Qu'en est-il au juste des cellules somatiques

Les producteurs clament souvent que si le comptage des cellules somatiques (CCS) tombe trop bas, il faudra s'attendre à voir un plus grand nombre de mammites dans le troupeau. Ils parlent en général de mammite clinique, en d'autres mots, lorsque la vache montre des signes de maladie, que les quartiers sont chauds et durs et que le lait produit est anormal.

Des chercheurs américains et hollandais ont mené une étude pour savoir si les vaches d'un troupeau avec un comptage de cellules somatiques (CCS) faible étaient plus portées à développer les symptômes d'une mammite clinique. Ils ont voulu trouver de quelle manière les vaches atteintes de mammite clinique différaient des vaches avec un CCS plus élevé, mais qui en même temps, ne présentaient pas les symptômes de mammite clinique.

Dans le troupeau de l'étude, on comptait 90 vaches en lactation, et le test de CCS au réservoir était effectué environ à toutes les deux semaines. Sur une période de 12 ans, seulement 10 des 288 tests effectués ont révélé un décompte supérieur à 200 000 cellules par millilitre. Durant la période de l'étude, on a constaté une faible incidence de mammite subclinique (sans signe d'infection apparent chez la vache). Cependant, l'incidence de mammite clinique fut élevée et la bactérie E. coli a été le principal agent pathogène, avec 43 % des cas de mammites cliniques du troupeau.

Lorsque les chercheurs ont étudié les vaches souffrant de mammite clinique pour identifier des caractéristiques communes, ils ont trouvé que ces dernières avaient déjà été rapportées antérieurement dans d'autres études. La mammite clinique affecte davantage les fortes productrices et se produit surtout en début de lactation. Les vaches atteintes étaient plus minces, avec un indice de chair égal à 1. Elles avaient également souffert de rétention placentaire et de fièvre du lait. Les vaches de troupeaux exempts de mammite clinique présentaient un meilleur indice de chair, de 3 à 3,75, et n'ont pas eu de rétention placentaire ni fièvre du lait.

Les chercheurs ont aussi trouvé que les vaches qui contractaient la mammite clinique avaient un CCS plus bas avant l'infection comparativement aux vaches de troupeaux non infectés. Par surcroît, plus le CCS de la vache était bas avant l'infection, plus la mammite clinique fut grave.

D'après cette étude, il semble que certaines vaches avec un décompte cellulaire peu élevé ont un système immunitaire amoindri et combattent moins bien les infections bactériennes. Certains types de mammite, tels que E. coli, ont de meilleures chances de causer des cas graves de mammite - assez graves pour que des symptômes cliniques apparaissent.

Les animaux avec un CCS entre 0 et 20 000 étaient plus vulnérables à la mammite clinique. Pour que le décompte individuel de cellules somatiques soit considéré comme un facteur d'importance dans la mammite clinique, il doit être très bas.

Bien que les résultats de cette étude soient vrais pour ce troupeau, il peut en être autrement dans d'autres troupeaux. L'étude doit se poursuivre.

Mentionnons que la majorité des vaches de l'étude avec un CCS faible n'ont pas contracté la mammite. Mis à part le CCS, il y a d'autres facteurs qui peuvent influencer le développement de la mammite chez la vache. Certains sont reliés à la rétention placentaire et à la fièvre du lait, tandis que d'autres à l'environnement et au logement.

D'autres chercheurs ont étudié des troupeaux présentant un taux plus élevé de mammites cliniques pour déterminer comment les facteurs relatifs à la régie et aux installations pouvaient être associés à la maladie. Ils ont étudié le taux de mammite clinique annuel dans 171 troupeaux et les ont associés à différentes pratiques de gestion, de stabulation et d'hygiène.

Les troupeaux présentant un taux élevé de mammite clinique avaient un plus grand nombre de vaches avec des trayons écrasés et des trayons qui dégouttaient. Les chercheurs ont aussi remarqué que l'agriculteur avait négligé de désinfecter le parc de vêlage. Dans ces troupeaux, le CCS au réservoir était faible et la désinfection des trayons après la traite était une pratique courante.

Les blessures aux trayons et l'écoulement de lait sont souvent attribués à la conception des stalles et de la plate-forme. Quant aux parcs de vêlage non désinfectés, il se peut qu'il y ait beaucoup de vêlages et que les parcs ne se vident jamais ou bien que le nombre d'enclos soit insuffisant ou encore que le nettoyage nécessite trop de temps et de force manuelle. En considérant que ces facteurs étaient associés au nombre plus élevé de mammites cliniques, il est fort d'admettre que la conception des étables soumises à l'étude ne procure pas un environnement suffisamment propre et sain pour prévenir ce surnombre de mammites cliniques.

L'emploi d'un bain de trayon après la traite semble prédisposer certains troupeaux avec un CCS très bas à un nombre plus élevé de mammites cliniques, surtout à E. coli. Présentement, les mesures d'hygiène durant la traite visent principalement à prévenir la transmission des mammites contagieuses comme la bactérie Stap. aureus. Certaines de ces mesures ne sont pas vraiment nécessaires dans les troupeaux avec un faible décompte cellulaire et dans lesquels on a réussi à éliminer les sources de mammite contagieuse et à conserver cet état d'hygiène. En Ontario toutefois, ces troupeaux sont très rares

Comme la présente recherche l'a démontré, les facteurs qui prédisposent les vaches avec un faible CCS à contracter une mammite clinique sont la stabulation, la régie, les pratiques de traite et l'animal lui-même. La recherche doit se poursuivre pour définir plus amplement les pratiques pouvant réduire au maximum les cas de mammites cliniques..

Revue Ontario Milk Producer, Janvier 2002


Auteur : Ann Godkin - DMV/MAAARO
Date de création : Janvier 2002
Dernière révision : Janvier 2002

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