Attention aux pieds des vaches, qui contrairement à ceux des canards craignent l'humidité, cause de boiterie

Si vous gardez votre bétail les pieds au sec, votre troupeau aura des onglons plus sains. Un groupe de chercheurs a voulu savoir si dans certaines fermes les conditions environnementales pouvaient causer des changements aux pieds des vaches et les rendre plus à risque de malaises.

Des travaux précédents avaient montré que la sole des pieds des vaches est d'épaisseur variable. Une théorie voudrait qu'une sole mince offre peu de protection aux structures internes du pied, aussi la vache aurait plus tendance à se blesser aux onglons dont la sole est mince à cause des surfaces dures. Le manque de protection peut aussi endommager d'autres parties du pied.

La laminite, un type précis de fourbure, survient si la circulation du sang est réduite vers la couche germinative ou en croissance. Une interférence avec la circulation nuit à l'apport en oxygène et en éléments nutritifs. Les tissus de la sole seront anormaux et affaiblis.

Cette sole plus faible peut être aussi endommagée par le pincement entre les os des orteils et le sol. C'est ce qui souvent peut causer des ulcères de la sole aux onglons latéraux des membres postérieurs des vaches laitières.

Les tissus de cette sole anormale ont non seulement une structure affaiblie mais ils n'ont pas de revêtement de protection. Sans cette protection, les tissus de la sole deviennent plus poreux et celle-ci absorbe plus d'humidité. Les soles qui ont des teneurs en humidité plus élevées seraient en général plus minces et moins protectrices. Elles seraient plus minces parce que les soles humides sont plus poreuses et s'usent plus vite. Cette situation peut potentiellement causer un grave problème de boiterie si vos vaches passent beaucoup de temps sur des planchers aux surfaces dures ou qu'elles se déplacent sur des surfaces inégales.

Il reste aux chercheurs à faire encore d'autres liens entre ces diverses " théories ", mais on devrait en savoir plus bientôt sur certaines. Entre autre, on a établi de plus en plus de relations entre la minceur de la sole et la teneur en humidité.

Dans une étude menée récemment en Floride, les chercheurs ont étudié les différences de teneurs en humidité de la corne d'une sole plus mince ou normale. Ils ont examiné les pieds des membres postérieurs de 16 vaches aux soles normales et de 26 vaches aux soles plus minces. Toutes vivaient sur la même ferme dans le même environnement, elles consommaient les mêmes rations et étaient par ailleurs en bonne santé. Elles étaient en stalles ouvertes sur du sable et se déplaçaient sur des allées en ciment deux fois par jour. La traite avait lieu deux fois par jour et elles étaient nettoyées avant la traite et pulvérisées avec de l'eau dans l'aire d'attente. Elles passaient par une allée de retour régulièrement nettoyée avec l'eau de la salle de traite.

En s'assurant que toutes les vaches étaient logées et gérées de la même façon, les chercheurs ont pu mieux cerner l'importance de l'épaisseur de la sole comme facteur influant sur la teneur en humidité.

Ils ont déterminé que les vaches ayant une sole mince avaient une longueur de pince (la longueur de l'arête ou de la muraille dorsale) de l'onglon extérieur de moins de 7,5 centimètres. On prévoyait que celles d'une longueur supérieure à 7,5 cm auraient des soles d'épaisseur normale. Les chercheurs ont confirmé cette méthode pour déterminer l'épaisseur par des mesures aux infrasons pour obtenir l'épaisseur réelle.

Pour mesurer l'humidité de la sole, ils ont fait un prélèvement sur les soles dans une même zone de chacune des quatre parties arrière des onglons des membres postérieurs. La sole a été pesée, puis séchée pendant 48 heures puis pesée à nouveau. La différence entre les deux poids était la quantité d'eau perdue.

En comparant les animaux aux soles minces et ceux aux soles normales, on a constaté que les onglons aux soles minces avaient une teneur en humidité plus élevée. De façon générale, les soles des onglons des membres postérieurs avaient une plus haute teneur en humidité que ceux des onglons des membres avant. Les soles des membres postérieurs avaient la plus haute teneur en humidité de toutes.

Cette recherche vient appuyer la théorie que l'onglon qui présente le plus de boiterie chez les vaches laitières - l'onglon latéral ou extérieur du pied des membres postérieurs, est celui qui aura le plus tendance à présenter des soles minces et humides.

Pour éviter la détérioration des soles, il faut d'abord examiner la gestion, le logement et certains facteurs pouvant affecter la teneur en humidité de la sole et les risques d'usure. Ce secteur a encore grandement besoin de recherches mais on commence à disposer de plus d'information.

Une autre étude a signalé que le type de plancher affecte la teneur en humidité de la sole. Sur des planchers en caillebotis, les soles des vaches ont une teneur plus élevée en humidité, 29 pour cent, que les soles de celles logées en stalles entravées, 22 pour cent. Même si le liquide peut s'écouler par les fentes du caillebotis, quand les pieds de ces vaches sont exposés à l'humidité du fumier sur le dessus des caillebotis, ils sont plus à risque de soles amincies que les vaches logées en stalles entravées plus sèches. Il faudrait plus de recherches pour savoir si le fait de racler le caillebotis peut minimiser le problème et aussi déterminer les teneurs en humidité des soles des vaches dans les installations où les couloirs de circulation sont raclés.

On se demande aussi si les onglons des membres postérieurs ont une teneur en humidité plus élevée quand les vaches sont inconfortables dans leurs stalles. Dans ces cas, les vaches passent plus de temps " perchées ", c'est-à-dire les pieds avant plus hauts au sec dans leur stalle, les pattes postérieures dans les couloirs, exposées au fumier et à l'urine.

