Lien direct entre la mammite environnementale et la performance de reproduction



Surveiller la mammite environnementale pendant l'été et l'automne peut augmenter la performance de reproduction de votre troupeau.

Le scénario prévisible de l'augmentation de la mammite environnementale pendant la fin de l'été et l'automne peut avoir des conséquences sur vos résultats difficiles à discerner. Vous pouvez voir d'emblée les coûts directs de la mammite clinique chez les vaches en début de lactation : lait jeté, traitements coûteux et, fréquemment, réduction de la production de lait pendant toutes leurs lactations subséquentes. Ce qui peut vous échapper, c'est le coût indirect découlant de la diminution de la performance de reproduction.

On suspecte depuis longtemps que la mammite a des conséquences négatives sur la reproduction. Des recherches dans le passé ont démontré que les vaches avec une mammite clinique causée par l'E. coli n'ont pas de cycles de reproduction normaux. Une étude suggère que la réaction immunitaire à une infection par E. coli peut altérer les fonctions hormonale et ovarienne. D'autres études attribuent à la mammite clinique en général, et non seulement celle due à l'E. coli, le fait que les vaches prennent plus de temps à concevoir. Les chercheurs n'ont pas encore déterminé le comment et le pourquoi de ce problème.

Bien que des études effectuées dans des conditions expérimentales aient démontré de façon convaincante que la mammite nuit à la reproduction, peu d'études sur le terrain ont été faites pour déterminer les conséquences de la mammite clinique sur la reproduction des troupeaux laitiers. Cependant, un court reportage d'un récent numéro du Veterinary Record jette de la lumière sur ce sujet. Ce reportage décrit une étude effectuée par des vétérinaires praticiens britanniques, qui ont examiné l'incidence de la mammite sur la reproduction de certains troupeaux de leurs clients.

Les vétérinaires ont recueilli des renseignements à partir de dossiers détaillés de sept troupeaux laitiers de leur pratique. Les producteurs ont consigné les cas de mammite clinique, ainsi que des données de routine sur la reproduction ayant trait aux vêlages, aux chaleurs et à la mise à la reproduction. Ils ont méthodiquement consigné l'identité des vaches, le nombre de lactations, les dates d'occurrence de cas de mammite et tous les traitements administrés.

Dans le cadre de l'étude, les vétérinaires ont apparié des vaches cliniquement infectées avec d'autres vaches d'un même troupeau non affectées ayant le même nombre de lactations et des dates de vêlage similaires. Ils ont comparé la performance de reproduction de ces paires, une technique d'étude fréquemment utilisée et éprouvée.

Les vétérinaires ont ensuite réparti les paires de vaches en quatre groupes selon l'apparition de la mammite relativement à l'insémination artificielle (IA) :

  • jusqu'à trois semaines avant l'insémination;
  • de trois à six semaines avant l'insémination;
  • jusqu'à trois semaines après l'insémination;
  • six semaines après l'insémination.

Les vaches ayant contracté une mammite pendant la période de trois semaines précédant l'insémination étaient deux fois moins susceptibles de concevoir que les vaches non infectées avec lesquelles elles étaient appariées. La performance de reproduction était la même chez les vaches avec ou sans mammite des trois autres groupes.

Les deux catégories de vaches (avec ou sans mammite) ont été mises à la reproduction au même moment environ après le vêlage, soit de 81 et de 83 jours respectivement pour les vaches infectées et non infectées. Cela suggère que les deux groupes de vaches étaient fertiles et que leur probabilité de devenir gestantes aurait été la même s'il n'y avait pas eu de mammite.

On ne sait pas comment la mammite cause cet effet négatif, mais cette recherche laisse supposer qu'il a probablement lieu quelque part pendant le cycle de reproduction de 21 jours tout juste avant l'IA. Les cas de mammite pourraient avoir empêché la conception en affectant l'ovocyte (ovule) en développement, la croissance folliculaire ou les hormones d'induction de l'ovulation. Les vétérinaires britanniques ont décrit cet effet précis de la mammite comme une " conjoncture favorable " pour interrompre la reproduction.

