Gestion du phosphore alimentaire chez les vaches en lactation

Les recherches sur l'apport en phosphore pour les vaches laitières indiquent que même les bonnes choses peuvent parfois devenir excessives. En effet, le phosphore, un minéral alimentaire essentiel pour le bétail et un composant précieux des engrais, peut devenir un polluant environnemental quand on en abuse.

Dans l'alimentation de votre troupeau laitier, le phosphore, souvent désigné par la lettre P, est nécessaire à la croissance des os, au métabolisme énergétique et à la production de lait. On en trouve dans chaque cellule du corps d'une vache. Mais si on lui en donne trop, le phosphore se retrouve dans le fumier. Celui-ci peut alors être nocif pour l'environnement, un problème de plus en plus épineux, car l'Ontario est sur le point d'appliquer la Loi sur la gestion des éléments nutritifs. De plus, si vous donnez trop de phosphore à vos vaches, cela augmentera les coûts d'alimentation de votre troupeau.

Dans plusieurs juridictions, on s'est inquiété de la sur-alimentation en phosphore. Des recherches ont donc été effectuées afin de déterminer de manière plus précise les besoins en phosphore, dans le but d'assurer la santé et la productivité des vaches, tout en réduisant au minimum l'excrétion de ce nutriment dans le fumier.

À la suite, entre autres, des résultats de deux études américaines, le Conseil national de recherche du Canada (CNRC) a revu ses recommandations de phosphore pour les vaches laitières en 2001. La nouvelle recommandation, soit 0,26 à 0,40 % de matières sèches, est plus basse que les recommandations précédentes, qui étaient près de 0,50 % de matières sèches.

La carence alimentaire à court terme en P peut compliquer la recherche sur le phosphore. Le processus biologique de la vache puise à même ses réserves corporelles en phosphore pour maintenir des niveaux normaux dans le sang. Cela peut masquer une carence alimentaire, et c'est pourquoi les études à long terme sont importantes pour déterminer les besoins en phosphore.

De nombreux producteurs laitiers et nutritionnistes ont par le passé associé une performance reproductive optimale avec des niveaux de phosphore beaucoup plus élevé que les nouvelles recommandations du CNRC. La performance reproductive était toutefois un domaine de recherche important avant que le CNRC ne publie ses lignes directrices révisées.

Larry Satter, du U.S. Dairy Forage Research Center, et ses collègues ont récemment fait le bilan de la recherche sur le phosphore au cours des trois dernières décennies. Le tableau de la page 30 présente quelques-uns de leurs résultats. Ces données indiquent que des concentrations alimentaires plus élevées de phosphore, soit de 0,39 à 0,55 % de matières sèches, n'améliorent pas la performance reproductive.

Le groupe de Satter a également publié les résultats d'une expérience d'une durée de deux ans avec 65 vaches Holstein, dont 30 avaient eu plus de deux lactations. Les vaches ont été soumises soit à un régime contenant 0,38 % de P, soit à un régime contenant 0,48 % de P, obtenu par ajout de phosphate monosodique et de phosphate bicalcique. Toutes les vaches, au cours des deux années de l'expérience, ont pu brouter pendant une partie de l'année. Pendant la période de broutage, la teneur en phosphore du régime a été estimée à 0,31 % dans le groupe à faible concentration en P, et 0,44 % dans le groupe à concentration élevée en P.

Les mesures du phosphore dans le sang ont indiqué qu'il n'y avait pas de différence significative entre les deux groupes de vaches. Les valeurs pour les deux groupes étaient en-deçà de la plage normale. Les résultats ont également indiqué qu'il n'y avait pas de différence, dans la production de lait ou les mesures reproductives, attribuable aux niveaux différents de phosphore alimentaire.

Les chercheurs ont constaté qu'il aurait été utile de réaliser l'expérience avec plus de vaches. Toutefois, les résultats concordent avec ceux d'autres études sur la concentration de phosphore et la performance reproductive.

Dans une deuxième expérience réalisée par le groupe de Satter en 2000, on a mesuré la production de lait, la performance reproductive et les excrétions fécales pour trois régimes avec des teneurs différentes en phosphore. Les régimes étaient similaires à ceux qu'on retrouve dans de nombreuses fermes laitières en Ontario - principalement de la luzerne ensilée, du maïs ensilé et du maïs grain humide. Les trois régimes contenaient 0,31 %, 0,40 % et 0,49 % de phosphore, respectivement, dans les matières sèches. Les chercheurs ont ajouté du phosphate monosodique afin d'augmenter à des niveaux moyens et élevés la teneur en phosphore du régime. Dans le régime à faible teneur en P, aucun supplément n'a été ajouté.

