Ces programmes nécessitent déjà, ou nécessiteront plus tard, l'identification individuelle des animaux pour l'identification nationale du bétail, l'enregistrement de tous les traitements aux médicaments pour le bétail reçus par les animaux et l'enregistrement de toutes les données de surveillance des maladies. Pourquoi ne pas concevoir un système qui utilise aussi ces renseignements pour vous aider dans la gestion et la reproduction de votre troupeau de manière à obtenir plus de vaches saines?

Des études américaines et scandinaves ont démontré qu'il existe une variation génétique dans les traits de santé et de maladie des bovins laitiers. Si nous avons laissé déraper les performances en ne faisant aucune sélection pour ces traits, il est alors logique de penser que nous pouvons les améliorer si nous commençons à faire une sélection appropriée.

Le défi est de concevoir un système exploitable normalisé qui permette d'enregistrer et de mesurer quelques-uns de ces traits. À partir de là, nous pourrons alors progresser au niveau de la génétique en ce qui a trait à la résistance aux maladies et à la santé. Il se peut que le progrès soit lent, mais nous pouvons progresser. À long terme, cela rapportera à toute l'industrie et vous rapportera aussi à vous, en tant que producteur individuel.



Auteur : Blair Murray - spécialiste de l'amélioration génétique des troupeaux laitiers/MAAARO
Date de création : 1 septembre 2004
Dernière révision : 3 juin 2010

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