Logement en groupes des veaux laitiers : une option gagnant-gagnant

Chaque mois, en parcourant le dernier numéro du Journal of Dairy Science, je recherche toujours en premier les articles de synthèse, c'est-à-dire les titres d'articles qui commencent par les mots « Invited Review ». Ces articles font le point sur l'état des connaissances scientifiques dans un domaine bien précis. Il n'est pas rare de voir deux ou trois cents références utilisées pour écrire ces articles. Le présent article est basé sur l'un d'entre eux et parle de la santé et du logement des veaux.

Comparer deux mondes

L'élevage des veaux dans des enclos individuels ou des huches, particulièrement pendant l'allaitement, a été fortement recommandé jusqu'à tout récemment. Ce qui était considéré comme une pratique courante dans l'industrie laitière évolue pour mieux refléter notre compréhension du comportement et du bien-être de l'animal. Il est possible qu'à l'avenir, les pratiques courantes de l'industrie fassent l'objet d'un examen de la part du consommateur, et le fait d'être proactif est un excellent moyen de démontrer notre volonté à faire les choses comme il se doit. Ce que nous percevons comme étant « normal », par exemple, séparer le veau de sa mère peu de temps après la naissance pourrait être contesté par la science et la perception du consommateur.

Plusieurs raisons ont été soulevées pour justifier l'élevage des veaux dans des enclos individuels ou des huches. On isole les veaux pour réduire la propagation de la maladie, éviter le tétage mutuel, minimiser la concurrence et faciliter la régie des veaux de différents âges, en particulier dans les petits troupeaux.

Au cours des deux dernières décennies, à mesure que la taille des troupeaux laitiers augmentait, les divers systèmes d'élevage ont évolué sur la ferme pour optimiser la main-d'œuvre et la charge de travail. L'intérêt pour le logement collectif des veaux a augmenté à mesure que les troupeaux de plus grande taille produisaient un flux régulier de veaux d'âges similaires. Cela a permis à de nombreux producteurs de loger leurs veaux en groupes par opposition au logement individuel.

De nombreuses études ont permis d'examiner le comportement des animaux logés individuellement et les interactions sociales entre les individus. Par exemple, un veau nouveau-né peut établir des liens sociaux dès la première semaine suivant sa naissance, d'abord avec sa mère, mais aussi avec les autres membres du troupeau. Au cours des semaines qui vont suivre, les veaux ont tendance à former de petits groupes, puis, plus tard, à interagir avec les animaux plus âgés.

Les veaux au sein d'un troupeau ont tendance à commencer à mâchouiller l'herbe et à ruminer alors qu'ils ont environ trois semaines et ils vont paître régulièrement avec le troupeau à l'âge de trois à six mois. Il semble que les interactions sociales permettent aux veaux d'apprendre différents comportements, comme choisir des aliments et comment pâturer. Les bovins sont des animaux sociaux. Un manque d'interaction sociale au début de la vie du veau peut avoir un impact négatif sur ce dernier. Plusieurs études ont démontré l'association entre l'isolement social et le comportement anormal et les troubles de développement chez diverses espèces.

Contact social et comportement

La relation entre l'environnement social et le comportement des veaux est bien documentée. Par exemple, les veaux élevés en groupes sont moins craintifs et plus dominants lorsqu'ils se retrouvent mêlés dans d'autres groupes plus tard dans leur vie, comparativement aux veaux élevés individuellement. Même les veaux élevés en groupes de deux sont moins craintifs que les veaux élevés individuellement. Un contact social complet avec d'autres veaux au début de la vie établit un lien plus fort et favorise de meilleures aptitudes sociales par comparaison aux veaux élevés individuellement ou avec un contact visuel ou physique minimal avec d'autres veaux. Il en est de même pour les veaux socialisés plus tard, par exemple après le sevrage.

Bien que les producteurs laitiers s'efforcent d'éviter tout changement drastique dans leur troupeau de vaches, il est difficile de les éliminer complètement. Les changements dans l'alimentation, l'emplacement des enclos, les compagnes d'enclos, les systèmes de logement ou de litière, ou même un nouveau système de traite ou de nouvelles procédures de traite, ainsi que le personnel peuvent tous être une source de stress pour les vaches. Selon des études, les veaux élevés individuellement présentent plus de réactions indésirables aux changements environnementaux que les veaux élevés dans un groupe. Les capacités globales d'adaptation des animaux élevés en groupe sont meilleures que leur contrepartie individuelle. Ils ont tendance à montrer moins de réactivité aux contraintes, ont moins de symptômes de stress lorsqu'ils sont placés dans un nouvel enclos avec des animaux inconnus et sont moins réticents à consommer un nouveau type d'aliment. En fin de compte, l'élevage en groupes au début de la vie améliore la capacité des animaux à s'adapter aux environnements changeants de l'étable.

