Le lait du futur?

De nouveaux critères de sélection dans nos programmes d'amélioration génétique peuvent rendre le babeurre encore meilleur pour la santé et améliorer les revenus

La possibilité d'améliorer la composition du lait grâce à la sélection génétique est attrayante et peut en outre avoir des effets positifs pour la santé humaine. Il devient possible de sélectionner des niveaux plus élevés d'acides gras (AG) recherchés dans les compose du babeurre dans le lait, indique un récent article de recherche paru aux Pays-bas.

La voie est maintenant ouverte à la possibilité de changer la composition du lait de beurre et de lui conférer plus d'avantages pour la santé. On pourrait par exemple sélectionner des vaches pouvant produire une teneur plus élevée d'acides gras insaturés ou une plus haute concentration d'acide linoléique conjugué (ALC).

Le babeurre fournit déjà des éléments nutritifs essentiels à la santé humaine, des vitamines liposolubles, des composants énergétiques et des lipides bioactifs. Certains composants ont aussi été associés à la perte de poids et on parle même de propriétés potentiellement anti-cancer.

À l'heure actuelle, le lait de beurre type offre une teneur relativement faible d'acides gras insaturés, entre 25 et 30 pour cent, et une proportion plus élevée d'acides gras saturés à chaîne longue, de 70 à 75 pour cent. Une meilleure répartition des gras pour la santé serait d'environ 30 pour cent de gras saturés et de 70 pour cent de gras insaturés. Parmi les acides gras contenus dans le babeurre, les AG à chaîne courte (C6-12) sont considérés comme neutres, les acides gras saturés à chaîne plus longue (CI4-CI6) sont nuisibles et les acides gras insaturés C18 sont des éléments positifs et bénéfiques pour la santé. Les ALC, avec leurs propriétés anti-cancer potentielles, font partie du groupe d'insaturés C18.

La technologie est maintenant disponible pour sélectionner certains traits du babeurre.

Photo d'une trayeuse sur les pis.

Le marché souhaite améliorer les aspects bénéfiques pour la santé des gras saturés et insaturés des produits laitiers. En changeant les proportions relatives des gras saturés et insaturés, il est possible d'augmenter les niveaux des composants recherchés comme l'ALC.

Un groupe de chercheurs hollandais a commencé à évaluer les paramètres génétiques des principaux acides gras du lait au moyen d'échantillons provenant de presque 2 000 vaches. Les chercheurs ont étudié les valeurs d'héritabilité de 16 acides gras, environ 89 pour cent du total du babeurre.

Les valeurs d'héritabilité des acides gras de C4:0 à C16:0 étaient élevées, de 0,42 à 0,71. Les C18 saturés et insaturés avaient des valeurs plus faibles à 0,25, quoique encore importantes. La portion d'ALC montrait des valeurs d'héritabilité plus élevées à 0,42. Pour mettre en perspective ces valeurs d'héritabilité, celles de la portion supérieure sont dans la même catégorie que le développement corporel et la taille de l'animal.

Les valeurs d'héritabilité des AG C18 souhaitables sont considérées modérées, toutefois du même ordre que la production laitière, qui a donné de bons résultats avec la sélection génétique depuis de nombreuses années.
Les chercheurs ont examiné les proportions des différents groupes d'AG. Les acides gras à chaîne courte (C4:0 to C12:0) comptaient en moyenne pour 15 pour cent du gras, ceux à chaîne moyenne (CI4:0 to CI6:0) pour 44 pour cent et le groupe C18, pour huit pour cent. Le rapport d'AG saturés aux AG insaturés étaient de 2.8:1, ou de 74 pour cent de saturés et de 26 pour cent d'insaturés.

Ils ont étudié la variation provenant des effets de la génétique par rapport aux effets troupeau. Ces derniers étaient généralement plus faibles, à 0,25, pour la plupart des AG, sauf pour les C18 non saturés, qui montraient des effets troupeau plus élevés à 0,0.

Des différences dans les effets génétiques sur des acides gras individuels viennent de la manière dont ils sont formés. La vache produit des AG à chaîne courte, et les AG à chaîne longue proviennent des végétaux qu'elle consomme. Il est possible d'augmenter la teneur en AG insaturés à chaîne longue en modifiant la ration de la vache. La même chose est valable pour les DHA ou acides gras omega-3 et dans une certaine mesure l'ALC.

Les changements provenant des aliments donnent des résultats rapides et efficaces. Le gain génétique, même s'il est plus lent, est essentiellement permanent et cumulatif tant et aussi longtemps que l'on pratique la sélection pour améliorer un trait. On peut obtenir des gains à court terme grâce aux rations, mais le gain génétique est nécessaire pour une différence qui dure avec le temps.

Les corrélations génétiques indiquent que la sélection visant le pourcentage de gras global a peu d'effets sur les acides gras à chaîne courte. Toutefois, on note un effet positif sur les C14-16 moyennes, qui sont en proportion plus élevée, et un effet négatif sur les C18 non saturés, dont l'ALC. Comme la plupart des pays disposent de programmes de sélection pour augmenter le gras et le pourcentage de gras, ces corrélations ont des implications marquantes. En sélectionnant pour obtenir un pourcentage de gras supérieur, selon ces corrélations, nous amenons la composition du lait dans une mauvaise direction.