Quand les vaches restent trop longtemps en position perchée, non seulement elles ont des soles minces et humides aux pieds postérieurs, mais elles augmentent la charge et la pression qui sont subies par leurs membres arrière.

Combien de temps faut-il pour que l'humidité de la sole soit affectée? Y a-t-il des changements après une exposition à court ou à long terme? Il faut des réponses à ces questions dans la pratique. Toutefois des recherches préliminaires ont indiqué qu'avec les onglons submergés, il y avait absorption du maximum d'eau après 48 heures. Il semble jusqu'ici que même une courte exposition de quelques jours commence à modifier la teneur en humidité de la sole et augmente le risque de soles plus minces et de dommages internes au pied.

L'étude des changements à la sole du pied, qui pourraient prédisposer les vaches à la boiterie, continue d'être un champ de recherches très actif. L'étude de la sole comme telle en constitue l'une des facettes. Il faut aussi se pencher sur d'autres facteurs comme l'interaction des caractéristiques de la sole avec le type de planchers, leur finis, le temps que les vaches passent sur ce plancher, la conception des stalles, la fréquence de parage, les programmes d'alimentation et le contenu des rations. L'objectif premier est d'arriver à la meilleure combinaison pour éviter la boiterie chez les vaches afin qu'elles puissent atteindre leur plein potentiel de production et se reproduire sans problèmes.

À ce stade en termes pratiques, on peut dire que la teneur en humidité et l'épaisseur de la sole varient entre les vaches qui boitent et celles qui ne boitent pas. Quand on constate que des groupes de vaches boitent ou que la boiterie semble présente de façon chronique à un niveau trop élevé, il faut songer que l'épaisseur de la sole peut être l'un des facteurs qui augmentent le risque de malaises aux pieds. En trouvant des façons de garder les pieds des vaches au sec en tout temps, on peut à coup sûr obtenir des soles plus épaisses, réduire les problèmes aux pieds et favoriser une plus grande résistance à la boiterie.

Un troupeau avec des pieds en bonne santé présente moins d'autres problèmes

Depuis 10 ou 12 ans l'apparition répandue de la dermatite digitale ou du piétin fraise a attiré l'attention sur le problème de la boiterie, mais pourrait avoir empêché les vétérinaires et les producteurs laitiers de se concentrer sur d'autres problèmes aussi courants et aussi graves également liés à la boiterie.

La boiterie est source d'inconfort pour les vaches. Une vache qui boite mange moins, donne moins de lait et se reproduit moins. La recherche l'a confirmé. De plus, le comportement qu'adoptent les vaches atteintes de boiterie peut concourir à les faire boiter encore plus.

Une recherche a été effectuée sur un troupeau de 165 vaches classées en divers groupes d'animaux, de non atteints à très atteints. Les vaches atteintes prenaient moins de repas par jour (20) que celles qui n'étaient pas atteintes (30). En fin de compte les deux groupes consommaient la même quantité de matière sèche chaque jour, mais les vaches qui boitaient devaient consommer des repas plus volumineux pour répondre à leurs besoins.

C'est le but et l'intention quand on donne une ration totale mélangée de fournir des aliments avec assez de fibres à chaque bouchée pour équilibrer la haute teneur énergétique. Les vaches qui boitent pourraient ne pas en profiter pleinement parce qu'elles vont au distributeurs d'aliments moins fréquemment. Par le temps que les vaches qui boitent soient aux distributeurs, celles qui ne sont pas atteintes et qui sont plus rapides ont déjà trié les aliments et mangé le meilleur. La ration n'est peut-être pas si équilibrée que prévue tant pour celles qui sont atteintes que pour celles qui ne le sont pas.

Parmi les malaises inquiétants, immédiatement après la boiterie vient un rendement reproductif faible selon les producteurs et les vétérinaires. Les deux pourraient être reliés.

Une recherche menée sur un large troupeau en Floride a examiné 65 vaches qui avaient été diagnostiquées avec de la boiterie dans les 30 jours de la mise bas. Leur rendement reproductif a été comparé à celui de 130 de leurs congénères du même troupeau qui ne boitaient pas et qui avaient vêlé à la même période. De ces vaches, 31 pour cent des vaches qui boitaient ont été réformées avant tout événement reproductif, comme des chaleurs ou la reproduction. À la même période, seulement 5 % des vaches qui ne boitaient pas ont été réformées.

Parmi les vaches atteintes qui restaient, on a découvert des kystes ovariens trois fois plus fréquemment que chez celles qui ne boitaient pas, et celles qui boitaient n'avaient que la moitié des chances de concevoir par rapport aux autres du même troupeau pendant les 480 jours de leur suivi. Les vaches qui ne boitaient pas avaient quatre fois plus de chances de concevoir dès la première intervention.

La boiterie a une incidence sur de nombreux secteurs de la santé animale qui sont importants pour l'efficacité de la production laitière. Quand on s'interroge sur l'ingestion de matière sèche, la baisse de production laitière ou un faible rendement reproducteur, il ne faut pas sous-estimer l'impact de la boiterie. C'est souvent difficile d'améliorer la production et le rendement reproductif avant d'avoir résolu les problèmes de boiterie.

Le principal article cité est intitulé Moisture content, thickness and lesions of sole horn associated with thin soles in dairy cattle de SR van Amstel, JK Shearer et FL Palin. Journal of Dairy Science 87:757-763. 2004.

 


Auteur : Ann Godkin - Veterinarian Scientist/OMAFRA
Date de création : 01 Juin 2005
Dernière révision : 27 juillet 2011

Pour plus de renseignements :
Sans frais : 1 877 424-1300
Local : 519 826-4047
Courriel : ag.info.omafra@ontario.ca