Les Systèmes De Traite Automatisée: L'Expérience Ontarienne

Table des matières

  1. Introduction
  2. Pourquoi las traite automatisée?
  3. Température du logement et traite automatique
  4. Voltages parasites
  5. Gestion des aliments
  6. Qualité de l’eau
  7. Qualité du lait
  8. Sommaire

Introduction

En Europe, plus de 1000 installations de traite robotisée seront en service à la fin de l’an 2000. En Amérique du Nord, le premier système commercial de ce type a été installé en Ontario en mars 1999. Dans la province, la traite est maintenant automatisée dans 15 fermes laitières; on compte 20 stalles Lely Astronaut dans 13 exploitations et trois systèmes AMS Liberty à quatre emplacements dans deux autres élevages.

On a visité les 15 fermes ainsi équipées en décembre 2000 pour y recueillir des informations de base relatives aux troupeaux et pour avoir un bref entretien avec les exploitants.

Pourquoi la traite automatisée?

En Ontario, les circonstances se prêtent bien à la traite robotisée. Un troupeau laitier typique compte 58 vaches. De nombreux exploitants agrandissent leurs étables pour les convertir à la stabulation libre et y accueillir de 60 à 200 vaches. Il leur faut donc trouver un compromis entre un investissement trop important dans une laiterie nécessitant peu de main-d’œuvre, mais sous-utilisée, ou la perspective de passer un trop grand nombre d’heures à effectuer la traite avec un matériel peu coûteux mais inefficace. Une étude économique préliminaire a été effectuée sur les coûts qu’on relève habituellement dans la région du Midwest des États-Unis; selon cette étude, les coûts de main-d’œuvre et de matériel d’une exploitation de 70 à 140 têtes comprenant des salles de traite traditionnelles se situent entre 2,15 et 3,65 $ par quintal, soit le triple de la valeur trouvée pour un troupeau de 400 vaches. Dans la même étude, on a évalué que le coût de la traite par des systèmes robotisés se situait entre 1,30 et 2,00 $ par quintal.

La technologie de la traite robotisée permet au propriétaire d’une « exploitation familiale » d’accroître la taille de son troupeau jusqu’à 100 ou 150 vaches sans embaucher de nouveau personnel. Elle permet également de rendre une exploitation de cette taille économiquement viable et concurrentielle par rapport à des exploitations plus grandes.

Les propriétaires de systèmes de traite robotisée ont déclaré que la première ou la deuxième raison de leur choix était qu’ils évitaient ainsi les problèmes que pose l’embauche de personnel. La deuxième raison invoquée est que cette stratégie permet d’accroître la fréquence des séances de traite, ce qui entraîne une augmentation de la production, une diminution des comptes de cellules somatiques, une incidence plus faible des cas de mammite clinique et une réduction du stress sur les pis.

Selon ces exploitants, avec un troupeau de 100 vaches, il est difficile d’effectuer trois traites par jour dans des salles de traite traditionnelles; en effet, dans ce cas, on est obligé de prévoir une à deux heures de travail en pleine nuit, sept jours par semaine.

Parmi les autres raisons qui ont été données, on trouve la souplesse, l’amélioration de la qualité de la vie et l’absence d’un horaire de traite fixe, ainsi que le désir d’innover. Quatre des exploitants interrogés ont également souligné qu’en incluant le coût de la surface construite, pour un troupeau de cette taille, l’investissement représenté par l’installation d’un système robotisé était comparable à celui d’une grande salle de traite traditionnelle.

On nous a également signalé quelques questions qui ont un intérêt particulier pour l’Ontario et qui méritent d’être abordées ici.

Température du logement et traite automatique

Dix des 15 systèmes de traite automatique sont installés dans des étables isolées où la température est toujours supérieure au point de congélation et où l’on ne signale aucun problème dû au froid.

Dans quatre des étables, on trouve une isolation minimale sous le toit, et l’une des étables n’est pas isolée. Dans ces cas il s’est avéré que les systèmes de traite robotisée ne fonctionnaient pas aux températures inférieures au point de congélation. On signale des dépôts de glace sur les lasers et les rouleaux des systèmes Lely, et le gel des rails et des organes mécaniques du modèle AMS Liberty. L’endroit où se trouve le robot doit donc être à une température supérieure au point de congélation. Dans ces étables, les producteurs ontariens ont trouvé une solution partielle à ce problème : ils ont enfermé la zone de travail (côté « propre » du robot) dans une pièce formée par des cloisons et un plafond, où ils ont installé un petit appareil de chauffage et un système de ventilation par surpression.

Voltages parasites

Des mesures effectuées sur des robots en Ontario ont mis en évidence des risques de voltages parasites, mais des tests de portée limitée effectués dans huit des élevages en question ont permis de montrer que ces voltages se situaient entre 0 et 0,4 volt, ce qui est probablement trop faible pour causer des problèmes. Dans plusieurs des élevages, la zone voisine des stalles de traite est couverte de lattes qui constituent une mise à la terre peu efficace, ce qui réduit les risques de voltages parasites. Comme mesure de prévention, il peut être utile de prendre en compte cet aspect au moment de la construction de planchers d’étables en dalles pleines. Dans les exploitations comportant une installation de traite automatisée, il peut être important d’assurer un suivi des voltages parasites et de prendre les mesures appropriées.