On a déterminé le bilan en phosphore entre les semaines 2 et 40 de l'expérience. Les chercheurs ont soustrait la quantité totale dans le lait, les matières fécales et l'urine de la quantité totale absorbée. La production moyenne de lait a été de plus de 11 000 kg pour 308 jours d'expérience.

Une carence en phosphore alimentaire peut perturber la production de lait, la consommation d'aliments et le rendement de l'animal. Dans cette expérience, le régime avec 0,31 % de P s'est accompagné d'une production de lait égale à celle des deux régimes à teneur plus élevée en P pendant seulement les deux premiers tiers de la lactation. Dans le groupe de vaches recevant une concentration moindre de phosphore, la production de lait était d'environ 3,3 kg par jour plus faible que le reste des vaches en lactation. Ce résultat a été comparé à ceux d'autres études qui ont démontré que la production de lait diminuait quand l'apport alimentaire en phosphore était réduit intentionnellement à un niveau plus bas que ce qui est requis, soit de 0,24 à 0,30 % de matières sèches.

Quand on réduit la teneur en phosphore alimentaire dans le régime d'une vache, celle-ci peut accroître la quantité de P absorbée à partir de ses intestins. Ceci accroît la digestibilité du phosphore. Mais il y a toujours une proportion de phosphore dans le régime d'une vache que celle-ci ne peut pas absorber. Il est donc important d'utiliser de manière efficiente le phosphore alimentaire digestible.

Il est possible que les vaches en début de lactation connaissent une carence temporaire en phosphore alimentaire, car leur système peut avoir accès au P stocké dans les tissus, voire au P stocké dans les os. Ce type de carence à court terme en début de lactation n'est pas un problème quand il est corrigé plus tard, un peu comme avec le métabolisme du calcium.

Par ailleurs, on a démontré que la mise en œuvre d'une stratégie visant à répondre de manière plus exacte aux besoins des vaches en phosphore est avantageuse pour l'environnement. En effet, en réduisant le phosphore alimentaire de 0,50 % à 0,40 %, pour une vache qui consomme 25 kg de matières sèches par jour, on peut économiser 25 grammes de P par vache par jour.

Outre les avantages pour l'environnement, la réduction du P alimentaire peut avoir un effet positif sur la marge bénéficiaire du producteur. En effet, les études alimentaires démontrent qu'il est possible de réaliser des économies de 15 à 20 $ par vache par année sur les achats de suppléments minéraux.

Nous pouvons appliquer certaines conclusions de cette recherche et les nouvelles recommandations du CNRC dans les fermes laitières ontariennes. Bien que le phosphore soit une composante importante de l'alimentation globale des vaches laitières, les rations qui leur sont données contiennent habituellement environ 20 % de plus de phosphore que ce qui est requis. Et cela, sans avantage pour la performance productive ou la production de lait.

Les nouvelles directives du CNRC offrent une marge de sécurité adéquate, en raison des valeurs prudentes utilisées pour l'absorption du phosphore. En alimentant vos vaches selon ces recommandations, vous en faites profiter l'environnement, et vous pouvez même réduire modestement vos coûts d'exploitation.

Références :

Wu, Z. et L. D. Satter. 2000. Milk production and reproductive performance of dairy cows fed two concentrations of phosphorus for two years. Journal of Dairy Science. 83:1052-1063.

Wu, Z., L. D. Satter et R. Sojo. 2000. Milk production, reproductive performance, and fecal excretion of phosphorus by dairy cows fed three amounts of phosphorus. Journal of Dairy Science. 83:1028-1041.

Tableau 1 : Résumé des résultats des recherches comparant l'absorption de phosphore alimentaire et la reproduction chez les vaches laitières, d'après la nouvelle plage recommandée par le CNRC et pour les régimes au-dessus de cette plage.

Mesure reproductive

Plage du CNRC

Au-dessus de la plage du CNRC

Jours jusqu'aux premières chaleurs

46

48

Jours jusqu'à la première IA

73

76

Intervalle vêlage conception

96

100

Services/conception

1,8

1,9

Taux de gestation

0,87

0,86

Adapté de Wu et Satter (2000)

Note : Cet article a été publié initialement dans Ontario Milk Producer (« Waste Not, Pollute Not »)

 


Auteur : Tom Wright - nutritionniste laitier/MAAARO
Date de création : 01 mars 2003
Dernière révision : 26 août 2003

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