Les RTM permettent de réduire l'espace alloué aux mangeoires

Dans bon nombre d'étables laitières plus anciennes, ainsi que dans les étables à stabulation libre à trois et six rangées, l'espace alloué aux mangeoires est limité. Les animaux ne peuvent pas tous se nourrir en même temps. Beaucoup de spécialistes estiment que cette situation réduit la prise alimentaire, abaisse la production de lait chez les vaches et restreint la croissance des génisses.

Une étude de l'université de la Pennsylvanie, parue en janvier 1999 dans le Journal of Dairy Science, apporte un éclairage intéressant sur l'espace à allouer aux mangeoires pour les génisses en croissance nourries avec des rations totales mélangées (RTM). D'autres études réalisées au cours des dernières années ont traité du même sujet chez les vaches laitières.

Dans le cas de l'étude sur les génisses, les chercheurs J. I. Longenbach, A. J. Heinrichs et R. E. Graves, ont réduit les espaces alloués aux mangeoires de génisses laitières d'âges variés. Dans le cadre de l'essai initial, les mangeoires mises à la disposition de veaux de quatre mois étaient à 15 cm (6 po) ou 30 cm (12 po) de distance. Les deux tiers des veaux pouvaient se nourrir en même temps. Une ration totale mélangée, assez riche en énergie, était donnée en alimentation restreinte en vue de permettre un rythme de croissance convenant à des veaux de deux ans. Bien que les génisses qui disposaient d'un espace limité mangeaient plus vite et prenaient plus de repas de plus courte durée, leur taux de croissance était le même que les génisses qui pouvaient manger toutes en même temps.

Dans un deuxième essai, les mangeoires mises à la disposition de génisses de 11 à 15 mois, nourries avec des RTM en alimentation restreinte, étaient espacées de 15 cm (6 po), 30 cm (12 po) ou 45 cm (18 po). Les groupes comprenaient neuf génisses et cinq, huit ou neuf génisses respectivement réussissaient à manger en même temps. Comme dans le premier essai, les génisses dont les mangeoires étaient plus rapprochées mangeaient plus rapidement et moins à la fois. Bien que les taux de croissance moyens étaient les mêmes, la variation dans le taux de croissance des génisses était légèrement plus élevée dans le groupe dont les mangeoires étaient plus rapprochées.

Dans le troisième essai, les distances entre les mangeoires, chez un groupe de génisses âgées de 17 à 21 mois, étaient les mêmes que dans le cas des génisses plus jeunes du deuxième essai. Seules quatre, sept ou huit génisses pouvaient manger simultanément, mais le taux de croissance et les variations entre les génisses étaient identiques.

Les auteurs ont conclu que des espacements de 15 cm (6 po) chez les génisses âgées de quatre à sept mois, de 30 cm (12 po) chez celles qui ont de 11 à 15 mois et de 45 cm (8 po) chez les génisses de 17 à 21 mois étaient suffisants pour permettre une croissance rapide et un vêlage précoce, lorsque les génisses recevaient des RTM en alimentation restreinte. SI l'espace alloué était moindre, les comportements alimentaires étaient modifiés, mais la croissance n'était à peu près pas influencée.

Les résultats d'une étude de terrain auprès de deux troupeaux très productifs dans une étable à stabulation libre à six rangées ont démontré qu'on arrive à des conclusions analogues dans le cas des vaches laitières. Les deux troupeaux comptaient des groupes très productifs d'environ 90 vaches, produisant en moyenne 40 litres de lait par jour (trois traites).

Chacun des troupeaux ayant fait l'objet de l'étude réalisée par William Menzi et Larry Chase, et présentée à une conférence internationale sur le logement des animaux, en 1994, produisait en moyenne 10 700 kg de lait. Les vaches recevaient une RTM deux ou trois fois par jour et de la nourriture était présentée aux vaches deux fois par jour.

L'espace alloué aux mangeoires par vache était de 38 cm (15 po) et 40 cm (16 po). Cela représente 33 % de moins que la distance de 60 cm (24 po) nécessaire pour que toutes les vaches puissent manger en même temps.

L'espace disponible à la mangeoire était surveillé à l'aide d'un enregistrement vidéo à intervalles. Ce dernier a démontré que l'occupation de l'espace autour des mangeoires était moins de 50 % durant la majeure partie de la journée; par ailleurs, les périodes où il n'y avait vraiment plus de place aux mangeoires étaient rares et brèves, voire inexistantes. Bien que cette étude n'ait pas comparé les espaces alloués à la production et aux mangeoires, le fait qu'il y avait presque toujours de l'espace disponible suggère que l'espacement entre les mangeoires n'était pas une source de stress et ne diminuait pas l'ingestion.

À noter toutefois que des rations totales mélangées étaient utilisées dans le cadre de ces essais et que les méthodes d'alimentation étaient appropriées. Les quantités d'aliments fournies permettaient de répondre aux besoins des animaux, dans le cas des essais auprès des génisses, et les vaches laitières étaient nourries à volonté. Des fourrages frais étaient donnés deux fois par jour et les aliments étaient repoussés vers les animaux à quelques reprises. D'après les résultats obtenus, il semble que les étables en stabulation libre à trois et six rangées offrent un accès amplement suffisant à la nourriture.

L'utilisation des cornadis, la ventilation et la densité des bêtes dans l'étable sont des questions qui sont encore plus délicates que dans une étable à quatre rangées. Les études précédentes suggèrent toutefois que la compétition pour l'espace alloué aux mangeoires ne pose pas de problème en matière de gestion des systèmes d'alimentation.


Auteur : Jack Rodenburg - Chef du programme des systèmes de production laitière/MAAARO
Date de création : 23 mai 2007
Dernière révision : 30 septembre 2011

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