Les oligoéléments : minuscules, mais essentiels

Les oligoéléments jouent un rôle primordial dans le bon fonctionnement du système immunitaire, nécessaire au maintien de la santé des bovins laitiers

Avec le seuil limite de pénalités relatives au comptage des cellules somatiques (CCS) qui passera de 500 000 à 400 000 en août 2012, il vaut la peine de prendre le temps de réévaluer la présence des oligoéléments dans le programme d'alimentation des vaches laitières. Les oligoéléments contribuent à la santé du pis et à la réduction du nombre de cellules somatiques.

L'intégration de la nutrition dans les mesures de santé et de prévention des maladies est l'une des plus grandes réalisations de la gestion des troupeaux laitiers des deux dernières décennies. Un programme d'alimentation adéquat peut favoriser le bon fonctionnement du système immunitaire des vaches laitières et jouer un rôle déterminant dans le maintien de leur santé globale, y compris celle du pis.

Lorsqu'il est question de santé du pis, on peut comparer la nutrition à l'un des rayons d'une grosse roue et penser aux différents facteurs de risques en jeu. Même des programmes d'alimentation perfectionnés ne peuvent empêcher les bactéries de s'introduire dans l'ouverture du trayon et de causer des infections. Mais d'autres rayons de cette roue portent sur l'importance d'offrir un environnement adéquat aux vaches laitières, d'assurer une bonne préparation de la traite, d'utiliser des méthodes adéquates et de mettre en application un programme de santé du pis conçu en collaboration avec un vétérinaire.

La nutrition joue deux rôles cruciaux dans le soutien du système immunitaire des vaches. D'abord, elle assure l'apport énergétique alimentaire. Le début de la lactation représente pour les vaches une période très stressante de bilan énergétique négatif; l'apport énergétique alimentaire contribue à réduire les effets néfastes sur son système immunitaire. Deuxièmement, l'apport de quantités optimales de certains oligoéléments et de vitamines dans le régime alimentaire, dont la vitamine E, le sélénium, la vitamine A, le manganèse, le cuivre et le zinc, peut aider au bon fonctionnement du système immunitaire.

La plupart des sols de l'est du Canada sont pauvres en sélénium, soit moins de 0,6 milligramme de sélénium par kilogramme de sol. Cela signifie que les plantes fourragères et les grains cultivés sur ces terres contiennent naturellement peu de cet élément nutritif essentiel. La supplémentation alimentaire conventionnelle en sélénium permet ainsi de répondre aux besoins de la vache à cet égard.

Bien que les quantités de sélénium fournies aux troupeaux ne soient pas très documentées pour toutes les provinces, on estime généralement que la plupart des troupeaux en consomment des quantités suffisantes. Les producteurs ajoutent habituellement du sélénium dans les rations des vaches en lactation et des vaches taries dès qu'elles sont en âge de se reproduire et les injections de sélénium sont également courantes.

Certains troupeaux laitiers affichent toutefois des teneurs suboptimales en sélénium. C'est ce qui se produit parfois lorsque des bovins laitiers au pâturage durant l'été broutent des plantes fourragères sans que l'éleveur se préoccupe de s'assurer qu'elles répondent à leurs besoins en matière d'oligoéléments. Il arrive aussi que des producteurs diminuent l'alimentation pour réduire leurs coûts.

Des recherches moins récentes ont montré une corrélation négative entre la teneur en sélénium et le CCS du lait prélevé dans le réservoir, mais une étude canadienne antérieure n'avait pas démontré cette relation. L'an dernier, des chercheurs du Collège vétérinaire de l'Atlantique se sont penchés sur la relation entre la teneur du lait en sélénium et la santé du pis.

Dans le cadre de leur étude, des échantillons de lait provenant des vaches individuelles à différents stades de lactation (avant le tarissement et en début de lactation) ont été prélevés dans 18 fermes laitières de l'Île-du-Prince-Édouard, du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse. Les chercheurs ont également prélevé des échantillons provenant du réservoir prélevés à quatre périodes différentes de l'année afin de tenir compte des variations saisonnières.

L'étude a permis l'interprétation des teneurs en sélénium du lait provenant du réservoir, exprimées en µmol (unité de mesure scientifique) par litre, et d'établir la condition du troupeau selon les seuils suivants :
o moins de 0,12 µmol par L : carence;
o 0,12 à 0,20 µmol par L : teneur très faible;
o 0,20 à 0,28 µmol par L : teneur faible;
o plus de 0,28 µmol par L : teneur adéquate.

