Évaluation visuelle du fumier de vache laitière pour ajuster la ration

L'évaluation du fumier d'une vache laitière peut s'avérer rentable pour optimiser la capacité de transformation des aliments et la santé de l'animal. Son fumier peut indiquer l'état de son rumen et de son intestin et permettre de mieux identifier tout problème potentiel.

L'observation régulière pendant quelques minutes des déjections de vos vaches peut aider à trouver la source de certains problèmes, par exemple, si les animaux mangent adéquatement. Vous pouvez tirer d'importants renseignements de trois caractéristiques du fumier: sa texture, sa couleur et son contenu.

Texture du fumier

En temps normal, les déjections provenant de vaches en lactation devraient avoir la consistance du gruau et former un tas légèrement conique de 2,5 à cinq centimètres de hauteur quand elles viennent d'être excrétées. Que la consistance soit liquide ou ferme, la texture devrait être semblable et uniforme pour un même groupe de vaches qui reçoivent une ration similaire. Si vous observez des écarts, peut-être que certaines vaches sont capables de s'adonner au tri de leurs aliments.

La consistance du fumier peut varier de très liquide, comme une soupe aux pois, à très ferme, comme celui des chevaux. La consistance des déjections est liée à leur teneur en eau et en fibres et dépend de divers facteurs comme la teneur en humidité des aliments, le type d'aliments et la durée du transit intestinal (le temps que les aliments passent à l'intérieur de l'animal).

Il se peut que les rations des vaches dont le fumier est liquide ou mou soient trop protéinées et aient des teneurs élevées en protéines dégradables dans le rumen. Un manque de fibres efficaces, un excès de sel ou un déséquilibre minéral peut aussi être en cause.

Lorsqu'il y a fermentation prolongée des glucides dans l'intestin postérieur, la production accrue d'acides peut entraîner la formation de déjections liquides. Dans ce cas, de fines bulles de gaz peuvent donner une apparence mousseuse au fumier. Il est alors important de vite déterminer la cause, car cette présence de mousse peut être associée à une acidose du rumen (lorsque le pH du rumen devient trop acide).

Les vaches qui broutent dans des pâturages riches peuvent aussi produire des fumiers mous ayant une couleur particulière, d'un vert foncé. Mais les déjections liquides peuvent aussi ne pas dépendre de l'alimentation et être reliées au stress thermique, à des intoxications, à des infections ou à des parasites.

Si le fumier est de consistance épaisse ou même ferme, comme les déjections des chevaux, il est possible que ce soit dû à un manque de protéines ou d'amidon dans la ration ou à une ration très riche en fibres. La déshydratation peut aussi être à l'origine de déjections fermes.

Couleur du fumier

La couleur du fumier dépend de différents facteurs comme les types d'aliments, la durée du transit intestinal, les troubles de santé, et le reste.

Selon le type de fourrages, la couleur du fumier peut être vert foncé (fourrages frais et pâturages) ou brun (foin sec). Une ration totale mélangée avec une teneur importante en concentrés peut donner une teinte jaune olive aux déjections.

La couleur du fumier d'un groupe de vaches recevant une ration similaire devrait être uniforme. Si la couleur des déjections d'une vache en particulier est vraiment différente de celle du reste du groupe, il faut alors tenter de trouver la cause.

Contenu du fumier

Du point de vue du nutritionniste ou du producteur, le contenu reste l'aspect le plus intéressant de l'évaluation du fumier. Techniquement, ce qui se retrouve dans le fumier est considéré comme étant non digestible.

Parfois cependant, une partie des aliments qui aurait pu être digérée ne l'a pas été pour diverses raisons. La présence d'ingrédients théoriquement digestibles dans le fumier peut indiquer des problèmes dans la fonction du rumen, le processus de transformation de la ration ou les méthodes d'alimentation.

Ces aliments non digérés n'ont pas eu la possibilité d'être transformés en lait et les coûts de production augmentent en conséquence. Les grains ne devraient pas être visibles dans le fumier, surtout lorsque leur prix est élevé.

