Des (pas si) bonnes vibrations

Si vous songez à une stratégie d'ensemble qui vous permettrait de réduire la numération des cellules somatiques (NCS) au sein de votre troupeau, pensez aux vibrations des machines à traire ressenties par vos vaches. Bien que cet aspect ne soit qu'un des facteurs pouvant avoir une incidence sur la santé de la glande mammaire, des chercheurs suisses ont démontré qu'une diminution des vibrations contribuait à réduire la NCS.

Des recherches précédentes avaient démontré que le bruit excessif durant les manipulations avait pour effet d'augmenter le rythme cardiaque et le niveau de stress chez les bovins à viande, réaction tout à fait normale chez un animal qui a peur. Des scientifiques se sont récemment penchés sur la question à savoir si le bruit avait réellement une incidence sur les vaches laitières, la santé de leur glande mammaire, la production et la qualité du lait.

Les chercheurs suisses ont étudié deux types d'ondes sonores ainsi que leur effet sur la production de lait et sur la santé du troupeau laitier dans les salles de traite. Les ondes transmises par conduction sont des vibrations ressenties par les vaches et provenant de la machine à traire; ces dernières ressentent les ondes aéroportées causées par le bruit généré par la machine à traire et tout équipement connexe.

Une moyenne de la NCS du troupeau a été établie grâce à des échantillons prélevés dans les réservoirs à lait de l'année précédente. Cette moyenne a ensuite été comparée à celle établie dans les trois mois suivant les modifications apportées aux systèmes de traite, modifications visant à réduire l'amplitude ou encore la quantité d'ondes sonores. Les chercheurs avançaient que plus l'amplitude d'ondes sonores était grande plus les effets allaient transparaître sur la santé de la vache. D'autres variables ont également été prises en compte lors de l'analyse de l'effet du bruit et des vibrations sur la NCS, mais l'accent a surtout été mis sur la recherche du style de salle de traite qui a le plus d'effet sur ces ondes.

La présence de ces deux types d'ondes sonores a été évaluée dans différents styles de salles de traite, dont la salle de traite en épi, en autotandem, en côte à côte et en carrousel, la salle de traite en épi étant la plus courante dans les fermes laitières suisses. Les chercheurs ont observé une diminution de la NCS dans toutes les fermes, tous styles de salle de traite confondus, une fois l'équipement laitier modifié.

Il a toutefois été prouvé que les vibrations ou les ondes transmises par conduction avaient encore plus d'incidence sur la NCS que le bruit ou les ondes sonores. De précédentes recherches n'avaient pas permis de prouver que le bruit avait des répercussions sur la santé des vaches ou sur leur production, mais seul le bruit était alors à l'étude, pas les vibrations qui en résultent. Dans l'étude menée par les Suisses, les modifications apportées aux salles de traite ont permis de réduire encore plus les vibrations que le bruit en tant que tel.

Comme on peut le voir à la page 38, la réduction des vibrations a bel et bien eu un effet positif sur la NCS du troupeau. Selon les chercheurs, plusieurs facteurs expliquent ce phénomène.

Le premier est la réponse de l'oxytocine, qui permet au pis de laisser couler le lait. La vache libère cette hormone au moment de la traite, résultat de la stimulation physique que procure le nettoyage de ses mamelles avant qu'elle ne soit reliée à la machine de traite. De fortes vibrations émanant de la machine puis transmises à la vache font augmenter le niveau de stress de celle-ci, ce qui se traduit par une diminution de l'oxytocine et de la production de lait en général. S'ensuit évidemment une réaction en chaîne, soit plus de risques de mammite en raison de la présence de résidus de lait coincés dans le pis, mais également un taux plus élevé de NCS dans le troupeau.

Autre facteur sur lequel les chercheurs se sont penchés : la stabilité de la succion suivant les modifications apportées au système de traite. Une succion plus stable réduit la répercussion des gouttelettes de lait sur l'extrémité du pis, ce qui aide également à réduire les risques de mammite.

Les méthodes de gestion ont également été prises en compte à titre de facteur ayant une incidence sur la NCS avant et après les modifications. L'étude comprenait différentes méthodes de gestion à plusieurs niveaux. Il a été démontré que même en présence de nombreuses vibrations liées à des méthodes de gestion chancelantes, il n'était pas évident d'observer à l'œil nu le niveau de vibration; des instruments de mesure sont nécessaires pour bien évaluer la situation. Les chercheurs en sont donc venus à la conclusion que même les sites préconisant les meilleures méthodes de gestion ne pouvaient identifier adéquatement un problème de vibration sans mesurer convenablement les ondes transmises par conduction.

Bien que l'étude suisse ait démontré que les vibrations ont bel et bien des répercussions sur la NCS, plusieurs facteurs doivent être pris en considération lorsque vous songez à une stratégie qui vous permettrait de réduire les risques de NCS au sein de votre troupeau. Au niveau de la vache elle-même, des éléments comme des antécédents de mammite, la race, le rendement et la parité doivent être pris en compte. D'autres éléments comme les réglages de la machine, différents facteurs environnementaux, le nettoyage des pis et les techniques de stimulation sont également à considérer dans la vue d'ensemble. Évidemment, nul besoin de le préciser, vos méthodes de gestion jouent un rôle primordial dans la santé et la production de votre troupeau en général.

Avant d'appeler votre concessionnaire d'équipement et de procéder à une refonte complète de votre système, évaluez d'abord la santé et la production de votre troupeau. Assurez vous que votre système de traite est toujours bien entretenu et que les réglages de la pompe et du pulsateur sont adéquats. Si la NCS de votre troupeau ne s'améliore pas, demandez à votre concessionnaire d'équipement ou à un spécialiste en santé de la glande mammaire d'examiner votre système de traite. Dans l'optique d'une stratégie de réduction de la NCS, voyez si certaines améliorations ne permettraient pas de réduire la répercussion des vibrations sur vos animaux.

Bibliographie :

Gygax, L. and D. Nosal. "Contribution of Vibration and Noise During Milking to the Somatic Cell Count of Milk", J. Dairy Sci., 89:2499-2502.

Cet article est paru pour la première fois dans la chronique Ruminations de la revue The Milk Producer Magazine, édition Septembre 2006.


Auteur : Vanessa Taylor - chef du programme d'assurance de la qualité du lait/MAAARO
Date de création : septembre 2006
Dernière révision : septembre 2006

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