Ruminer sur la rumination

En quoi consiste la rumination?

La rumination est le processus par lequel la vache régurgite et remâche les aliments précédemment consommés. Les particules les plus grosses dans le rumen sont triées dans le réticulo-rumen et retournent dans la bouche pour être mastiquées de nouveau, afin d'en réduire la taille et, du fait même, accroître la surface de l'aliment. Ce processus physique améliore le taux de digestion et permet d'accroître les niveaux de consommation alimentaire, et conséquemment la quantité d'éléments nutritifs. Au fur et à mesure que la vache rumine, elle produit de la salive, beaucoup de salive. Sur une base quotidienne, une vache laitière typique peut produire de 98 à 190 litres de salive. Un des principaux rôles de la salive est de maintenir le pH du rumen. En termes plus simples, la salive contient des bicarbonates qui permettent de minimiser les fluctuations du pH ruminal. Pour une fermentation ruminale et une digestion des fibres optimales, les microorganismes du rumen requièrent un pH ruminal entre 6,0 et 6,4. Le pH du rumen peut fluctuer sous ce niveau pendant de courtes périodes. Cette baisse du pH ruminal résulte de la dégradation de glucides, tels que l'amidon de céréales ou de sous-produits. C'est la raison pour laquelle il est préférable de servir les concentrés en plusieurs petits repas répartis dans la journée plutôt que de les servir en un seul repas. C'est aussi la raison pour laquelle une ration totale mélangée (RTM) contribue à maintenir le fonctionnement optimal du rumen.

La durée de la rumination dépend du régime alimentaire. La consommation quotidienne de fourrage-NDF est liée de façon positive au temps de rumination, tandis que la consommation quotidienne d'amidon et de glucose affecte de façon négative le temps de rumination. L'alimentation de grandes quantités de concentrés ou d'aliments finement broyés réduit la rumination. Il est essentiel que la ration contienne des quantités suffisantes de fibres longues pour stimuler la rumination. Selon la forme et la composition des fourrages, une vache prendra de 24 à 80 minutes pour ruminer un kilogramme de fourrage consommé.

Les valeurs de l'ADF et de la NDF d'un échantillon de fourrage analysé en laboratoire seront les mêmes, quelle que soit la taille du fourrage, long, finement broyé, ou haché pour l'ensilage. Il existe toutefois des différences dans la façon dont ces fourrages affectent le fonctionnement du rumen. Plus le broyage est fin, moins le fourrage est efficace pour stimuler la rumination et la production de salive. La composition chimique à elle seule n'est donc pas suffisante pour définir l'efficacité de la fibre. L'utilisation d'un séparateur de particules pour évaluer la teneur en fibres efficaces peut être un outil précieux pour optimiser le temps de rumination.

Rumination, confort et sommeil

Oui, les bovins dorment. Les vaches passent moins de 4 heures par jour à dormir réparties en sommeil non-MOR (3 heures par jour) et en sommeil MOR (45 minutes par jour). Le sommeil MOR réfère au stade du sommeil profond; il se reconnaît facilement par les mouvements rapides et apparemment aléatoires des yeux fermés, d'où son nom (Mouvements Oculaires Rapides). Des études antérieures ont montré que la rumination procure des bienfaits physiologiques à l'animal semblables à ceux qu'un sommeil profond procure.

L'électroencéphalogramme (EEG) d'une vache montre un modèle d'ondes cérébrales pendant des épisodes de rumination qui est semblable à celui en état de sommeil ou de somnolence. L'activité de rumination est étroitement associée à la somnolence et peut même se produire quand une vache s'endort au stade non-MOR.

Les vaches passent généralement le tiers de leur journée à ruminer. Elles mangent rapidement en mastiquant au minimum au lieu d'alimentation. Une fois le repas ingéré, les vaches préfèrent ruminer en étant couchées. Selon des études, jusqu'à 90 % de la rumination peut se produire dans les stalles et une augmentation de 2 % du temps de repos augmente le temps de rumination de 7 %. L'accès à des stalles confortables est essentiel pour optimiser le processus de rumination. La régie qui nuit au temps de repos d'une vache réduit également la rumination.