Le logement collectif est bénéfique pour les veaux, mais aussi pour le producteur laitier, car ce système réduit la charge de travail et économise du temps. Il est également associé à une augmentation de la consommation en matière sèche et, par conséquent, à une augmentation du gain quotidien moyen chez les veaux laitiers élevés en groupe par rapport à ceux élevés individuellement. Lorsque les veaux sont en contact avec les autres membres du troupeau, ils ont envie de goûter à des aliments solides à un plus jeune âge et à manger davantage, surtout avant le sevrage. De plus, lorsqu'ils sont en groupes, les veaux consomment plus de concentrés et le processus de la rumination apparaît à un âge plus précoce. En outre, ces animaux démontrent un stress réduit au moment du sevrage et des mélanges d'animaux.

Tétage mutuel

Les producteurs laitiers ont rapidement adopté des systèmes d'alimentation automatisés dès qu'ils sont apparus sur le marché, particulièrement ceux conçus pour les veaux dans des logements en groupe. L'une des principales préoccupations à l'égard de ces systèmes était le potentiel de tétage mutuel. Une régie appropriée peut vous aider à atténuer ce problème. L'utilisation d'une tétine au lieu d'un seau pour allaiter le veau réduit considérablement ce comportement. La capacité du système d'allaitement à fournir du lait de façon fréquente couplée à un programme d'alimentation au lait amélioré réduit au minimum l'incidence de tétage mutuel. Des études récentes indiquent que chez les veaux sevrés lentement avec un système d'alimentation automatique, l'incidence de tétage mutuel est minimale, surtout lorsque les veaux consomment déjà des quantités importantes d'aliments solides.

Concurrence

Vous pouvez mettre en œuvre certaines stratégies de gestion pour diminuer la concurrence et l'agression entre les animaux. Idéalement, une tétine par veau réduit la concurrence. Placer des barrières entre les tétines peut également aider. Pour les systèmes d'alimentation automatisés, la réduction du nombre de veaux par station et la mise en place de stalles d'alimentation visant à limiter les agressions devraient atténuer le problème. Offrir moins de portions, mais des portions plus généreuses peut également réduire le problème de concurrence, particulièrement chez les veaux plus âgés, car ils ont tendance à consommer naturellement moins de repas par jour, mais des repas plus gros.

Le maintien d'un groupe stable peut diminuer le comportement agressif chez les veaux. Lorsqu'il faut absolument mêler des animaux sevrés, le regroupement qui inclut au maximum deux groupes auparavant stables entraînera moins d'agressivité que les autres options de mélange. Les groupes composés de veaux de taille similaire seront moins compétitifs et donneront de meilleurs résultats.

Santé

Les problèmes de santé les plus courants chez les jeunes veaux sont les diarrhées et les maladies respiratoires. Ils ne sont toutefois pas systématiquement associés au logement collectif. En d'autres termes, la santé des veaux ne dépend pas du système de logement, mais plutôt de la façon dont elle est gérée. Le mode d'allaitement, l'hygiène, la ventilation, la gestion du colostrum, l'alimentation, la surveillance de la santé et un programme de vaccination ont tous un impact sur le succès d'un système d'élevage.

Élever des veaux laitiers en groupes dès le plus jeune âge est une option gagnant-gagnant, tant pour les animaux d'élevage que pour les producteurs laitiers. Le veau peut bénéficier d'une interaction sociale améliorée propice au bien-être. Le producteur bénéficie d'une meilleure performance animale dans un système qui lui permet d'économiser du travail et du temps.

Référence - Invited review :

Effects of group housing of dairy calves on behavior, cognition, performance, and health. Journal of Dairy Science Vol. 99 No. 4, 2453-2467, 2016.

Article initialement publié en anglais dans la revue « Milk Producer ».


Auteur : Mario Mongeon, Spécialiste en productions animales /MAAARO
Date de création : décembre 2016
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