Rentabilité des pâturages
Mettre vos vaches à l'herbe est une solution de rechange qui rapporte

En ce moment, vous êtes plusieurs à préparer votre machinerie pour la fenaison et l'ensilage en vue de la seconde récolte. Si vous avez utilisé la méthode d'exploitation intensive des pâturages en rotation, pour votre troupeau laitier, il se peut que vos vaches aient fait les récoltes pour vous et, ce faisant, qu'elles vous aient rapporté de l'argent.

Plusieurs éleveurs conventionnels croient que c'est impossible de gérer une ferme laitière profitable en exploitant les pâturages ou, à la limite, que cette méthode n'est pas aussi profitable que les méthodes traditionnelles d'élevage en claustration. Cependant, une étude courante a démontré que les herbagers laitiers font de l'argent et sont très satisfaits de leur mode de vie en saison de pâturage.

Pendant trois ans, les responsables du projet de résumé financier de l'industrie laitière du Great Lakes Grazing Network ont collecté des registres financiers et des registres de production provenant d'herbagers laitiers utilisant la méthode MIRG. L'Ontario et 10 états américains ont collaboré à la création d'une base de données des finances et de la production réelles des fermes. Le but est de fournir des balises financières pour les pâturages laitiers. Pour les besoin de l'étude, une ferme doit tirer au moins 85 pour cent de son revenu brut de la vente de lait, ou 90 pour cent de son revenu brut de la vente de bovins laitiers et de lait, pour être considérée à titre de ferme laitière. Le producteur doit également tirer du pâturage plus de 30 pour cent de ses besoins en fourrage en saison de pâturage pour être considéré comme un herbager. Il doit aussi fournir de l'herbe fraîche aux bovins au minimum à tous les trois jours.

13 fermes de pâturages laitiers en Ontario ont participé à l'étude et fourni des renseignements pendant trois ans, de 2000 à 2002. Ces herbagers laitiers :

  • avaient en moyenne 14 années d'expérience comme herbager;
  • utilisaient un mode de gestion mettant principalement l'emphase sur le peu d'intrants, en opposition à une forte production;
  • utilisaient généralement le pâturage pour fournir 85 pour cent de l'ingestion de matière sèche de leurs vaches pendant la saison de pâturage, avec une variation antre les herbagers allant de 30 à 100 pour cent;
  • utilisaient les pâturages pour une moyenne de 160 jours;
  • faisaient une rotation des pâturage, déplaçant généralement les vaches toutes les 36 heures environ.

Le Programme d'analyse de la gestion agricole en Ontario (PAGAO) a comparé les fermes herbagères de l'Ontario à d'autres fermes laitières de la province au cours de la même période de trois ans. Le PAGAO avait une moyenne de 182 fermes dans le groupe chaque année. Pour les deux groupes, on a calculé une moyenne pour les trois ans afin d'éliminer les aspérités d'une année à l'autre. Lorsqu'on compare les renseignements liés aux finances et à la production des deux groupes, quelques éléments ressortent.

Les fermes n'étaient pas toutes de la même grosseur. L'herbager moyen trayait 12 vaches de moins et cultivait 56 acres de moins que le producteur PAGAO moyen. Les deux groupes avaient principalement les mêmes niveaux d'actif avec un peu plus de 34 000 $ d'investis par vaches, mais les méthodes de paiement de ces actifs étaient très différentes. Les fermes PAGAO utilisaient davantage le financement par emprunt et avaient près de 1 500 $ de dettes de plus par vache que l'herbager moyen. Ces sommes se retrouvaient donc dans la colonne des dépenses puisque les producteurs PAGAO payaient 100 $ de plus en intérêts par vache que les herbagers.

Comme les hivers canadiens ne permettent pas l'exploitation des pâturages toute l'année, les herbagers doivent quand même investir dans de la machinerie agricole. Au total, chaque ferme PAGAO investissait en moyenne 32 466 $ de plus dans la machinerie agricole que l'herbager moyen. Il est intéressant de noter, toutefois, que dans les faits, les herbagers investissaient 10 $ de plus en machinerie agricole par acre de terre cultivable que les producteurs PAGAO. Dans cette perspective, toute diminution des coûts pour les herbagers n'était donc pas le résultat d'une diminution des investissements en machinerie.

Les producteurs craignent, entre autres, de voir leur production de lait baisser s'ils exploitent intensivement les pâturages. Les herbagers ont eu un rendement annuel par vache plus bas de 332 litres. Cela se traduit par une baisse de quatre pour cent de la production par vache en comparaison des troupeaux PAGAO. La différence allait de deux à six pour cent au cours des trois années. Les résultats financiers ont reflété cette baisse de la production. Les revenus des herbagers pour les ventes de lait étaient de 240 $ de moins par vache que les producteurs PAGAO.

Mais le contrôle des coûts de la nourriture, de la main-d'œuvre et, tel que mentionné plus haut, des paiements d'intérêts, a compensé pour les pertes de revenus des herbagers. Leur avantage total à l'égard des frais était de 447 $ par vache. La baisse du coût de la nourriture compte pour la moitié de cette somme.

Non seulement le coût de la nourriture cultivée sur place était moins élevé pour les herbagers grâce aux pâturages, mais ils dépensaient aussi environ 90 $ de moins par vache pour l'achat de nourriture. Même s'ils investissaient un peu plus dans la machinerie, les herbagers semblaient l'utiliser de façon plus efficace. Même avec un niveau d'investissement plus élevé, les herbagers s'en sortaient mieux au niveau du coût de production de la nourriture.

Les herbagers employaient un peu moins de main-d'œuvre que les producteurs PAGAO, mais ça ne semble pas expliquer totalement la baisse des coûts de ce côté. Cela pourrait signifier qu'ils dépendent davantage de la main-d'œuvre familiale non-rémunérée que les producteurs PAGAO. Pour régler le problème de la main-d'œuvre rémunérée par rapport à la main-d'œuvre non-rémunérée, le profit net par vache des fermes a été calculé sans prendre en compte le coût de la main-d'œuvre. Le résultat en est qu'il n'y avait pas de différence notable au niveau du revenu par vache des fermes des deux groupes.

Pour les herbagers, le contrôle des frais d'exploitation et des dettes compense pour la baisse de revenu et de production. En moyenne, les fermes des herbagers étaient aussi profitables que leurs homologues PAGAO.

L'objectif de ce projet était de savoir si les pâturages étaient viables économiquement pour les producteurs laitiers, et non de prouver que le fait d'exploiter intensivement les pâturages sur une ferme laitière était plus rentable qu'un autre système d'alimentation. Les résultats de l'étude démontrent que l'exploitation des pâturages peut être une option intéressante pour les fermes laitières. Les herbagers peuvent faire de l'argent dans l'industrie laitière, de même que les producteurs conventionnels
Cet article est paru pour la première fois dans la revue The Milk Producer, édition Juillet 2004.


Auteur : Jack Kyle - Spécialiste des animaux de pâturage/MAAARO; John Molenhuis - Chargé de programme, analyse des activités commerciales et des coûts de production/MAAARO
Date de création : 1 juillet 2004
Dernière révision : 10 juin 2010

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