Gérer l'état corporel et éviter la boiterie ont des objectifs communs

Il y a un regain d'intérêt à l'égard de la notation de l'état corporel des bovins laitiers, en raison de certaines nouvelles technologies qui utilisent l'imagerie électronique pour la mesurer, mais aussi à cause de la recherche qui démontre une relation entre la note d'état corporel (BCS) et la boiterie.

Les recommandations de gestion concernant la note d'état corporel au tarissement ont changé avec le temps. La plupart des nutritionnistes recommandent maintenant une note d'état corporel dans la gamme de 3,25 à 3,50. Cette recommandation découle de nombreux travaux de recherche ayant démontré les avantages à éviter l'embonpoint chez les vaches, afin d'amenuiser les troubles métaboliques, comme l'acétonémie.

Plus récemment, cependant, les chercheurs se sont penchés sur le lien entre la note d'état corporel et la santé des sabots et des onglons. Au Canada, le taux de réforme des vaches affectées par des problèmes aux pieds et aux membres est environ 6 % par année. Pour les producteurs, la boiterie est considérée comme un problème important à résoudre. Il est donc encore plus important de comprendre tous les facteurs qui peuvent contribuer à réduire la boiterie.

Des chercheurs allemands ont récemment publié les résultats d'une étude préliminaire qui a porté sur l'épaisseur de gras dorsal et le métabolisme énergétique chez des vaches en transition et le développement d'hémorragies de la sole au cours des deux premiers mois de lactation. Des travaux antérieurs aux États-Unis avaient démontré un lien entre des vaches maigres (BCS inférieur à 2,5) au vêlage et une incidence plus élevée de boiterie pendant la lactation. On a pensé que le rôle des coussinets digitaux pour amortir les chocs était réduit chez les vaches minces, ce qui peut avoir affecté la santé des onglons.

L'étude allemande a été menée dans trois fermes en stabulation libre, chacune ayant ses propres conditions de gestion, de logement et de revêtement de plancher. Toutes les vaches, 146 au total, ont reçu une ration totale mélangée et leurs sabots ont été taillés deux fois par année. Les sabots n'ont pas fait l'objet d'une routine de taillage pendant la période d'étude. On a mesuré le gras dorsal au moyen d'ultrasons deux à trois semaines avant le vêlage, puis quatre et huit semaines après le vêlage. Les chercheurs ont calculé la différence de la couche de gras dorsal entre la première et la dernière mesure.

Un écart de plus de 10,3 millimètres de la couche de gras dorsal après le vêlage a été associé à des problèmes de santé liés à un bilan énergétique négatif ou à une plus grande mobilisation des graisses. De plus, des échantillons de sang ont été prélevés et des photographies du sabot ont été effectuées une semaine et huit semaines après le vêlage. Toutes les photographies (deux examens de chaque vache) ont été examinées par un chercheur qui ne savait pas de quelle vache les photographies provenaient, de sorte qu'il n'a pas été influencé par l'état corporel de l'animal. Les photographies des sabots étaient évaluées sur une échelle numérique de zéro à six, avec des critères assignés à chaque point. La note zéro indiquait une sole saine sans altérations, tandis que les notes faibles, comme un ou deux, étaient liées à des hémorragies très légères dans des endroits spécifiques ou à une coloration jaune et un ramollissement de la sole entière. La note de six, la note la plus haute, indiquait des hémorragies bien définies sur l'ensemble de la corne de la sole et des ulcères de sole. Dans cette étude, la sole a été définie comme étant la zone en contact avec le sol. Les chercheurs ont supposé que les hémorragies de la sole seraient une étape préliminaire de la boiterie.

Pour chacune des vaches de l'étude, une note globale de l'état des onglons a été établie aux deux extrémités de la période, à une semaine et à huit semaines après le vêlage. Comme on pouvait s'y attendre, il n'y avait pas de différence importante dans l'épaisseur de gras dorsal du tarissement jusqu'au début de la lactation, car la plupart des producteurs ont essayé de gérer l'état corporel pendant la période de tarissement pour éviter que les vaches gagnent ou perdent du poids. Après le vêlage, la couche de gras dorsal a diminué à mesure que l'énergie provenant des graisses emmagasinées était mobilisée pour fournir l'énergie requise par la vache pour produire le lait.
Selon les notes totales obtenues, les résultats de l'étude ont indiqué que la santé des onglons s'aggravait au cours des deux premiers mois de lactation. L'augmentation moyenne de la note totale par animal pour les quatre sabots était de 10,92 pour les vaches et les génisses. Quant aux résultats individuels, les notes totales des quatre sabots du groupe de vaches ont totalisé 7,93, tandis que pour le groupe de génisses, la note totale a été de15,58, ce qui pourrait laisser croire que les génisses pourraient être plus à risque que les vaches.

Lorsque les chercheurs ont regroupé les vaches en catégories, celles ayant une mince couche de gras dorsal (inférieure à 18 mm) et celles ayant une couche épaisse de gras dorsal (plus de 18 mm), les résultats ont démontré une plus grande variation au niveau des onglons dans le groupe ayant une couche de gras dorsal mince. Ces résultats corroborent les résultats antérieurs, mais ont également démontré un degré assez élevé de variation des notes de l'état de santé des onglons. Une étude de recherche contrôlée complémentaire aux résultats sur le terrain apporterait d'autres preuves du lien entre la note d'état corporel, ou l'épaisseur de gras dorsal et les hémorragies de la sole pouvant conduire à la boiterie.

Lorsque vous vous demandez comment ces études pourraient s'appliquer à votre ferme, sachez que l'observation de la boiterie chez une vache se rapporte souvent à un événement qui a commencé bien avant la constatation de la boiterie. La gestion de l'état corporel visant à éviter les troubles métaboliques est une approche rentable, mais cette recherche nous a démontré que nous avons peut-être négligé l'importance de l'état corporel pour éviter les problèmes de boiterie. La boiterie est une situation classique qui implique plusieurs facteurs, dont la génétique, l'environnement et la nutrition, pour ne nommer que ceux-ci. Toutefois, à mesure que les connaissances des chercheurs augmentent sur le rôle que joue l'épaisseur du coussinet digital en tant qu'amortisseur, il est conseillé d'éviter que les vaches soient maigres au tarissement pour ainsi réduire leurs chances de développer des hémorragies de la sole plus graves. Les génisses, en raison de leur croissance, peuvent être plus sensibles que les vaches adultes aux hémorragies de la sole quand elles sont maigres.

Référence

Wilhelm, K., Wilhelm, J., and Furll, M. 2016. Claw disorders in dairy cattle - an unexpected association between energy metabolism and sole haemorrhages. J. Dairy Res.


Auteur : Tom Wright, nutritionniste des bovins laitiers/MAAARO
Date de création : 14 juin 2017
Dernière révision : 14 juin 2017

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