Améliorer Les Probabilités Avec De La Semence Sexée

 

Dans des circonstances adéquates, l'emploi de semence sexée chez des génisses vierges pourrait être une option intéressante sur le plan économique.

Déjà considérée comme une chimère par le producteur laitier, l'insémination artificielle de semences sexées est désormais disponible, moyennant une prime, pour toute la gamme de taureaux de l'Amérique du Nord. Bien que ce type de semence augmente fortement les probabilités d'engendrer un veau femelle, il serait juste de se demander si le coût additionnel en vaut la peine.

Le sexage de la semence a débuté en 1989. Cette année-là, venait au monde la première progéniture vivante issue d'une vache laitière inséminée avec de la semence sexée par technique de cytométrie du flux. La technique produisait à cette époque 90 pour cent de descendants femelles de façon constante. Toutefois, la viabilité et la qualité de la semence étaient fortement réduites. Comme cette technique était aussi coûteuse et lente, il a fallu une autre décennie pour que le sexage de la semence gagne l'acceptation commerciale.

Les applications commerciales et une grande partie de la recherche ont été concentrées sur l'emploi de semences sexées sur des génisses vierges. En général, elles présentent un taux de conception plus élevé que les vaches en lactation, et les possibilités de retour sur l'investissement qu'elles représentent dans le troupeau laitier sont également plus élevées.

D'après une étude de recherche récemment publiée, le taux de conception au premier service d'insémination de semence sexée se chiffrait en moyenne à 47 pour cent chez les génisses Holstein et à 53 pour cent chez les génisses Jersey, ce qui équivaut à 80 pour cent des taux normalement obtenus avec de la semence conventionnelle. L'étude visait à utiliser la semence sexée dans 211 troupeaux laitiers commerciaux, dont une grande partie était constituée de Holstein et quelques troupeaux de Jersey.

Dans les vêlages simples, 89 pour cent étaient des femelles et ce chiffre était de 90 pour cent quand les chercheurs tenaient compte uniquement des vaches avec une période de gestation normale, soit 265 à 295 jours.

Le nombre de mort-nés chez les génisses qui ont donné naissance à des veaux femelles était identique dans le cas des semences sexées que dans le cas des semences conventionnelles. Les génisses qui ont donné naissance à des veaux mâles semblent avoir enregistré un taux plus élevé de mort-nés, cependant seulement 10 pour cent des veaux nés pendant l'étude étaient des mâles. D'autres recherches non connexes ont démontré une incidence de mort-nés plus élevée chez les génisses par comparaison aux vaches qui étaient à leur second vêlage et plus, particulièrement dans le cas des génisses qui ont vêlé des veaux mâles.

En général, les génisses donnant naissance à des veaux mâles étaient le groupe qui a enregistré le taux le plus élevé de vêlages difficiles. Une des études a démontré des vêlages difficiles de l'ordre de 10,9 pour cent dans le cas de veaux mâles par comparaison à 5,3 pour cent dans le cas des veaux femelles. Un procédé qui assure un taux élevé de veaux femelles pourrait contribuer à réduire la dystocie et les mortalités à la naissance.

La semence sexée a engendré 117 paires de jumeaux. De ce nombre, 79 pour cent étaient des jumeaux femelles, 15 pour cent des jumeaux mixtes et 6 pour cent des jumeaux mâles. Le rapport femelles/mâles était de 86/14, ce qui est très près du nombre anticipé.

Cette étude démontre que cette technologie donne les résultats escomptés, mais peut-elle être rentable dans votre exploitation? Une autre étude réalisée en 2007 a permis de calculer la valeur actuelle nette selon les options d'utiliser de la semence sexée et de la semence conventionnelle pour inséminer des génisses. Certaines des valeurs que les chercheurs de l'Université du Michigan ont assigné sont les suivantes : veau mâle, 110 $; veau femelle, 500 $; semence conventionnelle, 15 $ par dose et semence sexée, 45 $ par dose.

Les chercheurs ont modélisé les taux de conception pour la semence conventionnelle selon deux niveaux, 58 pour cent et 65 pour cent, et pour la semence sexée des taux de réussite selon un éventail de 53 pour cent, 75 pour cent et 90 pour cent du taux conventionnel obtenus dans les troupeaux modélisés.

Dans le cas de la semence conventionnelle, le taux de conception était de 58 pour cent pour le premier service et 65 pour cent pour le second service. Dans le cas de la semence sexée, les taux de conception étaient un pourcentage par rapport à la semence conventionnelle et égalaient 53 pour cent pour le premier service, 75 pour cent pour le second service et 90 pour cent pour le troisième service.

Les chercheurs ont considéré dans leurs calculs des coûts de reproduction plus élevés, un nombre accru de jours ouverts et un taux de réforme plus élevé. La plupart des systèmes ont recours à un ou deux services pour inséminer de la semence sexée, et si un troisième service est requis dans le cas d'une génisse qui n'est pas encore gestante, alors ils retournent à la semence conventionnelle.

Une analyse du seuil de rentabilité a permis de calculer le taux de conception requis dans le cas de la semence sexée comparativement à la semence conventionnelle. Avec le taux de conception de base plus faible, soit 58 pour cent, la semence sexée doit atteindre 86 pour cent le taux de la semence conventionnelle. Avec le taux de conception de base de 65 pour cent toutefois, le seuil de rentabilité pour la semence sexée est atteint à 80 pour cent du taux obtenu avec la semence conventionnelle. Atteindre 80 pour cent du taux conventionnel semble raisonnable, obtenir un taux supérieur ne l'est probablement pas.

En considérant la constance de tous les facteurs de la stratégie visant à rentabiliser la semence sexée, le prix du veau femelle devrait être de 512,81 $. Si le taux de conception avec la semence sexée chute en deçà de 75 pour cent du taux avec la semence conventionnelle, alors le prix du veau femelle devrait être beaucoup plus élevé.

D'après ces études, la semence sexée pourrait s'avérer une option rentable quand :
vous l'utilisez sur des génisses;
le taux de conception avec la semence conventionnelle est déjà élevé et la mortalité à la naissance faible;
le prix des veaux femelles produits est supérieur à la normale.

D'autres aspects de la semence sexée peuvent contribuer à en faire une option intéressante. Son utilisation peut réduire l'incidence des difficultés au vêlage et des mortalités à la naissance. Vous pouvez accroître la taille du troupeau avec vos propres sujets de remplacement plutôt que d'acheter des femelles qui risquent d'emmener des maladies dans votre troupeau.

Les valeurs utilisées dans cet article sont des approximations, car elles n'ont pas été modifiées pour refléter les conditions canadiennes. Les performances de votre ferme sont d'autres données qui diffèrent. Se rappeler qu'avec l'option de la semence sexée, les coûts sont plus élevés et le taux de conception plus faible. Un taux de conception de 60 pour cent chez des génisses dans un système conventionnel peut chuter jusqu'à 45-48 pour cent avec de la semence sexée.

Références :

J.M.DeJarnette, R.L.Nebel, C.E. Marshall. 2009. Evaluating the success of sex-sorted semen in U.S. dairy herds from on farm records. Theriogenology, 71:48-58.

N.J.Olnyk and C.A. Wolf 2007. Expected net present value of pure and mixed sexed semen artificial insemination strategies in dairy heifers. J. Dairy Science. 90:2569-2576.

 

Cet article est paru pour la première fois dans le magazine The Milk producer, en avril 2009.



Auteur : Blair Murray - spécialiste de l'amélioration génétique des bovins laitiers/MAAARO
Date de création : 19 juin 2009
Dernière révision : 19 juin 2009

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