Éviter les chutes abruptes de production chez les vaches laitières au pâturage

À la fin de l'hiver, plusieurs producteurs laitiers songent à envoyer leurs vaches au pâturage au printemps. La plupart hésitent à le faire, car mettre le troupeau au pâturage peut se traduire par une chute abrupte de la production comme c'est souvent le cas lorsque les fortes productrices sont nourries de fourrages frais.

Toutefois, si vous prévoyez complémenter l'alimentation économique des pâturages avec des grains ou une ration totale mélangée (RTM), la chute de production peut être évitée.

Pourquoi cette baisse de production?

Le fourrage frais et luxuriant semble pourtant adéquat pour combler les besoins nutritionnels de la vache. Le tableau 1 compare la composition nutritionnelle moyenne d'un pâturage de graminées de saison froide pendant la saison de croissance.

Tel qu'indiqué au tableau 1, la teneur en protéine brute du pâturage excède 20 %. Sa teneur en hydrates de carbone non fibreux, principalement constitués des sucres de la plante, atteint ou excède 15 % au printemps. L'énergie nette du pâturage pour les vaches en lactation (ENL) varie entre 1,5 et 1,7 Mcal par kg. Une vache laitière requiert 1,7 d'ENL. L'ensilage de maïs considéré comme un fourrage hautement énergétique procure 1,6 Mcal par kg. Un pâturage de qualité élevée devrait donc subvenir aux niveaux élevés de production de lait.

Une étude de l'état de Pennsylvanie a démontré que les vaches au pâturage n'ont pas produit autant que leurs consœurs de l'étable? La principale explication réside dans la prise alimentaire. Les vaches au pâturage ont consommé seulement 19 kg de matière sèche alors que les vaches à la RTM en ont consommé 24 kg.

L'environnement social peut constituer une des raisons pouvant expliquer la baisse de production. Une étude réalisée par Fred Provenza et Beth Burritt a indiqué que les jeunes animaux qui socialisent avec leurs mères apprennent toutes les facettes de leur environnement, de l'emplacement des points d'eau aux types d'aliments disponibles. Une recherche menée sur des ovins a démontré que des agneaux auxquels on a servi du blé en compagnie de leurs mères pendant cinq jours à raison d'une heure par jour ont consommé une plus grande quantité de blé que les agneaux exposés au blé sans leurs mères. Même trois ans plus tard, et sans aucune exposition additionnelle au blé, ces animaux consommaient près de 10 fois plus de blé que ceux qui n'avaient pas appris à manger avec leurs mères.

Les veaux séparés de leur mère à la naissance ne sont pas exposés au contexte social des fourrages comme source de nourriture. Par ailleurs, il est possible que leurs mères n'aient jamais été exposées au pâturage. Si les vaches sont censées brouter, alors les exposer au pâturage quand elles sont de jeunes veaux ou des génisses pour favoriser leur comportement face au pâturage devrait accroître leur degré d'aisance lorsqu'elles sont mises au pâturage à l'âge adulte. Servir aux vaches adultes un peu de fourrages verts avant de les envoyer au pâturage devrait les aider à atteindre ce degré d'aisance. Augmenter le temps de pâturage progressivement pour réduire le stress et les pertes de production.

Une fois que les vaches sont au pâturage, il importe de connaître la durée de broutage. Le spécialiste de la productivité des pâturages, André Voisin, dit que les vaches doivent appartenir à une organisation syndicale. Elles sont limitées à huit heures d'alimentation (de travail) par jour, qu'elles aient assez consommé ou pas. Si le fourrage est de meilleure qualité, chaque bouchée leur procurera une valeur nutritive plus élevée.

Un pâturage d'une hauteur de six à huit pouces assure une consommation maximale. Si la hauteur d'un pâturage de faible densité diminue, la quantité ingérée diminue à un rythme plus élevé. Avec un pâturage d'une hauteur de sept pouces, la consommation demeurait stable peu importe la densité du peuplement, faible, moyenne ou forte.

Alors que l'élément le plus limitatif d'un pâturage de saison froide est l'énergie, les graminées procurent habituellement un excès de protéine brute. Cette protéine est très soluble. Elle relâche une grande quantité d'azote ammoniacal dans le rumen, ce qui peut être bon ou mauvais, en fonction des autres composants alimentaires.

