Optimiser la survie des veaux à la naissance

En réussissant à sevrer des veaux en meilleure santé, vous augmentez la production de lait, la performance de reproduction et les résultats de votre ferme

Malgré les avancées de la technologie, les pertes dues à la mortalité des veaux de race laitière demeurent alarmantes et ce problème ne semble pas prêt de se résorber. Pour améliorer vos chances d'élever des veaux de remplacement productifs et en santé, il faut en premier lieu prévenir les naissances difficiles et vous assurer que les veaux nouveaux-nés développent une immunité adéquate grâce au colostrum. Cette stratégie peut améliorer la production laitière de votre troupeau, sa performance de reproduction et l'ensemble des résultats de l'exploitation.

Quand elle est réussie, la naissance d'un veau de race laitière donne lieu à une lactation profitable et à un bon départ pour un autre veau de remplacement. C'est la culmination de plusieurs facteurs : la planification idéale permettant de produire un embryon qui deviendra un veau de race laitière de remplacement; une gestion des vaches taries qui fournit des conditions optimales à la fois pour la mère et le nouveau-né; dans le cas d'une vache qui en est à la première lactation, le résultat de 24 mois d'alimentation, de soins et de conduite de l'animal avant la mise bas, quand il prend place dans le troupeau laitier.

Trop souvent, ce scénario ne connaît pas le succès escompté. Au Canada, le taux de mortinatalité est de 12 pour cent dans le cas des mises bas des vaches qui en sont à la première lactation et de sept pour cent sur l'ensemble. Environ la moitié des mortinatalités peuvent être attribuées à un vêlage difficile, appelé dystocie.

Un vêlage difficile cause une perte de production, de l'infection et nuit à la fertilité de la mère. Le veau peut être affaibli et souffrir de grippe bovine ou de diarrhée. Le veau, la vache ou les deux pourrait ne pas survivre.

Les taux de mortalité avant sevrage vont de 7,8 à 11 pour cent, et 53 pour cent de ces pertes sont dues à la diarrhée et 21 pour cent aux maladies respiratoires. Une proportion élevée de maladie et de mortalité avant le sevrage est attribuable à l'échec du transfert passif d'immunité. Les veaux ne reçoivent tout simplement pas assez tôt du colostrum une immunité suffisante pour lutter contre la maladie.

Réduction des pertes

La dystocie se définit comme une naissance difficile ou anormale à n'importe quelle phase du travail. Au Canada elle est classée sur une échelle de 1 à 4, où 1 représente une naissance sans assistance et 4 la forme la plus sévère de dystocie qui nécessite l'intervention chirurgicale. Les taux de dystocie rapportés en 2007 au département de l'agriculture américain dans un rapport national sur la santé animale (NAHMS) sont plus élevés chez les génisses dont c'est le premier vêlage, à 19 pour cent que pour les deuxième vêlages et suivants à 11 pour cent. Les producteurs laitiers négligent peut-être de rapporter le phénomène, qui serait plus répandu que ne laisse penser ces données.
La mortinatalité, telle que la définissent les statistiques canadiennes sur l'amélioration génétique, correspond à la mort du veau à la naissance ou dans les 24 heures du vêlage, et elle survient dans 12 pour cent des vêlages chez les génisses qui en sont à leur première lactation et à six pour cent des vêlages pour les deuxième lactation et suivantes. La moitié des mortinatalités sont attribuables directement à la dystocie, et les risques de mortalité d'un veau dans les 24 heures de sa naissance sont beaucoup plus élevés à la suite d'un vêlage difficile.

Les dystocies lors de naissances chez les vaches qui en sont à la première lactation tendent à être liées à un gros fœtus, mais lors des lactations suivantes plus souvent à une présentation anormale (un positionnement anormal du veau avant la naissance), ou à des problèmes liés à la mère. La dystocie a un profond impact négatif sur la survie et la santé du veau, réduisant la productivité à venir du troupeau laitier.

Le producteur peut prendre des mesures liées au vêlage pour grandement amoindrir les pertes dues à la dystocie et à la mortinatalité, notamment :

  • tenir de bons dossiers sur la reproduction et les dates de vêlage prévues;
  • disposer d'une salle ou d'un lieu de vêlage propre, au sec, ne servant pas aussi d'infirmerie;
  • savoir reconnaître les signes d'approche du vêlage;
  • savoir quand intervenir pour fournir de l'assistance;
  • connaître les procédures d'assistance lors du vêlage;
  • s'assurer d'administrer le colostrum aux veaux nouveaux-nés au plus tôt après leur naissance afin qu'ils bénéficient du transfert passif d'immunité.

Stratégie de reproduction

La stratégie de reproduction est primordiale pour vous assurer un vêlage réussi. Comme l'incidence de la dystocie et des mortinatalités dans les vêlages des génisses qui en sont à la première lactation est presque le double que dans les lactations suivantes, vous pouvez réduire la dystocie et les mortinatalités en sélectionnant les géniteurs pour tirer avantage de la variation génétique.

