Conseils pratiques sur les pâturages

Quand vous envoyez votre troupeau laitier au pâturage, il faut modifier la gestion pour maintenir la production

Quand ils savourent un verre de lait froid, les consommateurs s'imaginent les vaches qui broutent de luxuriants et verts pâturages sous les derniers rayons du soleil d'une belle journée d'été. Pour l'éleveur, envoyer les bêtes au pâturage est synonyme d'économies de rations et de vaches qui font un peu d'exercice.

Toutefois, la gestion des vaches laitières au pâturage comporte des défis en rapport avec le maintien de la production laitière et de la prise alimentaire. Les vaches auront peut-être de la difficulté à manger assez pour répondre à leurs besoins nutritionnels. La production de lait a tendance à chuter quand les vaches paissent, souvent aussi les teneurs en gras et en protéines du lait.

Une étude menée récemment à l'université Penn State a examiné comment la gestion des pâturages affectait la prise de matière sèche, et suggéré des façons de relever ces défis. Les recherches sur les pâturages montrent que les vaches Holstein consomment l'équivalent d'environ trois pourcent de leur poids corporel par jour au pâturage. L'efficacité montrée par la vache à dévorer les herbages détermine la quantité ingérée.

Les chercheurs de Penn State ont élaboré une équation pour calculer la quantité consommée par une vache au pâturage. La prise alimentaire équivaut à la durée passée à paître, multipliée par le nombre de coups de dents, multipliée par la grosseur des bouchées.

Vous pouvez influer sur la durée de pâture en déplaçant régulièrement les vaches vers des pâturages frais; ce serait comme de pousser des rations dans les mangeoires des animaux en milieu confiné. Vous n'avez aucun contrôle sur le nombre de coups de dents, le nombre de fois par minute que les vaches coupent les herbages avec leurs dents. La hauteur et la densité des herbages déterminent la quantité de fourrages que la vache obtient chaque fois qu'elle prend une bouchée, ce qui définit la grosseur des bouchées. La hauteur idéale du foin est de 20 à 30 cm (8-12 pouces), ce qui est primordial à la grosseur des bouchées.

Les vaches qui ont une production laitière élevée mangent plus que les vaches dont le rendement est inférieur. Elles paissent plus et consomment plus de bouchées par minute. Le facteur le plus influent sur ce facteur est la grosseur des bouchées, la quantité de fourrage ingérée par bouchée.

Pour une recherche de spécialistes de l'Université Penn State, deux groupes de vaches Holstein ont brouté des quantités différentes de pâturage. L'un des groupes a reçu du fourrage équivalent à 55 livres de matière sèche (MS) par jour, l'autre à 90 livres. Les vaches étaient munies d'enregistreurs électroniques pour surveiller leur comportement de prise alimentaire et de mastication. Les chercheurs ont donné un supplément de concentré à la moitié des vaches de chaque groupe.

Les vaches nourries seulement de pâturage ont brouté pendant 617 minutes par jour, environ 10 heures, et elles prenaient une moyenne de 56 bouchées par minute. Les vaches qui ont pris des bouchées plus souvent ont souvent produit plus de lait. Les vaches qui avaient reçu du concentré en supplément ont pâturé 1,5 heure de moins que celles des groupes se nourrissant du pâturage seulement.

Le tableau 1 montre que les vaches auxquelles on avait offert plus de pâturage ont consommé sept livres de plus, sur une base de matière sèche, et produit 6,8 livres de lait de plus par jour. On a aussi noté l'incidence du supplément fourni sur la production de lait. Pour chaque livre de supplément, la production laitière a augmenté de une livre. Le tableau signale aussi qu'en présence d'un peuplement fourrager plus luxuriant, l'équivalent de 90 livres par rapport à 55 livres, on augmentait la prise alimentaire des vaches au pâturage, qui était passée précédemment de 38,5 livres à maintenant 45 livres de matière sèche.

