Réduire le phosphore dans les rations, c'est plein de bon sens

Le fait de donner des rations avec une teneur plus élevée en phosphore (P) que celle qui est recommandée n'améliore pas le rendement laitier de votre troupeau ni sa performance de reproduction. C'est donc à la fois avantageux d'un point de vue économique et environnemental si vous ne donnez pas à vos vaches laitières des quantités trop élevées de phosphore.

Selon la Loi relatives aux aliments du bétail de l'Agence canadienne d'inspection des aliments, l'exigence minimale en P alimentaire pour les vaches laitières est de 0,30 pour cent d'ingestion de matière sèche. Le National Research Council (NRC) américain a calculé que le P devrait constituer de 0,33 à 0,38 pour cent de la matière sèche ingérée. Pourtant de nombreux producteurs laitiers en donnent de 0,5 à 0,6 pour cent à leurs vaches très productives.

Les recherches ont indiqué que l'on pouvait réduire le P alimentaire de 30 à 40 pour cent en deçà de ces niveaux sans nuire à la production laitière ni à la qualité. Il n'y aura pas non plus d'effet négatif sur la performance de reproduction.

Ainsi un essai effectué récemment en Californie a suivi deux groupes de vaches qui ont reçu des aliments ayant deux teneurs différentes de phosphore. L'un des groupes recevait le niveau de 0,37 pour cent recommandé par le NRC américain et l'autre 0,57 pour cent.

Les chercheurs ont examiné les éléments suivants chez les vaches :

  • nombre de jours avant la première augmentation de progestérone;
  • nombre de jours avant la détection des premières chaleurs;
  • nombre de jours avant la première intervention par le soigneur du troupeau;
  • taux de conception à la première intervention.

Ils n'ont trouvé aucune différence dans ces mesures pour les deux groupes. Les résultats étaient similaires pour les éléments suivants :

  • taux de conception à 30 jours;
  • nombre de jours où une vache est non saillie;
  • interruption de gestation entre 30 à 60 jours;
  • taux d'ovulations multiples;
  • incidence de l'anovulation au jour 71 sur le lait.

Il n'y a pas de différence dans la durée de l'oestrus, le nombre moyen de montes par oestrus ou la durée totale de l'activité de monte pendant l'oestrus.

Au Wisconsin une recherche a examiné les mêmes teneurs en phosphore données à deux différents groupes et a surveillé la production laitière. Les deux groupes ont produit des quantités égales de lait (voir le graphique).

L'ingestion de phosphore alimentaire n'affecte pas le rapport calcium phosphore. Les vaches peuvent s'adapter à de larges intervalles du rapport Ca:P du moment que les aliments qu'elles reçoivent comblent leurs besoins individuels pour chacun des minéraux.

Les recommandations du NRC en 2001 avaient rajustées ce que l'on croyait de la capacité d'assimilation du P par la vache. On supposait jusque-là que 50 pour cent du P étaient disponibles dans tous les aliments. On croit maintenant que 64 pour cent du P se trouvent dans les fourrages et 70 pour cent dans les concentrés. De nouvelles recherches signalent que ces données seraient faibles. Aussi, non seulement les recommandations ont-elles réduit les exigences en P alimentaire, mais elles ont aussi rajusté les quantités de ce que vos vaches retirent de chaque type d'aliments. Les recherches signalent qu'il est difficile de formuler une ration déficiente en P, même sans supplément de P.

D'un point de vue économique, le fait d'abaisser la teneur en P à 0,37 comparé à 0,57 pour cent pourrait réduire le coût en P de 716 $ par année par 100 vaches. Ce calcul est basé sur le prix du phosphate bicalcique qui est de 13 $ le sac de 25 kg, chaque vache en consommant 13,8 kg par année.

Tout en permettant d'économiser, la réduction de phosphore à des teneurs recommandées dans l'alimentation bovine protège l'environnement. Diminuer la quantité de P dans les rations abaisse la quantité de P excrétée dans le fumier. Par exemple, supposons une vache laitière en lactation qui produit en moyenne 9 100 kilogrammes de lait sur 305 jours et qui reçoit une ration avec 3,8 grammes de P par kg de matière sèche alimentaire. Vous aurez besoin de 1 acre de culture pour recycler le phosphore excrété dans le fumier. Si vous avez donné du phosphore au taux de 5,7 grammes, vous aurez besoin de deux acres par vache.

Les vaches avec un régime à haute teneur en phosphore (0,57 pour cent) en excrètent jusqu'à 50 grammes par jour dans leur fumier. C'est l'équivalent de plus de 18 kg de P dans le fumier par année. Les vaches qui consomment moins de phosphore, autour de 0,30 pour cent, en excrètent 22,7 pour cent moins dans leur fumier. De manière générale les chercheurs concluent que pour chaque gramme par jour de réduction de P alimentaire, il y a une baisse de 0,55 gramme par jour de P excrété.

Les éléments nutritifs comme le phosphore excrété dans le fumier animal et qui sont épandus en trop grandes quantités dans les champs peuvent ruisseler dans les voies d'eau. C'est l'une des causes de la pollution des eaux de surface et souterraines.

En élaborant un plan de gestion des éléments nutritifs pour mieux équilibrer les besoins en éléments nutritifs de votre exploitation, vous pouvez évaluer le programme nutritionnel de votre troupeau d'un point de vue environnemental. En plus de réduire les risques environnementaux sur votre ferme, avec de meilleures stratégies d'ingestion de P vous abaissez vos coûts de production.

Cet article est d'abord paru à la rubrique Ruminations du Milk Producer Magazine, mai 2005.

Graphique montrant l'impact de la réductin du phosphore sur la lactation

Texte relié à la photo


Auteur : Barry Potter - spécialiste de l'élevage du bétail
Date de création : 01 mai 2005
Dernière révision : 01 mai 2005

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