Réussir la reproduction

La réduction des cas de mammite contribue aussi à atténuer les troubles liés à la performance de reproduction

Dans le cadre d'une étude récente visant à comprendre la piètre performance de reproduction d'un troupeau laitier, les relevés de Dairy-Comp305 ont montré un comptage de cellules somatiques (CCS) élevé pour six vaches sur sept, au cours de leur premier test. Ces résultats laissent croire que les vaches souffraient de mammite depuis le vêlage. Deux de ces vaches présentaient un CCS élevé, ce qui indique la présence d'infections cliniques graves. Cinq autres vaches sur neuf qui n'avaient pas encore été inséminées après le vêlage avaient connu au moins un épisode de mammite depuis le vêlage.

Dans le cas de ce troupeau, en réglant un irritant, la mammite, on a aussi amélioré la performance de reproduction. Il est clair qu'il y avait un lien direct entre les deux.

Des recherches menées en Ontario, en 2001, ont montré que le taux de conception rate était inférieur dans le cas des vaches qui avaient contracté une mammite clinique dans les 30 jours précédant l'insémination. Un examen des registres de reproduction de 57 troupeaux pendant deux ans a permis aux chercheurs d'établir que le taux de conception à la première insémination était de 47 pour cent dans le cas des vaches non atteintes de mammite, mais qu'il chutait à 31 pour cent dans le cas des vaches qui avaient une mammite. Globalement, les taux de conception des deux groupes étaient plus rapprochés après de multiples inséminations, soit 46 pour cent pour les vaches sans mammite et 38 pour cent pour celles qui étaient infectées.

Certaines vaches semblaient s'être remises et sont devenues gestantes après d'autres inséminations. Toutefois, le faible taux de conception à la première insémination fut coûteux, et les répercussions sur la reproduction ont varié selon les troupeaux.

Depuis les dix dernières années, plusieurs chercheurs se sont penchés sur le lien entre la mammite et la reproduction. Leurs travaux montrent que la présence simultanée de ces deux problèmes, lorsque les vaches contractent la mammite en début de lactation, ne relève pas du hasard. La mammite a un effet direct sur la performance de reproduction.

D'autres études ont examiné comment la mammite affecte la performance de reproduction, les problèmes qui en découlent et pourquoi ces effets négatifs se manifestent. Jusqu'à maintenant, nous avons appris que la mammite en début de lactation ou durant la période d'accouplement provoque les effets suivants ou contribue à les causer :

  • intervalles anormaux entre les œstrus;
  • hausse du nombre d'inséminations par conception;
  • avortement;
  • mort embryonnaire prématurée;
  • faible fertilité embryonnaire.

Intervalles anormaux

Une étude antérieure a fait mention de vaches atteintes d'une mammite à E.Coli entre l'œstrus et l'insémination artificielle (IA), ou entre les inséminations. On a observé chez ces vaches une fréquence accrue des chaleurs, ou des intervalles anormalement longs ou courts entre ces dernières, comparativement aux autres vaches non infectées du troupeau. Les chercheurs ont présumé que les endotoxines produites par la mammite à E. coli avaient un effet direct sur la circulation des hormones dans l'organisme, ce qui avait en fin de compte une incidence sur les fonctions reproductrices.

Nombre d'inséminations par conception

Afin de vérifier si le moment auquel se manifeste la mammite en début de lactation avait un effet sur la performance de reproduction, des chercheurs ont examiné des cas de mammite survenant avant la première insémination, entre la première insémination et le diagnostic de gestation et après le diagnostic de gestation.

Dans le cas des vaches qui avaient contracté une mammite avant leur première IA, la période précédant la première IA était plus longue, soit 94 jours. Les vaches qui n'avaient pas contracté de mammite avant la première insémination avaient été inséminées à 71 jours. Dans le cas des vaches qui avaient contracté une mammite entre la première IA et le diagnostic de gestation, le nombre d'inséminations par conception était plus élevé comparativement à celles qui avaient contracté une mammite avant le début des inséminations ou après la confirmation de la gestation. L'effet le plus marquant de la mammite est la hausse de l'intervalle vêlage conception.

Avortement

Une autre étude américaine s'est penchée sur l'incidence du moment auquel se manifeste la mammite sur la reproduction. Des chercheurs ont trouvé que les taux de conception étaient moins élevés chez les vaches qui avaient eu la mammite durant la période de reproduction. Lorsque les vaches sont devenues gestantes, le taux d'avortement entre 42 et 180 jours après l'IA était plus élevé chez les vaches qui avaient eu une mammite à n'importe quelle période du cycle de reproduction. L'intervalle entre le vêlage et la prochaine conception était plus long dans le cas des vaches qui avaient eu une mammite que les autres.