Les vaches peuvent volontairement contrôler la rumination et s'arrêteront si elles sont dérangées ou mal à l'aise. La rumination est très sensible au bien-être général de la vache. Le stress aigu ou chronique peut considérablement réduire le temps de rumination. Une rumination de moindre durée signifie que les longues particules fibreuses resteront plus longtemps dans le rumen et laisseront la sensation que le rumen est plein. Cela réduira le taux de passage et la consommation totale de nourriture, et aura un impact négatif sur la production de lait.

Surveiller la rumination

L'utilisation de données de rumination à la ferme à partir de capteurs attachés aux vaches est de plus en plus courante. Cette technologie de gestion de précision peut être un outil précieux pour évaluer le bien-être du troupeau ou d'animaux individuels. Puisque la rumination est extrêmement sensible aux facteurs de stress, cette évaluation peut révéler des problèmes avant même qu'ils ne soient visibles, surtout s'ils sont utilisés en combinaison avec des moniteurs d'activité. Par exemple, une étude présentée l'été dernier a révélé qu'un cas de caillette déplacée pouvait être détecté 3 jours avant que les signes cliniques ne commencent à apparaître. Pour la cétose, c'était un jour et demi, alors que pour la métrite et la mammite, les données ont pu détecter la maladie presque une journée avant les signes cliniques.

Le gestionnaire de troupeau peut s'appuyer sur des capteurs de rumination pour prendre et valider les décisions de gestion. Des résultats intéressants ont été obtenus à la suite d'un essai effectué dans un troupeau commercial. Dans cet essai de sept jours, un groupe de vaches de première lactation ont partagé les mêmes installations que des vaches adultes et la durée de rumination quotidienne a été enregistrée. Par la suite, les vaches de première lactation ont été déplacées dans un autre enclos et les données de rumination ont révélé que le temps moyen de rumination est passé de 363 minutes à 428 minutes par jour, soit une augmentation de 18 % ou environ une heure.

Le temps de rumination moyen pour les vaches laitières est de 450 minutes à 550 minutes par jour. L'objectif est d'avoir une variation minimale entre les vaches dans un même enclos, moins de 30 à 50 minutes entre les individus dans un même enclos. Tout écart par rapport à la valeur de référence est ce que le gestionnaire doit rechercher. C'est une indication que les fonctions du rumen sont altérées. Un graphique indiquant le temps de rumination est une excellente façon de voir les données individuelles des vaches, ainsi que de l'ensemble du groupe. La surveillance de la rumination permet un dépistage précoce des problèmes de santé et peut contribuer à appuyer des stratégies de gestion comme le regroupement, la densité de logement et la réduction du stress thermique entre autres.

Effet de divers facteurs environnementaux et sanitaires sur le temps de rumination par jour.

Stress dû à la chaleur
réduit 10 à 22 %
Attachées trop longtemps
réduit 14 %
Enclos à parités mixtes
réduit 15 %
Surpeuplement
réduit 10 à 20 %
Vêlage
réduit 30 à 50 %
Oestrus
réduit 15 %
Taillage des sabots
réduit 0 à 10 %
Mammite
réduit 10 à 25 %

Références

  • Variations in automatically recorded rumination time as explained by variations in intake of dietary fractions and milk production, and between-cow variation. Byskov, M V; Nadeau, E; Johansson, B E O; Nørgaard, P. J. Dairy Sci. 2015; 98:3926-3937.
  • Effect of alternative models for increasing stocking density on the short-term behavior and hygiene of Holstein dairy cows. Krawczel PD1, Mooney CS, Dann HM, Carter MP, Butzler RE, Ballard CS, Grant RJ. J. Dairy Sci. 2012 May; 95(5):2467-75.
  • Relationships between rumination time, metabolic conditions, and health status in dairy cows during the transition period. Soriani N1, Trevisi E, Calamari L. J Anim Sci. 2012 Dec;90(12):4544-54
  • Use of a rumination and activity monitoring for the identification of dairy cows with health disorders. Matias L. Stangaferro, Robert Wijma, Cristian E. Quinteros, Miranda M. Medrano, Magdalena Masello, Julio O. Giordano, Department of Animal Science, Cornell University, Ithaca, NY. ADSA-ASAS JAM 2015, Abstract #356

Article initialement publié en anglais dans la revue « Milk Producer ».


Auteur : Mario S. Mongeon, Spécialiste en productions animales/MAAARO
Date de création : janvier 2016
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