Défis alimentaires potentiels lié aux conditions climatiques difficiles

Défis présentés par la sécheresse

D'une année à l'autre, la gestion des réserves d'aliments pour animaux peut représenter un défi, mais elle se révèle surtout problématique pendant une saison sèche comme celle qui a prévalu dans de nombreuses régions du Canada et du Mid West des États-Unis. L'Ontario a connu une saison de culture 2012 difficile, particulièrement pour les cultures destinées à l'ensilage préfané et les cultures de maïs, qui sont si importantes pour les producteurs laitiers.

Les rendements d'ensilage préfané de première coupe ont été réduits à cause de la destruction par l'hiver, des peuplements affaiblis, des dégâts par le gel, du peu de précipitations reçues en avril et en mai et des dommages dus à la noctuelle ponctuée et au charançon postiche de la luzerne. Alors que certains secteurs ont eu des rendements près de la normale, d'autres ont affiché des premières coupes notablement plus faibles.

La repousse de la deuxième coupe a été de beaucoup réduite par la sécheresse durant les mois de juin et de juillet (voir la carte). Se sont ajoutés aussi de graves dommages aux nouvelles plantules et à la repousse de luzernecausés par la cicadelle de la pomme de terre. Une grande variabilité a aussi été constatée dans les rendements de la deuxième coupe, certaines régions se rapprochant de la normale mais d'autres offrant très peu de repousse à la deuxième coupe. Selon les précipitations, une troisième coupe pourrait voir un retour à un rendement plus près de la normale. Toutefois, la récolte pendant cette période critique de l'automne peut sensiblement augmenter le risque de destruction par l'hiver dans les champs dont les cultures ont déjà subi un stress.

Voici quelques éléments à considérer avant de récolter vos cultures cet automne.

Récolte de fourrages en saison très tardive

De nombreux fermiers ont ensemencé de l'avoine ou d'autres cultures fourragères annuelles dans les résidus de blé pendant l'été et vont les récolter pour en faire de l'ensilage préfané ou des balles. La récolte d'autre ensilage de maïs est aussi une option de fin de saison utile pour suppléer aux réserves de fourrages qui étaient à la baisse. Le maïs a aussi été touché par la sécheresse, dans certains secteurs on s'attend à de graves réductions de rendements et à des pertes. Certaines cultures de maïs grain gravement endommagées par la sécheresse seront récupérées comme ensilage, dont les producteurs de bétail ont a tant besoin.

Diminution des pertes à la récolte, à l'entreposage et à la distribution aux animaux

Pour éviter de manquer de fourrages, il faut en premier lieu minimiser les pertes lors de la récolte, les pertes de matières sèches pendant la fermentation de l'ensilage et le gaspillage et les pertes au moment de nourrir les animaux. Attention aux erreurs les plus répandues qui contribuent au gaspillage des aliments pour animaux : ne pas s'ajuster aux changements d'humidité, se tromper au moment du mélange des rations, ou trop mélanger, ce qui réduit la taille des particules et diminue la taille des " fibres efficaces ". Surveiller les comportements de triage des aliments dans les mangeoires. Attention aussi à la taille des particules quand la teneur en fibres de la ration est réduite.

Unebonne fermentation de l'ensilage réduit les pertes de matières sèches et préserve les éléments nutritifs. On peut utiliser un inoculum pour ensilage, s'il y amoins de bactéries naturellement présentes et que les teneurs en sucre sont moins qu'optimales pour une fermentation qui s'effectue de façon rapide et efficace. Ne pas ajouter d'urée, ce qui peut prolonger la fermentation. Avec la valeur élevée de la tonne d'ensilage cette année, il faut s'assurer d'un bon emballage, d'une couverture adéquate et de sceller avec les bons matériaux, comme des films qui font barrière contre l'oxygène. De même, l'utilisation d'inoculum et le maintien de surfaces planes et lisses lors de l'alimentation diminuent les pertes.

Stratégies de nutrition

Si vos réserves de fourrages sont très limitées, vous pouvez discuter de la situation et des possibilités avec votre nutritionniste. Selon la situation, vous pouvez faire face à une insuffisance mineure en peaufinant les rations de vos animaux pour vous assurer que des ingrédients de la plus haute valeur nutritive sont disponibles pour le troupeau laitier, ou changer les pratiques de nutrition, tenter de minimiser le refus de consommer les aliments.

D'importants écarts négatifs d'inventaire exigent une intervention plus musclée, comme abaisser les rations de fourrages, y inclure des sous-produits avec plus de fibres, acheter des fourrages ou donner de la paille à manger au troupeau pour sauvegarder les réserves. Vous devrez peut-être penser à une ration avec le minimum de fourrages si vos réserves de fourrages cultivés sur place sont en baisse. Toutefois, c'est plus risqué que d'utiliser des rations normalement formulées.

