La traite robotisée devenue réalité

Après avoir assisté à plusieurs présentations à l’occasion d’une conférence sur la traite robotisée récemment tenue aux Pays-Bas et après avoir visité dix exploitations équipées de robots dans ce pays, je suis certain que ce mode de travail est là pour rester.

Actuellement, en Europe, ce sont des robots qui effectuent la traite d’environ 700 troupeaux. Ensemble, les dix fermes que j’ai visitées représentent 23 années d’expérience de la traite robotisée; on y trouve sept marques dont Lely, qui est de loin celle qui équipe le plus grand nombre d’exploitations. Les autres marques présentes étaient Prolion, qui est vendu sous plusieurs noms commerciaux en Europe, Fullwood Merlin, qui sera bientôt introduit ici par Bou-Matic, et de nouveaux noms comme Alfa Laval et Westfalia.

Les producteurs laitiers ontariens sont les précurseurs de la traite robotisée en Amérique du Nord. Au cours des 18 derniers mois, au moins 16 exploitations ont adopté les systèmes de traite volontaire. Ce sont les premières et jusqu’ici les seules installations commerciales de ce type en Amérique du Nord, si l’on excepte une exploitation des Maritimes.

Cependant la traite robotisée n’est pas pour tout le monde. Mais si vous envisagez de traire de 60 à 150 vaches dans un élevage équipé de logettes à accès libre, vous devriez penser sérieusement à la robotisation. Bien que l’expérience européenne soit encourageante, il y a tout de même quelques points importants à retenir.

Le problème de la mise en place d’un dispositif de traite sans intervention humaine a été résolu. La plupart des exploitants ayant des troupeaux de 60 à 120 têtes ont signalé qu’ils ne s’étaient débarrassés que d’une ou deux vaches qui ne s’adaptaient pas au robot. Le matériel actuel semble convenir à presque toutes les formes de pis. Dans les exploitations que j’ai visitées, les génisses et les vaches plus âgées s’adaptaient facilement à la traite volontaire.

La plupart des génisses qui viennent de vêler s’habituent en deux ou trois jours, et seuls quelques individus ont besoin d’un dressage pouvant aller jusqu’à deux semaines. Selon les chercheurs, les vaches préfèrent les systèmes de traite volontaire et montrent moins de signes de stress que dans des salles de traite conventionnelles.

Les vaches sont traites en moyenne 2,8 à trois fois par jour, à intervalle variable. Comme certaines d’entre elles se présentent à la salle de traite plus fréquemment, les systèmes sont programmés pour exiger un délai minimal entre les séances, souvent cinq heures pour les fortes productrices et huit heures pour les animaux en fin de lactation.

Il semble que cinq à dix pour cent des vaches ont des intervalles de traite d’une longueur inacceptable si on leur laisse entièrement le choix, et ce sont habituellement les individus qui produisent le moins. Les exploitants les forçaient à se rendre à la salle de traite ou dans une zone d’attente située devant celle-ci dans le cadre de la gestion quotidienne du troupeau.

Dans huit fermes, on avait installé des portails à sens unique pour diviser l’étable en zones de repos, de traite et d’alimentation. Les vaches devaient ainsi passer à la salle de traite et devant le robot lorsqu’elles allaient de la zone de stabulation libre à la mangeoire. Dans la mangeoire, elles trouvaient des céréales, ce qui les motivait encore plus à se rendre à la salle de traite.

En Europe, peu de producteurs laitiers emploient des rations totales mélangées ou regroupent les animaux par productivité ou par âge. En Ontario, il sera peut-être nécessaire de faire des recherches pour déterminer comment ces pratiques de gestion doivent être combinées à la traite automatique.

Plusieurs rapports ont fait état de résultats mitigés en ce qui concerne la qualité du lait. Les comptes bactériens se situaient bien en deçà des niveaux acceptables, mais ils étaient plus élevés que la moyenne de l’industrie. Ils tendaient à augmenter au sein d’un même élevage lorsque celui-ci était équipé d’un robot. Les points de congélation étaient plus élevés, ce qui permet de penser que de petites quantités d’eau se trouvaient dans les systèmes. La teneur en acides gras libres était plus élevée, ce qui porte à croire que la qualité du lait avait été affectée par sa manutention. Cependant les résultats étaient tout à fait acceptables pour un lait de qualité.

À la lumière de l’expérience européenne et de la nôtre, on peut penser que toute bonne installation de traite robotisée exige une approche systématique en matière de manutention du lait entre la traite et le départ de la ferme. Comme les vaches sont traites en continu, il se pose plusieurs problèmes de réfrigération et de nettoyage (voir article à ce sujet).

La technologie connexe à la traite robotisée et touchant à la détection du lait anormal et des cas de mammite et de maladie chez les vaches progresse rapidement. Elle fait intervenir un ensemble de données sur le rendement de chaque quartier, la conductivité électrique et la couleur du lait, qui sont interprétées par ordinateur. Ces informations sont plus précises lorsque la cueillette des données se fait par quartier, ce qui est le cas pour presque tous les systèmes de robots. On étudie actuellement les débits d’écoulement du lait au moment du prélèvement sur un quartier.

Les producteurs néerlandais chez qui je suis allé étaient satisfaits du changement de mode de vie qui est rendu possible par le système de traite volontaire. Les avantages économiques sont peut-être moins évidents, surtout si les coûts de main-d’œuvre sont peu élevés. Un producteur néerlandais qui participait à une analyse économique a déclaré que la production de lait par personne s’était accrue de 44 % pendant que le coût du litre augmentait de 1,25 cent.

Les systèmes de traite robotisée occupent moins d’espace que les salles de traite conventionnelles. Les coûts totaux liés aux systèmes robotisés sont comparables à ceux d’une grande installation automatisée installée pour permettre une traite rapide.

Pour les troupeaux moins importants en stabulation libre, les salles de traite à unités partagées, les étables à palier et la traite en stabulation entravée sont plus rentables que l’un ou l’autre de ces choix. Ce sont peut-être des options valables qui permettent de retarder de quelques années la conversion à la traite robotisée.

Le personnel du ministère de l’Agriculture, de l’Alimentation et des Affaires rurales de l’Ontario travaille avec les producteurs, les organismes de producteurs et les fabricants de matériel de traite sur des projets touchant aux questions de gestion liées à cette technologie.

ontario milk producer, septembre 2000

 


Auteur : Jack Rodenburg - Spécialiste de systèmes des troupeaux laitiers/MAAARO
Date de création : septembre 2000
Dernière révision : septembre 2000

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