La probabilité de cas en début de lactation s'accroît au fur et à mesure que la mammite environnementale se répand dans un troupeau. Chez les troupeaux du projet Sentinel, il y a quelques années, les cas les plus nombreux ont été relevés pendant les 21 jours qui ont suivi le vêlage, avant le début de la mise à la reproduction. Cependant, un nombre important de cas ont été relevés jusqu'à 70 jours après le vêlage. Puis, au fur et à mesure que la lactation progressait, les cas devenaient de plus en plus sporadiques. Avec l'augmentation de la mammite environnementale pendant l'été, certaines vaches approchant la mise à la reproduction sont susceptibles de la contracter.

La plupart des cas de mammite de l'étude britannique ont été traités, ce qui pourrait avoir réduit la durée des cas et la détérioration des mamelles, mais les traitements administrés peu avant la mise à la reproduction n'ont pas empêché les répercussions négatives sur la conception. La prévention de la mammite serait la seule façon d'améliorer la performance de reproduction.

Les troupeaux ontariens souffrent fréquemment d'une faible performance de reproduction, particulièrement pendant l'été. Des solutions comme des programmes intensifs de reproduction planifiée sont souvent adoptées pour de nombreux troupeaux, sans que le problème sous-jacent ne soit jamais cerné ni résolu. Peut-être que pour certains, la priorité devrait être de résoudre leur problème de mammite.

Si vous avez des dossiers détaillés de reproduction et des cas de mammite, vous pourriez vérifier si la mammite nuit à la performance de reproduction de votre troupeau. Votre vétérinaire ou votre représentant en amélioration des troupeaux laitiers peut vous aider à établir un système normalisé de consignation des cas de mammite et des traitements. Vous pouvez ensuite consulter votre vétérinaire pour analyser la relation entre la mammite (et d'autres problèmes métaboliques) et la performance de reproduction.

Une fois identifiés les facteurs sous-jacents de la faible performance de reproduction, vous pouvez prendre les mesures appropriées pour les corriger. Pour certaines fermes, la prévention de la mammite pendant la période de reproduction peut s'avérer la meilleure façon d'améliorer la conception.

Les vaches en début de lactation plus vulnérables face aux infections des mamelles

Le compte des cellules somatiques (CCS) du lait en vrac en Ontario oscille autour de 250 000 cellules par millilitre annuellement. Chaque année, ce compte descend jusqu'à 200 000 en hiver et atteint des sommets de 300 000 à la fin de l'été et dans les mois d'automne. Pendant les 10 dernières années, ces variations sont devenues assez prévisibles.

Chaque été et chaque automne, de nombreux troupeaux ontariens affichent un nombre plus élevé de cas de mammites et un CCS plus élevé. Les bactéries qui foisonnent dans l'environnement où vivent les vaches (Streptococcus uberis, Streptococcus dysgalactiae, E. coli et klebsiella) causent la plupart de ces problèmes saisonniers.

Les infections coïncident souvent avec des températures chaudes et humides qui favorisent la multiplication et la survie de ces bactéries dans l'environnement où vivent les vaches. Lorsque le nombre de bactéries environnementales est élevé, il y a beaucoup plus de risques qu'elles pénètrent dans l'extrémité du trayon à partir du fumier dans la litière ou les allées et infectent un quartier. L'infection d'une mamelle par des bactéries environnementales est plus susceptible d'évoluer en une mammite clinique, rendant le lait visiblement anormal et même la vache malade.

Habituellement, une éclosion de mammite environnementale donne lieu à une mammite clinique chez les vaches en début de lactation. Ces animaux ont une capacité réduite de repousser de nouvelles infections des mamelles. On en déduit que la résistance affaiblie des vaches et le nombre élevé de bactéries expliquent ce problème saisonnier.

Référence :

Perrin I., R.W. Bostelmann et I.M. Sheldon, " Reduced conception rates associated bovine mammite during a "window of opportunity" ", Veterinary Record, volume 161, 2007, p. 61-62, 14 juillet 2007.

Cet article a été initialement publié dans la chronique " Ruminations " de la revue The Milk Producer Magazine, édition de septembre 2007.


Auteur : Ann Godkin, vétérinaire, prévention des maladies des bovins laitiers et de boucherie, MAAARO
Date de création : novembre 2007
Dernière révision : 14 janvier 2008

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