Analyse des fourrages et des formulations de la ration

L'analyse en laboratoire des fourrages et de l'ensilage de maïs est très importante cette année à cause de la variabilité des récoltes et du besoin de données exactes afin d'implanter des stratégies révisées pour les rations, les ingrédients et pouvoirs reformuler le cas échéant. Analyser l'ensilage de maïs par la méthode de la chimie humide et effectuer aussi des analyses de la cellulose au détergent neutre (NDF), de la digestibilité et de la teneur en amidon.

Les exigences en fibres pour la ration sont d'ordinaire formulées au niveau minimum plutôt qu'à une valeur absolue. Les recommandations relatives aux fibres ont pour but de maintenir un dosage normal de la matière grasse, une fermentation adéquate dans la panse et maintenir un pH pour éviter l'acidose et les autres problèmes digestifs. Les recommandations quant aux fibres sont adaptées selon la situation, il faut évaluer d'autres ingrédients à intégrer dans le régime, ainsi que la teneur totale dans la ration de glucides non fibreux et d'amidon ainsi que leur source, comme du maïs à haute teneur en humidité par rapport à du maïs grain séché.

Maïs endommagé par la sécheresse en ensilage

Le maïs stressé par la sécheresse qui reçoit de la pluie avant la récolte peut contenir des teneurs élevées en nitrates. De fortes teneurs en nitrates peuvent être toxiques pour les ruminants. Il faut donc une analyse des teneurs en nitrates avant de le donner comme aliment. Le processus de mise en silos réduit la présence des nitrates de 25 à 40 pourcent. La fermentation de l'ensilage doit être terminée avant que l'on effectue l'analyse des nitrates. Le maïs ensilé stressé par la sécheresse peut contenir entre 60 et 80 pourcent de la valeur nutritive type de l'ensilage de maïs, mais il existe des variations, selon le moment où se sont produits les événements stressants subis par les planteset leur gravité. Les teneurs énergétiques de l'ensilage de maïs estimées au moyen de régressions FDA-NDF ne sont pas très précises, il vaut mieux utiliser des estimations qui comprennent la digestibilité de la cellulose et l'amidon. Aussi, recourir aux méthodes de chimie humide plutôt qu'à la spectroscopie du proche infrarouge.

Tests pour détecter les mycotoxines

C'est aussi utile d'effectuer un test pour détecter les mycotoxines cet automne. On associe souvent les mycotoxines des moisissures avec le temps pluvieux, la capacité naturelle d'un plant pour résister à la croissance des moisissures est réduite quand il est stressé. Des conditions qui n'induisent pas ordinairement la croissance de moisissures peuvent aussi être un facteur de risque cette année.

Augmentation des réserves de fourrages

En deuxième lieu dans les priorités, après avoir minimisé les pertes de fourrages, il faut identifier les ingrédients qui peuvent vous servir à augmenter les réserves de fourrages et les teneurs en fibres de vos rations. Par exemple, la paille peut être extrêmement efficace pour remplacer les fibres provenant du foin ou de l'ensilage préfané, mais elle devrait en pratique être limitée à un ou deux kilogrammes par vache par jour. Vous évitez ainsi de réduire de manière correspondante la teneur énergétique dans la ration, vu les niveaux relativement faibles d'éléments nutritifs de la paille.

En Ontario, plusieurs sous-produits alimentaires à haute teneur en cellulose et en amidon sont disponibles, dont les drêches de brasserie, les pellicules de soya, la pulpe de betterave et les drêches de distillerie. Ces sous-produits sont d'excellentes sources de NDF mais ne remplacent que partiellement une source de fibres physiquement efficaces comme un fourrage ou de la paille. Les profils nutritifs de ces sous-produits utilisés comme ingrédients dans les rations peuvent complémenter ou remplacer d'autres composants et vous permettre d'augmenter les réserves d'aliments pour animaux de façon économique.

Rédigé avec la collaboration de Tom Wright, de Joel Bagg et de Mario Mongeon, de la Direction du développement de l'agriculture du MAAARO. Carte reproduite avec la permission d'Agriculture et Agroalimentaire Canada.

 


Auteur : Joel Bagg - spécialiste de la culture des fourrages/MAAARO; Tom Hamilton - systèmes de production bovine de boucherie/MAAARO; Mario S. Mongeon - spécialiste de l'élevage du bétail/MAAARO
Date de création : 01 septembre 2012
Dernière révision : 01 septembre 2012

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