Les tests de dépistage de la paratuberculose : d'une grande utilité pour les décisions concernant la conduite du troupeau

La réalisation de tests de dépistage constitue l'un des éléments les plus importants d'un programme efficace de lutte contre la maladie de Johne (ou paratuberculose) dans une exploitation laitière. Pour une utilisation optimale de ces tests, il est toutefois nécessaire de bien interpréter les résultats pour arriver à prendre de judicieuses décisions.

Dans le cadre du programme ontarien de lutte contre la paratuberculose, des évaluations permettent de repérer les vaches qui présentent les risques les plus élevés de propager la bactérie Mycobacterium avium paratuberculosis (MAP) responsable de la maladie. Le programme incite les éleveurs à consulter leur vétérinaire pour l'interprétation des résultats.

En Ontario, c'est l'épreuve ELISA, offerte par CanWest DHI, qui est le plus couramment employée pour dépister la paratuberculose ou maladie de Johne. Ce test permet de détecter les anticorps du MAP dans les échantillons de lait de la vache analysés quotidiennement. La probabilité de la présence d'excrétion du MAP augmente avec le dénombrement des cellules somatiques détectées dans le cadre du programme d'amélioration des troupeaux laitiers

L'autre moyen de détection le plus utilisé est l'analyse d'un échantillon de fèces mis en culture au laboratoire, en vue de vérifier la présence du MAP. Les vaches infectées peuvent ou non excréter activement le MAP dans leurs fèces.

La plupart des vaches aux premiers stades d'infection par le MAP donneront des résultats négatifs avec l'un ou l'autre de ces tests. Pour les vaches à un stade plus avancé de la maladie, qui sont à la veille de présenter les symptômes de la paratuberculose ou qui en sont déjà malades et souffrent de diarrhée et d'amaigrissement, les résultats seront positifs avec les deux types de tests. Les résultats les plus difficiles à interpréter sont ceux qui concernent les animaux qui se situent entre le premier stade d'infection et les stades plus avancés. Il s'agit aussi du groupe qui comporte le plus de vaches infectées.

Afin d'expliquer le lien entre les deux tests et comment le stade d'infection par le MPA peut modifier les résultats, nous avons évalué quatre vaches à plusieurs reprises avec l'épreuve ELISA sur le lait et les cultures de fèces. Nous avons choisi quatre vaches qui semblaient en santé dans un troupeau que l'on savait infecté par la paratuberculose en raison des résultats globaux du troupeau.

Nous avons prélevé un échantillon de lait et de fèces pour chaque vache tous les deux jours pendant 10 jours. Chaque échantillon a été divisé et mis en culture trois fois au Laboratoire de santé animale de Guelphdans le but de détecter la présence du MAP. Les échantillons de lait quotidiens ont été analysés une fois par CanWest DHI avec l'épreuve ELISA pour le dépistage de la paratuberculose.

Le tableau de la page 37 montre tous les résultats d'analyse. Les cases ombragées correspondent à des résultats positifs et toutes les autres à des résultats négatifs.

Il est vrai que quatre vaches constituent un petit échantillon, mais nos résultats montrent clairement ce qui peut se produire avec les tests de dépistage de la paratuberculose. Les résultats de l'épreuve ELISA et des cultures de fèces durant la période de 10 jours étaient négatifs pour les vaches 1 et 2. Ces résultats ne prouvent pas que les vaches n'étaient pas infectées par le MAP, mais plutôt qu'elles ne produisaient pas beaucoup d'anticorps et qu'elles n'excrétaient pas de MAP durant la période des tests. Nous ne savons pas comment évoluera leur statut, mais les résultats des tests sur le lait et les fèces concordaient au moment de l'évaluation.

Les résultats pour les vaches 3 et 4 sont moins évidents. Lorsque nous avons fait passer les différents tests, nous étions convaincus que ces deux vaches avaient la paratuberculose. Pourtant, les résultats pour une journée en particulier n'auraient pas donné ce résultat.

La vache 3 présentait des teneurs élevées d'anticorps. Les résultats étaient supérieurs à 1,0 durant les cinq jours de l'épreuve ELISA sur le lait et les cultures de fèces ont été positives quatre jours sur cinq. Même si cette vache présentait des titres élevés d'anticorps et excrétait du MAP, il y avait tout de même une journée pour laquelle ses cultures de fèces ont été négatives. Si les tests n'avaient été effectués que cette journée-là, la culture de fèces n'aurait pas concordé avec l'épreuve sur le lait effectuée le même jour. Néanmoins, les résultats des deux tests ont concordé quatre jours sur cinq, soit environ 80 pour cent du temps.

Les titres d'anticorps de la vache 4 ont été très faibles dans le cas de l'épreuve ELISA sur le lait, pour une des journées, ce qui était plutôt étonnant, mais ils étaient négatifs les quatre autres jours. Les résultats de cultures de fèces ont été négatifs pour les trois cultures, pour deux jours, et positifs pour toutes les cultures un autre jour, puis positifs pour seulement une des trois cultures les deux autres jours.

Cette disparité dans les résultats s'explique parce que la vache excrétait de plus faibles quantités de MAP dans ses fèces. Les quantités étaient parfois insuffisantes pour être détectées dans la culture. Ses titres d'anticorps étaient également bas. Ils n'ont été élevés qu'une seule fois, rendant les résultats suspects.

