Prévenir la fièvre vitulaire


Une bonne alimentation favorise l'absorption de calcium et la santé chez les vaches de la fin de la gestation au début de la lactation.

Veiller à ce que vos vaches exploitent au mieux le calcium en début de lactation contribuera à la santé globale du troupeau et à la rentabilité de votre exploitation. En effet, une carence de calcium peut entraîner un trouble métabolique courant, la fièvre vitulaire, qui même au stade subclinique, peut empêcher votre troupeau d'atteindre une production de lait optimale.

La période la plus critique de l'année chez une vache laitière est la période de transition entre la fin de la gestation et le début de la lactation. Au cours de ces cinq à six semaines, plusieurs changements hormonaux surviennent. Parallèlement, le métabolisme de la vache détourne les éléments nutritifs qu'elle absorbe vers la production de lait. La période de transition est d'autant plus difficile à gérer que la prise alimentaire de la vache est à son plus bas niveau au moment de vêlage et n'atteindra son niveau le plus élevé que plusieurs semaines après la mise bas.

La cause de la fièvre vitulaire ou de l'hypocalcémie, de son nom clinique, est une insuffisance de calcium pour la production de colostrum et de lait. Même si vous n'observez aucun cas clinique de fièvre vitulaire dans votre troupeau, certains problèmes peuvent nuire à la santé d'une vache, à sa production de lait et à vos résultats. Un manque d'appétit, une faible ingestion de matière sèche en début de lactation ou une courbe de lactation aplatie peuvent signaler une affection subclinique et réduire la production de lait.

Les pires cas cliniques de fièvre vitulaire peuvent même être mortels. Les vaches qui survivent à la fièvre vitulaire ou qui en sont atteintes au stade subclinique souffrent plus souvent de rétention du placenta, de déplacement de la caillette et de mammite. Dans tous les cas, ces vaches produisent moins de lait.

De nombreuses études ont confirmé qu'une modification de l'alimentation avant le vêlage réduit l'incidence de fièvre vitulaire clinique ou subclinique chez la vache. Cette modification vise à réduire l'écart cation-anion alimentaire (ECAA). Un calcul est utilisé pour déterminer la valeur ECAA d'un régime. On utilise des formules dont les résultats sont souvent exprimés en milliéquivalents par kilogramme de matière sèche alimentaire (mEq/kg). Un ECAA réduit entraîne une légère acidose métabolique. On peut confirmer la présence d'une telle acidose au moyen d'une analyse du pH urinaire. L'urine à faible pH est plus acide et indique si la ration donnée avant le vêlage produit les résultats escomptés.

Bon nombre d'études se sont penchées sur l'incidence d'une réduction de l'ECAA sur le régime avant le vêlage. Récemment, un groupe de chercheurs a réalisé une méta-analyse regroupant 22 études publiées touchant 75 groupes de vaches expérimentaux.

La méta-analyse est une démarche mathématique qui combine les résultats d'une série d'études indépendantes portant sur un même sujet. Elle produit des résultats plus fiables puisqu'elle englobe un plus grand nombre de cas. Les chercheurs l'utilisent pour raffiner et préciser leurs conclusions.

La méta-analyse des études sur l'ECAA proposait, entre autres, de comparer plusieurs équations et leur rapport avec l'incidence de fièvre vitulaire clinique et le pH urinaire, et d'évaluer les répercussions d'une réduction de l'ECAA sur la fièvre vitulaire clinique et le pH urinaire.

Ses résultats ont confirmé qu'une diminution de l'ECAA réduit effectivement le pH urinaire et l'incidence de fièvre vitulaire clinique, et ont motivé une légère modification de l'équation utilisée pour calculer l'ECAA.

La méta-analyse a aussi confirmé qu'une réduction de l'ECAA augmente la disponibilité du calcium chez les vaches avant et pendant le vêlage. Le risque de fièvre vitulaire clinique s'en trouve aussi réduit. On peut contrôler l'efficacité de la ration pour prévenir la fièvre vitulaire en mesurant le pH urinaire des vaches taries.

Le pH urinaire d'une vache laitière est normalement d'environ 8,0. On recommandait un pH urinaire de 6,0 à 7,0 chez les vaches nourries d'un régime à faible ECAA. Cette méta-analyse conclut toutefois qu'un pH urinaire d'environ 7,0 constitue une cible raisonnable.

Pour que le pH urinaire d'une vache atteigne 6,2, il faut lui administrer un régime à très faible ECAA ce qui ne réduit que de peu l'incidence de fièvre vitulaire clinique. Comparée à un pH urinaire de 7,0, cette acidification excessive ne procure qu'un très faible avantage en matière de prévention de la fièvre vitulaire.

En outre, l'acidification du pH urinaire à un niveau inférieur à 7,0 a une incidence sur l'ingestion de matière sèche. Plus la valeur de l'ECAA dans la ration est basse avant le vêlage, moins la vache consomme de matière sèche. Il faut donc mesurer les avantages de la prévention de la fièvre vitulaire et la réduction de l'ECAA aux problèmes pouvant découler d'une ingestion réduite de matière sèche avant le vêlage.

Si les rations à faible ECAA avant le vêlage font partie de votre programme de tarissement, il peut s'avérer très utile d'utiliser un pH-mètre ou des papiers pH pour évaluer l'état de la vache.

L'état de la vache pendant cette période de transition déterminera le succès de sa prochaine lactation. On peut retracer plusieurs perturbations métaboliques, dont la fièvre vitulaire, à cette période chez la vache. L'introduction de bonnes pratiques de gestion et la connaissance des défis propres à cette transition chez la vache vous aideront à réduire l'incidence de ces troubles.

Formules pour calculer l'ECAA dans les aliments pour bovins laitiers

La formule courante pour calculer l'ECAA est (K + + Na +) - (Cl- + S2-). On emploie parfois d'autres équations. La méta-analyse a révélé qu'une légère modification de cette formule permet de tenir compte de l'effet acidifiant inférieur du souffre. Selon la méta-analyse, l'équation [(Na + K) - (Cl + 0.6 S)] est la plus étroitement corrélée à l'incidence de fièvre vitulaire clinique et au pH urinaire. Lorsque cette équation est utilisée pour calculer l'ECAA d'une ration servie avant le vêlage, il faut remplacer la cible habituelle de -100 mEq/kg par une cible de 0 mEq/kg.

Bibliographie

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Cet article a été initialement publié dans la chronique « Ruminations » de la revue The Milk Producer Magazine, édition, janvier 2010.

 


Auteur : Mario S. Mongeon - spécialiste de l'élevage du bétail/MAAARO
Date de création : 03 mai 2010
Dernière révision : 4 juin 2010

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