Gestion des aliments

Dans les 15 élevages ontariens où la traite est robotisée, 14 troupeaux reçoivent des rations totales mélangées (RTM). Tous ces troupeaux reçoivent aussi une ration de céréales en granules dans la salle de traite. La quantité moyenne distribuée se situait entre 1 et 3,5 kg, la moyenne de cette valeur étant de 2,5 kg. La quantité maximale se situait entre 1 et 6 kg, la moyenne de cette valeur étant de 4 kg.

Certains producteurs pensaient que dans le cas des vaches moins productives, les longs intervalles entre les séances de traite pouvaient être liés aux moins grandes quantités de céréales disponibles dans la salle de traite. Dans les exploitations où les animaux recevaient moins de céréales lors de la traite, on signalait des intervalles plus longs chez un plus grand nombre de vaches.

Dans huit des 15 troupeaux, le passage des vaches se fait actuellement à sens unique; elles sont donc forcées de passer par la salle de traite pour atteindre la mangeoire. Dans la plupart des cas, on considère qu’il s’agit d’une période de dressage.

Presque partout au Canada et aux États-Unis, on emploie des rations totales mélangées. En Amérique du Nord, beaucoup de producteurs ne souhaiteront pas donner jusqu’à 6 kg de céréales en plus de la ration normale, ce qui pourrait annuler une bonne partie des avantages découlant de la consommation de rations totales mélangées.

Qualité de l’eau

Des études ont montré que de nombreux puits de ferme étaient contaminés par des bactéries. Il n’est pas souhaitable de laver le matériel de traite avec de l’eau contaminée; il semble que le risque soit encore plus grand dans le cas des systèmes robotisés. Aux Pays-Bas, des études portant sur la qualité du lait ont montré un accroissement du point de congélation là où la traite était robotisée; ce phénomène est peut-être dû à la fréquence des cycles de lavage et de rinçage qui laissent des traces d’eau. Si cette eau résiduaire est contaminée, il est certain que le nombre de bactéries présentes dans le lait augmentera et que la qualité du produit en souffrira. Dans une exploitation laitière robotisée de l’Ontario, on a pu imputer directement les comptes bactériens élevés à l’emploi d’eau contaminée. Il est recommandé de faire faire des tests complets sur l’eau servant au lavage et au rinçage des systèmes robotisés et de la traiter au besoin.

Qualité du lait

En Ontario, les tests effectués au Bactoscan montrent que dans les exploitations équipées de systèmes Lely à poste unique, les comptes bactériens sont très voisins de la moyenne provinciale pour des troupeaux de taille comparable. Bien que ces données se fondent sur des observations limitées portant surtout sur des installations très récentes, elles permettent de penser que les questions relatives à la qualité du lait qui ont été signalées antérieurement sont peut-être résolues dans une large mesure.

Les comptes bactériens élevés étaient dus aux causes suivantes : problèmes de compresseur dans la cuve tampon, mauvaise qualité du lavage automatique du réservoir principal, absence de nettoyage des tubulures menant à un deuxième poste de traite inutilisé, défaillance du mécanisme de distribution de savon, défaillance d’un chauffe-eau interne au poste robotisé, mauvais alignement des gobelets pendant le cycle de lavage et emploi d’eau non potable. Certains comptes bactériens élevés étaient dus à plusieurs causes à la fois. Lors des visites effectuées dans les exploitations, des observations générales sur la propreté des stalles et la présence de fumier sur les pis permettaient de penser que ce facteur expliquait une bonne partie des variations des résultats (Bactoscan) au-dessous du seuil de pénalité.

Sommaire

Les systèmes de traite robotisée représentent un potentiel énorme pour les exploitations laitières familiales de 100 à 150 têtes parce qu’elles pourraient les rendre plus concurrentielles que les exploitations plus importantes. L’expérience européenne permet d’apporter des réponses à la plupart des questions concernant la traite robotisée. Les aspects qui touchent plus précisément les exploitations nord-américaines sont l’adaptation de la traite robotisée aux grands troupeaux, les températures inférieures au point de congélation dans les étables, les stratégies relatives au fourrage (rations totales mélangées), les voltages parasites et la qualité de l’eau. Bien que les études européennes aient mis en évidence une moins bonne qualité pour ce qui est de la contamination bactérienne, les systèmes Lely semblent donner des résultats très convenables en Ontario. L’élévation du point de congélation, peut-être due à la fréquence de rinçage des systèmes, peut représenter un problème; ce phénomène fait ressortir l’importance de l’emploi d’eau potable à cette fin. Comme la qualité du lait est d’une importance capitale pour l’industrie laitière, la qualité du produit brut en provenance des exploitations équipées de tous les types de systèmes robotisés fera encore l’objet d’une surveillance attentive.


Auteur : Jack Rodenburg - Chef du programme des systèmes de production laitière/MAAARO; David F. Kelton/Université de Guelph
Date de création : 01 février 2001
Dernière révision : 01 février 2001

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