Pour maximiser l'ingestion de fourrage d'une vache, il faut lui fournir quotidiennement de 80 à 90 livres de fourrage. Ces résultats se comparent favorablement avec d'autres recherches de par le monde. Des pâturages frais doivent être offerts après chaque traite. Le maintien sur des pâturages frais de qualité deux fois par jour donne la possibilité d'une alimentation des plus économiques et rentables.

L'offre de concentrés en supplément des pâturages réduit la quantité de fourrage dont la vache a besoin. Les chercheurs de Penn State ont élaboré certaines balises concernant l'offre de concentrés par rapport au fourrage, illustrées au tableau 2. Pour les vaches laitières au pâturage, l'énergie devient l'élément nutritif le plus limitant du rendement laitier. En donnant du concentré on satisfait mieux aux besoins énergétiques des vaches au pâturage. En augmentant la teneur énergétique on rehausse le rendement en lait et le pourcentage en protéines du lait. Toutefois, ce supplément diminue souvent l'apport en fibres, ce qui fait baisser le pourcentage en matières grasses.

Maintenir le pH dans le rumen constitue un autre défi. Si les pâturages présentent une qualité inférieure à 35 pourcent de la fibre au détergent neutre (NDF) et une digestibilité supérieure à 80 pourcent, le pH du rumen peut passer sous 5,8. Avec une NDF faible, vous pourriez observer les effets suivants sur les vaches :
o faibles teneurs de composantes du lait, surtout les matières grasses;

  • fumier plus liquide;
  • boiterie et croissance anormale des sabots;
  • consommation librement choisie de bicarbonate de sodium;
  • comportement de léchage ou ingestion de terre.

Pour compenser les faibles teneurs en fibres des vaches qui reçoivent des suppléments de concentré, surtout quand elles paissent dans des pâturages luxuriants, il faut leur donner chacune de quatre à cinq livres de foin long; on compense ainsi pour le déficit en fibres et on maintient la teneur en matières grasses et le pH du rumen à des niveaux convenables. Autre préoccupation pour les bovins au pâturage : les protéines digestibles dans l'intestin grêle. Les pâturages luxuriants tendent à contenir des teneurs élevées de ces protéines. Les vaches peuvent aussi avoir besoin de suppléments de ce type de protéines.

En modifiant votre gestion, vous connaîtrez une saison de pâturage réussie. Ce sera une excellente occasion d'abaisser les coûts de l'alimentation animale, de maintenir les vaches en activité et d'offrir aux consommateurs cette image qui leur plaît tant.

Cet article est d'abord paru à la rubrique Ruminations de la revue The Milk Producer Magazine, avril 2011.

Tableau 1. Comportement, prise alimentaire et production laitière des vaches sur des pâturages offrant deux apports fourragers, avec suppléments ou non.
 
Pâturage avec apport fourrager plus faible
(55 lb/vache/jour)
Pâturage avec apport fourrager plus élevé
(90 lb/vache/jour)
Comportement au pâturage
0 Suppl.
+ Suppl.a
0 Suppl.
+ Suppl.a
Durée de pâture, min/jour
609
534
626
522
Bouchées/minute
56
54
56
55
Ingestion (lb/jour)        
Pâturage
38,5
34,1
45,1
35,4
Supplément
-
19,1
-
19,1
Total
38,5
53,2
45,1
54,6
Production laitière, lb/jour
42,1
65,3
48,8
65,8

aVaches ayant reçu 19 lb de concentré par jour

Tableau 2. Apport du pâturage et conseils pratiques sur la disponibilité
Ingestion de matière sèche prévue (IMS) Apport du pâturage (MS)
Pâturage Concentré Total Recommandé/vache/jour
…………………… lb MS/vache/jour…………………………………………………….............
40 0 40 70-80
37 6 43 60-70
34 12 46 50-60
31 18 49 40-50

Auteur : Barry Potter - Livestock Specialist/MAAARO
Date de création : 02 décembre 2011
Dernière révision : 02 décembre 2011

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