Dans l'ensemble, cette vache a eu une épreuve de lait suspecte et a présenté des résultats positifs pour un tiers des cultures de fèces. Les résultats pour cette vache, issus des deux types de tests, concordaient deux jours sur cinq. Les autres trois jours, les résultats ne concordaient pas.

Cette vache est probablement représentative de bon nombre d'animaux qui se situent au stade intermédiaire d'infection par le MAP. L'excrétion de MAP peut être intermittente et présenter des titres variables d'anticorps dans le lait. On n'obtient pas un portrait complet de la situation lorsqu'on se limite à effectuer des analyses une seule fois sur des vaches qui présentent ces caractéristiques.

Les résultats pour ces quatre vaches ont montré qu'aucun test ne semble meilleur que l'autre. Il y a une journée où les cultures de fèces n'ont pas permis de détecter la bactérie chez la vache 3 comparativement à l'épreuve ELISA sur le lait. Par contre, cette dernière n'a pas permis de déceler d'anticorps chez la vache 4 une journée où la culture des fèces a donné des résultats positifs.

Les analyses ont cependant permis de dépister l'animal qui présentait chaque jour un risque élevé de la maladie, soit la vache 3, et elle a donc pu être surveillée. Dans le cas du dépistage des anticorps dans le lait, la vache 3 présentait les résultats prévisibles pour un animal dont les épreuves ELISA donnaient des résultats supérieurs à 1,0. Elle excrétait donc de manière constante des quantités plus élevées de MAP. Il est donc essentiel de retirer du troupeau une vache comme celle-ci pour protéger les veaux d'une exposition à des concentrations élevées de MAP.

Cette petite expérience améliore notre compréhension des tests de dépistage de la paratuberculose. À mesure que l'infection au MAP évolue, passant des stades initiaux aux stades avancés, les résultats des analyses deviennent plus constants et on a davantage confiance en leur signification. Il faut toutefois se garder de surinterpréter un résultat négatif dans le cas d'une vache qui a fait l'objet de test seulement une fois. On doit fonder ses décisions sur les résultats de l'ensemble du troupeau et sur l'historique de paratuberculose dans ce troupeau.

Les troupeaux qui présentent rarement des résultats positifs et pour lesquels on ne soupçonne pas de cas antérieurs de paratuberculose sont moins susceptibles d'avoir des vaches infectées. Les quelques vaches qui présentent des résultats positifs devraient faire l'objet de consultation vétérinaire.

Par ailleurs, il est nécessaire d'apporter des changements immédiats dans la conduite du troupeau chez qui l'on détecte des titres élevés d'anticorps, lorsque les résultats positifs augmentent ou lorsqu'il y a des antécédents de paratuberculose.

Les résultats des tests de dépistage de paratuberculose pour l'ensemble du troupeau fournissent une excellente base pour rendre des décisions sur la conduite du troupeau. On peut envisager d'augmenter la fréquence des évaluations auprès des troupeaux présentant des cas de cette maladie. Les coûts seraient cependant difficiles à justifier dans le cas des troupeaux dont les résultats sont négatifs, qui n'ont pas d'historique de paratuberculose et qui ont de bons résultats dans le cadre du plan de gestion et d'évaluation des risques (PGER).

Alors que les tests fournissent de l'information très utile, d'autres aspects doivent être pris en compte pour prendre de bonnes décisions dans le cadre d'un programme de prévention de la paratuberculose. Il faut continuer à remplir le PGER chaque année en collaboration avec le vétérinaire afin de s'assurer que toutes les données correspondant au risque associé à la maladie pour l'exploitation sont recueillies.

Le PGER facilite, pour l'exploitant et le vétérinaire, l'évaluation des risques et l'identification des lacunes favorisant la propagation du MAP. Même si les tests révèlent que le taux de paratuberculose est faible au sein du troupeau, il est possible de prendre des décisions en matière de conduite du troupeau pour en prévenir la propagation.

Résultats des épreuves ELISA sur le lait et des cultures de fèces pour quatre vaches (5 jours d'échantillonnage)

Jour Test
Vache 1
Vache 2
Vache 3
Vache 4
Jour 1 Épreuves ELISA
N
N
1,48 (P)
0,08 (soupçonné)
Jour 2  
N
N
1,37 (P)
N
Jour 3  
N
N
1,64 (P)
N
Jour 4  
N
N
1,46 (P)
N
Jour 5  
N
N
1,49 (P)
N
Jour 1 Cultures de fèces
N
N
P
P

Ann Godkin est scientifique vétérinaire pour le ministère de l'Agriculture, de l'Alimentation et des Affaires rurales de l'Ontario et préside le Groupe de travail de l'industrie laitière ontarienne sur la paratuberculose.

Cet article a initialement été publié dans la revue The Milk Producer Magazine, décembre 2011.


Auteur : Ann Godkin- scientifique vétérinaire/ministère de l'Agriculture, de l'Alimentation et des Affaires rurales de l'Ontarioi
Date de création : 02 décembre 2011
Dernière révision : 02 décembre 2011

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