La rumination et la digestion par les microorganismes du rumen décomposent les fibres et les particules de moulée. Si la vache ne consomme pas suffisamment de fibres pour maintenir le processus de rumination et la fonction du rumen, le coefficient d'utilisation digestive peut être réduit. Les aliments peuvent passer plus rapidement à travers le rumen et sous forme de particules plus grosses qu'il faudrait.

Les vaches très productives mangent davantage et le contenu de leur rumen traverse plus rapidement leur tube digestif, ce qui explique pourquoi il y a plus d'aliments non digérés qui se retrouvent dans leurs déjections. On peut toutefois adapter la ration pour réduire le problème.

La digestibilité peut être grandement améliorée en gérant bien les concentrés et la taille des particules. Un séparateur de particules sera utile pour passer la ration au tamis et évaluer si la taille des particules est optimale.

En conditions idéales, la plupart des aliments fermentent dans le rumen et une quantité moindre traverse le tube digestif pour être digérée dans l'intestin grêle ou fermentée dans l'intestin postérieur (ceacum et gros intestin appelés ensemble intestin postérieur). Lorsque le rumen ne fonctionne pas bien, il y a davantage d'aliments non digérés qui sont soustraits à la dégradation ruminale, et la quantité d'aliments fermentés dans l'intestin postérieur augmente.

Un accroissement de la fermentation dans l'intestin postérieur entraîne une production accrue de gaz et d'acides, ce qui peut modifier l'apparence et la consistance du fumier. Le pouvoir tampon de l'intestin postérieur n'est pas aussi développé que celui du rumen et ne peut réguler aussi bien l'acidité. Une fermentation excessive dans l'intestin postérieur peut aussi causer la diarrhée et des déjections mousseuses.

Le rinçage du fumier est une méthode efficace pour en évaluer le contenu, on fait passer le fumier au travers d'un grillage ou d'un tamis de cuisine (qui servira juste pour ça!), on pourra rapidement trouver si la transformation des aliments et la digestion sont optimales.

Ce que vous y découvrirez pourrait vous surprendre. Votre nutritionniste peut vous aider à reformuler la ration afin de vous assurer que votre cheptel est en santé, efficace et productif.

Mario S. Mongeon est spécialiste de l'élevage du bétail pour le MAAARO, au Centre de ressources d'Alfred, à Alfred, en Ontario. Références: Effect of varying total mixed ration particle size on rumen digesta and fecal particle size and digestibility in lactating dairy cows. D. D. Maulfair, M. Fustini and A. J. Heinrichs; J. Dairy Sci. 94 :3527-3536; Evaluating Rations. Mary Beth Hal, university of Florida. 6th Western Dairy Management Conference proceedings. 2003; p 35-41; Troubleshooting Nutritional Programs. Michael Hutjens. 2000 Kentucky Ruminant Nutrition Conference proceedings p15-27.

Encadré: rinçage du fumier

La méthode est assez simple. On prélève d'abord un échantillon représentatif de fumier que l'on met dans un contenant pour bien le mélanger. Une tasse (250 mL) du mélange est ensuite placée dans le tamis (Photo 1), puis rincé avec un jet d'eau pour retirer le matériel digéré.

Lorsque l'eau qui s'écoule est claire, observez ce qui reste. Examinez la grosseur des particules, les morceaux de grains contenant de l'amidon ou les grains entiers durs. Il faut parfois être très attentif, les pellicules ou les glumes des grains peuvent être confondues avec des grains non digérés. Il faut vous en assurer en ouvrant les pellicules pour voir si l'amidon est encore présent.

La taille des particules de fibres doit aussi être évaluée (photo 2). Idéalement, il ne devrait y avoir que peu de particules de plus de 1,25 cm (ou 0,5 po) de longueur.

Il ne devrait y avoir que peu, ou même pas du tout, d'aliments reconnaissables. La présence de particules longues ou d'aliments non digérés peut indiquer que les vaches ne ruminent pas adéquatement, qu'elles trient leurs aliments, qu'elles reçoivent trop de grains par repas ou qu'elles manquent de fibres efficaces (longues fibres).

 


Auteur : Mario S. Mongeon - spécialiste de l'élevage du bétail/MAAARO
Date de création : 01 decembre 2012
Dernière révision : 01 decembre 2012

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