La teneur moyenne du lait provenant du réservoir pour le troupeau à l'étude était de 0,52 µmol par litre, et deux échantillons seulement provenant de deux troupeaux présentaient des concentrations inférieures à la teneur adéquate, soit moins de 0,28 µmol par litre. De façon analogue, les chercheurs ont observé que les teneurs en sélénium étaient adéquates dans 97 pour cent des échantillons de lait prélevés auprès de vaches individuelles.

Des travaux récents ont montré que la supplémentation en sélénium de source organique n'avait pas d'effet marqué sur la santé comparativement à l'apport de sélénium de source inorganique. Bien que les chercheurs reconnaissent que la supplémentation puisse avoir un effet positif sur la santé, ils signalent aussi qu'une supplémentation excessive n'apporte pas de bénéfice additionnel aux animaux dont l'apport en sélénium est adéquat.

Il est habituellement recommandé que les rations contiennent la quantité maximum permise de sélénium supplémentaire. Le seuil actuel établi par l'Agence canadienne d'inspection des aliments est de 0,3 partie par million dans la ration donnée aux vaches laitières. Bien que le taux maximum de sélénium dans la ration totale des bovins laitiers soit de 0,3 ppm, des concentrations plus élevées dans la portion grains de la ration peuvent être préparées par les fabricants de moulée de manière à fournir aux vaches l'apport recommandé en sélénium. L'ingestion maximale permise de sélénium pour les vaches taries et lactation est établie par l'ACIA en fonction du poids vif, de manière à ce que les taux d'ingestion quotidiens maximaux soient (tel que consommé) 4,1/ 4,99/ 5,99 et 6,38 pour des bovins pesant respectivement 400, 500, 600 et 700 kg. Les fabricants peuvent fournir un tableau des taux d'ingestion pour les produits contenant du sélénium ajouté.

Plusieurs autres facteurs peuvent nuire à l'absorption du sélénium et à son assimilation, dont des teneurs élevées en fer, en sulfate, en calcium, en cuivre ou en zinc dans le régime alimentaire ou l'eau potable. Ces facteurs peuvent réduire l'absorption de sélénium et accroître les besoins apparents de l'animal.

Différentes méthodes permettent de s'assurer que les vaches ingèrent des quantités suffisantes de sélénium. La plus courante consiste à inclure une source de supplémentation en sélénium dans le mélange de grains d'origine inorganique ou organique ou d'un mélange des deux.

L'épandage d'engrais enrichis en sélénium sur des terres carencées est une autre méthode pour augmenter la concentration en sélénium des aliments pour animaux produits à la ferme. Des bolus d'oligoéléments diffusés dans le rumen sont également offerts sur le marché. Les quantités de suppléments de sélénium que l'on peut administrer en toute sécurité sans que le minéral ne devienne toxique se situent dans d'étroites limites. Il est important de discuter des concentrations de sélénium chez les vaches du troupeau avec le spécialiste en nutrition animale.

Le zinc est un autre minéral important pour la fonction immunitaire. Le zinc contribue à la production de kératine, une protéine du canal du trayon qui aide à capturer les bactéries. Le cuivre et le manganèse sont d'autres oligoéléments qui contribuent à bon nombre d'autres fonctions de l'organisme des vaches laitières, dont la capacité des globules blancs à combattre les bactéries.

Comme l'a montré la récente étude du Collège vétérinaire de l'Atlantique, les troupeaux qui reçoivent une supplémentation correctement formulée et administrée ne présentent pas de teneurs en sélénium suboptimales. Si vous n'êtes pas certain des quantités de sélénium fournies à votre troupeau, discutez avec votre spécialiste en nutrition des différentes possibilités de supplémentation en sélénium et en oligoéléments dans le cadre de votre programme de nutrition. Ce point est particulièrement important si vous avez des inquiétudes concernant l'ingestion ou l'absorption des minéraux chez les animaux au pâturage.

Références : O'Rourke, D. 2009. Nutrition and udder health in dairy cows: a review. Irish Veterinary Journal. 62(S) : 15-20. Ceballos-Marquez, A., H. W. Barkema, H. Stryhn, I. R. Dohoo, G. P. Keefe et J. J. Wichtel. 2010. Milk selenium concentration and its association with udder health in Atlantic Canadian dairy herds. J. Dairy Sci. 93 : 4700-4709.

Cet article est d'abord paru, en version originale anglaise, dans la chronique Ruminations de la revue The Milk Producer en mai 2011.


Auteur : Tom Wright - Dairy Cattle Nutritionist/MAAARO
Date de création : 12 décembre 2011
Dernière révision : 12 décembre 2011

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