Choisir les géniteurs pour obtenir des génisses se classant au-dessus de la moyenne pour leur aptitude de vêlage, combinant la facilité de vêlage avec la survie des veaux. Les géniteurs sont classés selon l'aptitude de vêlage et l'aptitude de vêlage filles. Pour une génisse qui descend d'un taureau dont l'aptitude de vêlage filles est faible, il faut être très vigilant à l'approche du vêlage pour que la naissance s'effectue sans heurt. On peut avoir recours à de la semence sexée pour la reproduction des génisses, puisque les taurillons nées de génisses ont souvent une incidence élevé de dystocie et de mortinatalités.

Transfert passif d'immunité

La phase critique suivante dans la vie du veau nouveau-né est de la naissance au sevrage. Le taux de mortalité avant le sevrage varie de 7,8 à 11 pour cent. Trente et un pour cent de ces mortalités survenues dans les trois premières semaines sont attribuables à l'échec du transfert passif d'immunité de la mère. C'est seulement par l'administration de colostrum que le veau peut obtenir l'immunité après la naissance. Le rapport américain NAHMS signale que 21 pour cent des veaux souffrent d'échec du transfert passif d'immunité, ce qui veut dire un niveau d'immunoglobuline sérique (IgG) de moins de 10 milligrammes par millilitre.

Trois éléments sont primordiaux pour un niveau optimal d'IgG : la qualité, la quantité et la rapidité. En administrant au veau du colostrum de haute qualité, en bonne quantité, rapidement, le producteur améliore grandement les chances de survie et de bonne santé du veau. La capacité d'absorption des immunoglobulines par la paroi intestinale diminue rapidement chez le nouveau-né dans les six heures après sa naissance.

La dystocie et le fait de laisser le veau sucer de lui-même semblent contribuer à l'échec du transfert passif. Les veaux nés sans aide mais que l'on laisse sucer d'eux-mêmes ont aussi tendance à l'échec du transfert passif. Ils n'ont probablement pas reçu le premier lait (colostrum) en temps opportun.

Élaboration de nouveaux outils

Une grande quantité de renseignements disponibles sur les protocoles et les procédures ont démontré qu'ils pouvaient améliorer la survie des veaux. La plupart sont constitués de simples listes. Toutefois, on se rend compte que la simple tenue de dossiers et l'implantation de ces protocoles de façon courante à l'étable de mise bas semblent exiger beaucoup.

Des recherches menées au Québec et au Collège de médecine vétérinaire de l'Ontario de l'Université de Guelph tentent de répondre à ces préoccupations. Une étude québécoise, menée en collaboration avec des producteurs laitiers, a élaboré et évalué un outil visant à améliorer les pratiques de conduite des veaux et des génisses. Des travaux similaires au collège évaluent la vigueur du veau à la naissance et élaborent des protocoles de conduite des veaux.

Un nombre alarmant de veaux meurent à la naissance, peu avant ou peu après, et le même nombre souffre d'une santé moins qu'optimale après leur naissance. Avoir sous la main des protocoles et des procédures pour la période précédant le vêlage, savoir reconnaître l'approche de la mise bas, se conformer aux procédures lors du vêlage et des soins des veaux immédiatement après la naissance peut vous aider à obtenir des vêlages réussis, avec de faibles taux de mortalité et une survie et une vigueur maximale des veaux.

Économies potentielles

Les vêlages difficiles réduisent la rentabilité économique de votre exploitation parce qu'ils causent une baisse de la production, de la reproduction et de la survie des vaches et des veaux. Une étude économique d'Iowa State University a évalué le coût total de la dystocie d'une génisse Holstein moyenne à 28,53 $ et la perte économique associée à une dystocie sévère à 380 $. Les pertes relatives s'élèvent à 41 pour cent de baisse de production, à 33 pour cent dans le cas de la perte de fertilité, à 7,5 pour cent de pertes de vaches et à 17 pour cent pour les pertes de veaux. Chez les vaches plus âgées, les pertes liées à la fertilité comptent pour 65 pour cent du coût de la dystocie et la perte de production devient beaucoup moins importante.

Maximiser la survie et le bien-être des veaux à la naissance nécessite une stratégie de reproduction, des installations adéquates, une tenue de dossiers, la reconnaissance des signes que le vêlage approche et la mise en œuvre des pratiques optimales à l'approche du vêlage et pendant cette manœuvre. Dans un article précédent, j'ai calculé la valeur potentielle de réduction des taux de mortinatalité ontarienne à un maximum de deux à trois pour cent, de presque huit pour cent qu'il est globalement. Certains pays scandinaves ont atteint le taux le plus bas.

Pouvons-nous atteindre ce niveau au Canada? Je crois que oui, mais les statistiques actuelles montrent que nous n'allons pas encore dans cette direction. Si nous parvenons à abaisser les pertes de veaux au même niveau que les Scandinaves, la différence pourrait signifier 17 500 veaux vivants, dont la valeur représente plus de 4 millions de dollars par année.

 


Image : hutte à veaux

Votre troupeau laitier de demain commence avec les veaux nés aujourd'hui. Réfléchissons aux éléments de base pour obtenir des animaux de remplacement qui connaissent un bon départ et deviennent les éléments vedettes productifs et en santé du troupeau laitier.


Cet article est déjà paru, en version originale anglaise, dans la chronique Ruminations de la revue The Milk Producer Magazine, décembre 2010.


Auteur : Blair Murray - Spécialiste de l'amélioration génétique des troupeaux laitiers/MAAARO
Date de création : 2 mai 2011
Dernière révision : 2 mai 2011

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