Mort embryonnaire

Deux études dans lesquelles on a utilisé des ultrasons pour diagnostiquer la gestation ont montré que les cas de mort embryonnaire étaient plus fréquents chez les vaches qui avaient eu des mammites cliniques ou subcliniques. Dans l'une des études, on a examiné les vaches à 31 et 45 jours après l'IA pour vérifier la gestation. Les vaches qui avaient eu une mammite entre l'IA et le diagnostic de gestation avaient 2,8 fois plus de chance de perdre leur veau entre 31 et 45 jours que celles qui n'avaient pas eu de mammite.

Dans la seconde étude, les risques de mort embryonnaire détectée à 45 jours après l'IA chez les vaches atteintes de mammite subclinique, révélée par un CCS élevé, étaient de 2,4 fois plus élevés que dans le cas des vaches présentant un CCS inférieur. Il est cependant étonnant de constater que les mammites cliniques et subcliniques avaient les mêmes répercussions sur les risques de mort embryonnaire.

Fertilité

Des chercheurs ont montré que la réponse immunitaire d'une vache, dans les cas de mammite clinique et subclinique, peut provoquer la production et la circulation de substances susceptibles d'être néfastes pour le système reproducteur.

Ainsi, certaines substances, liées à la réponse immunitaire, contribuent à élever les concentrations naturelles de prostaglandine qui circulent dans l'organisme de la vache. La plupart des producteurs savent que des taux plus élevés de prostaglandine nuisent à la saine fixation du corps jaune et au bon déroulement de la gestation, et peuvent entraîner la mort embryonnaire.

D'autres hormones, comme l'hormone lutéinisante (LH), sont également essentielles au bon déroulement du cycle reproducteur. La mammite active la réponse immunitaire et la production de cortisol, l'hormone du stress, ce qui réduit les concentrations de LH, et compromet ainsi le développement des follicules et l'ovulation et, par conséquent, la réussite de la reproduction.

La température corporelle des vaches atteintes de mammite clinique est souvent élevée. Le stress thermique qui en découle ralentit le développement des oocytes, les cellules à partir desquelles les ovules se développent. Cette situation réduit les taux de fécondation et diminue la qualité des embryons produits. Ces modifications affectent aussi la réussite de la reproduction.

La mammite peut entraîner une perte d'appétit chez les vaches fraîches, occasionnant une détérioration de l'état de chair et un équilibre énergétique négatif. Des périodes prolongées d'équilibre énergétique négatif retardent la reprise du cycle ovarien après le vêlage, ce qui là encore réduit les chances de réussir la reproduction.

Moyens d'intervention

Alors que des études antérieures sur le lien entre la mammite et la fonction reproductrice avaient montré que les infections causées par des bactéries Gram-négatives comme E. coli avaient des conséquences plus graves, des études subséquentes ont permis de constater que le type de bactéries causant la mammite était en fait moins important qu'on ne le croyait. Les recherches doivent cependant se poursuivre pour évaluer l'importance des différentes bactéries en cause.

Entretemps, d'autres recherches ont clairement démontré qu'un nouveau type de mammite subclinique peut être aussi dévastateur pour les fonctions reproductrices que les mammites qui rendent les vaches visiblement malades.

Quel que soit le type d'infection, le producteur et son vétérinaire devraient tenter d'évaluer le rôle joué par la mammite dans la réduction de la performance de reproduction du troupeau. L'évaluation des paramètres entourant les cas de mammite devrait être au cœur de toute recherche sur les problèmes de reproduction d'un troupeau.

Il est rarement possible d'améliorer la performance de reproduction de troupeaux présentant des taux élevés de mammite durant la période de reproduction sans réduire le nombre d'infections en début de lactation. Bien que les traitements contre les CCS élevés et la mammite soient coûteux, il demeure important d'intervenir en raison des répercussions additionnelles de ces problèmes sur la performance de reproduction.

Il ne faut pas sous-estimer l'importance de la santé du pis en matière de performance de reproduction, surtout à l'arrivée du temps chaud et humide. Ces conditions ouvrent habituellement la voie à une hausse des cas de mammite chez les vaches en début de lactation, comparativement aux autres périodes de l'année.

Il serait prudent de chercher les meilleurs moyens d'aider les vaches à se prémunir contre les risques accrus de mammite. L'amélioration de la ventilation ainsi qu'une meilleure gestion des enclos de maternité et de l'alimentation des vaches taries peuvent être utiles pour prévenir la mammite tout en améliorant la performance de reproduction des vaches.

Quel que soit le type d'infection en cause, il est important d'évaluer le rôle que la mammite peut jouer sur la piètre performance de reproduction d'un troupeau.

Cet article a initialement été publié dans le numéro de juin 2010 du Milk Producer Magazine.


Auteur : Ann Godkin - vétérinaire en prévention des maladies des bovins laitiers et de boucherie/MAAARO
Date de création : Août 2010
Dernière révision : Août 2010

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