Le gain génétique, quoique plus lent, est ssentiellement permanent et cumulatif

Selon l'exemple utilisé dans la recherche hollandaise, le pourcentage de gras est plus élevé, à 4,4 pour cent en 2005, de 3,7 pour cent en 1950. Un pourcentage de gras plus élevé peut laisser croire à plus de C16:0 saturés et à moins d'AG C18 non saturés. Si on compare les données de 1974 aux résultats actuels, l'étude indique que cette relation est vrai : quand le pourcentage de gras s'élève à 4,36 pour cent de 4 pour cent précédemment, les C16:0 passent de 25,5 pour cent à 32,6 pour cent, et les C18 chutent de 31,1 pour cent à 21,6 pour cent.

On croit que la situation serait similaire au Canada, mais pas au même degré. Les Pays-Bas ont mis en oeuvre un programme de sélection plus extrême sur le pourcentage de gras que le Canada.

Des études limitées sur les AG individuels ont été menées ces 30 dernières années, mais l'information recueillie n'a pas été utilisée ni appliquée. C'est principalement à cause des essais de chromatographie en phase gazeuse utilisés pour l'analyse des AG du lait de beurre dans ces recherches, qui sont complexes et onéreux.

Il faut pour les producteurs une méthode plus facile et économique d'obtenir l'information des AG de leurs vaches. Une recherche belge publiée en 2006 donne une telle méthode.

Les Belges ont effectué des analyses sur les teneurs en AG avec l'appareil Foss T6000 qui mesure l'infrarouge moyen. C'est essentiellement le nouveau modèle de spectromètre infrarouge utilisé communément dans les laboratoires qui procèdent à l'essai du lait, comme chez DHI, dans le monde entier. Avec un calibrage donné, cet appareil peut mesurer la plus grande partie des fractions d'acides gras dans le babeurre.

Les laboratoires qui ont remplacé un ou plusieurs appareils d'essais ont quelques modèles de T6000. Toutefois, ce nouvel appareil d'essai infrarouge ne se retrouve pas dans tous les laboratoires d'essai du lait de nos jours. Il est onéreux et n'est pas remplacé fréquemment.

Améliorer nos laboratoires et acheter du nouvel équipement coûte cher. Toutefois, l'installation d'un nouvel appareil pour les essais de calibrage et les épreuves nécessaires permettant d'analyser au moins une partie des échantillons de routine pour les acides gras semble à portée de main. Les analyses pourraient être effectuées sur les échantillons laitiers quand ceux-ci sont traités par le système de DHI. L'analyse des acides gras serait possible, contrairement aux analyses chimiques, qui sont généralement impraticables.

Pour décider quel programme de sélection serait avantageux, il faut répondre aux trois questions suivantes.

  • Ce trait est-il mesurable dans la pratique?
  • Y a-t-il une variation génétique adéquate?
  • Existe-t-il un avantage économique certain?

Les deux rapports de recherches semblent répondre aux deux premières questions sur la variation génétique et la possibilité d'analyses amplement répandues. Existe-t-il un avantage économique certain pour les producteurs s'ils améliorent les éléments constitutifs du babeurre? L'industrie se doit d'aborder cette question.

Les résultats des deux groupes de recherches comportent un potentiel intéressant pour l'avenir quant à la composition du lait et des éléments constituants du babeurre. Ils présentent aussi des défis à relever. Si nous pouvons identifier quelles vaches et quelles lignées familiales peuvent offrir les teneurs les plus élevés en gras insaturés ou en ALC, comment le producteur sera-t-il compensé pour produire ce lait? Ce lait serait-il un produit laitier spécial, devant être transporté et traité séparément, comme présentement le lait riche en DHA? Selon la base établie dans l'industrie présentement pour faire passer la composition du gras dans le lait à un mélange d'AG plus avantageux, on pourrait payer les producteurs par kg produit ou avec une surprime ou une différence de prix tout comme présentement les laits avec différentes teneurs en gras et en protéines.

Cette recherche mérite véritablement que l'on s'attarde à ses applications au Canada. L'achat de nouveaux appareils d'essais peut faciliter l'identification des vaches supérieures, et possiblement la sélection visant une composition différente en acides gras. L'identification d'animaux individuels pour des AG comme l'ACL serait aussi possible. La sélection présente de grands avantages pour la santé humaine en améliorant les bénéfices pour la santé du babeurre.

Références

Stoop, W.M., J.A.M. van Arendonk, J.M.L. Heck, H.J.F. van Valenberg, and H Bovenhuis. 2008. Genetic parameters for Major Milk Fatty Acids and Milk Production Traits of Dutch HolsteinFriesians. J. Dairy Sci. 91:385-394. Soyeurt, H, P. Dardenne, F. Dehareng, G. Lognay, D. Veselko, S. M. Marlier, C. Bertozzi, P. Mayeres, and N. Gengler. 2006. Estimating Fatty Acid Content of Cow Milk Using Mid-infrared Spectrometry. J. Dairy Sci. 89:3690-3695.
Cet article a déjà été publié, en version originale anglaise, dans la chronique Ruminations de la revue The Milk Producer Magazine, février 2008


Auteur : Blair Murray - Spécialiste de l'amélioration génétique des troupeaux laitiers/MAAARO
Date de création : 01 mai 2011
Dernière révision : 01 mai 2011

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