Les microbes qui se développent dans le rumen dépendent des hydrates de carbone fermentescibles. Une source d'amidon hautement dégradable servie aux animaux au pâturage permet aux microbes d'utiliser une plus grande quantité de nitrate d'ammonium et réduit la quantité d'azote pouvant se rendre dans le sang. Une autre étude a démontré que la quantité d'urée dans le sang avait diminué lorsqu'on avait servi un supplément de maïs moulu à des vaches au pâturage.

L'énergie qu'une vache doit déployer pour convertir l'excès d'azote en déchets d'urée dans le foie équivaut à l'énergie requise pour produire environ 2 à 3 litres de lait. Il est donc logique de servir un supplément d'énergie aux animaux au pâturage.

Quelle quantité de grain faut-il servir? Selon une recherche de la Virginia Tech, l'augmentation en lait est minime lorsque la consommation en grain (maïs moulu avec un supplément minéral) dépasse 4,5 kg par jour. Tel que démontré au tableau 2, l'alimentation en grain n'augmentera pas le rendement de façon importante. Toutefois, le grain augmente l'ingestion de matière sèche des vaches au pâturage. Les vaches sont donc en meilleure condition de chair, et espérons-le, en meilleur état de reproduction.

Cela peut toutefois fonctionner. D'après des recherches, la quantité maximale de grain à servir sur une base de matière sèche équivaut à deux pour cent du poids de la vache. En général, lorsqu'une vache reçoit un supplément au pâturage, elle consomme moins de fourrage. Mais, la quantité de matière sèche ingérée augmentera. On estime que chaque kg de grain réduit la consommation de fourrage de 0,5 à 0,8 kg.

Offrir un supplément aux vaches au pâturage en leur servant une RTM, le cas échéant, permet de compenser la perte d'alimentation. Les vaches peuvent ajuster leur consommation de RTM selon la quantité et la qualité du pâturage. La RTM offre une base stable, exigeant moins d'ajustement de la part des vaches. L'inconvénient est que la préparation de la RTM prend du temps et que l'ensilage peut se gaspiller si la quantité préparée dépasse la quantité pouvant être consommée par les vaches.

Selon une recherche, des vaches ayant consommé une RTM de minuit à midi en confinement dans un parc et pâturé à leur guise le reste de la journée avaient consommé deux tiers autant de RTM que les vaches entièrement nourries d'une RTM. Les deux groupes ont produit 28 et 29 kg de lait respectivement.

La quantité de grain ou de RTM requise dépend de plusieurs facteurs. Le facteur le plus important est la qualité et la disponibilité de pâturage, ainsi que le potentiel de production de lait de la vache.

En servant un supplément de grain ou de RTM, les producteurs peuvent contrecarrer la consommation insuffisante des animaux au pâturage, tout en profitant du coût avantageux de ce type d'affouragement. Alimenter de la sorte, le pâturage constitue une option de choix.

 

Tableau 1. Composition nutritionnelle moyenne des graminées de pâturage en saison froide versus en saison de croissance. Modifiée de Muller et Fales (1998)
Élément nutritif
Printemps
Été
Protéine brute
21,0 - 25,0 18,0 - 22,0
PIR, % de la PB
20,0 - 25,0 25,0 - 30,0
P sol., % de la PB
30,0 - 35,0 25,0 - 30,0
ADF %
24,0 - 28, 0 28,0 - 34,0
NDF %
40,0 - 45,0 48,0 - 55,0
EN, Mcal kg
1,60 - 1,70 1,50 - 1,70
Hydrates de carbone non fibreux (HCNF), % MS
15,0 - 20,0 12,0 - 15,0

 

Tableau 2. Supplémentation en grain recommandée (MS) dans un système de pâturage composé de graminées (Muller, 1998)
4% MG
Production
(kg/jour)
Printemps
Kg
Été
Kg
Automne
Kg
>35
10 11 - 12 10
30
7,0 - 8,0 9,5 - 10,5 7 - 8
25
4,5 - 6,0 6,5 - 8,0 4,5 - 6,0
20
2,5 - 3,5 4,5 - 5,5 2,5 - 3,5

Revue Ontario Milk Producer

 


Auteur : Barry Potter - spécialiste de bétail/MAAARO
Date de création : 01 mars 2003
Dernière révision : 23 octobre 2013

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