Nouveau regard sur les matelas d'eau

Depuis 20 ans que l'on cherche le type de sol idéal pour les stalles ouvertes, l'une des options possibles, le matelas d'eau, n'a pas beaucoup retenu l'attention en Ontario. Cependant, depuis la publication récente de résultats de recherche, on commence à s'y intéresser.

Les matelas d'eau pour élevages bovins, dont le développement a commencé en Europe il y a 15 ans, n'ont jamais vraiment connu le succès sur nos marchés, et ce, pour plusieurs raisons. Les premiers modèles n'avaient qu'un seul compartiment d'eau et offraient donc peu de protection pour les genoux des animaux. Après avoir épousé la forme du corps de l'animal, ils gênaient le drainage, et ils coûtaient plus cher que les matelas remplis de caoutchouc. De plus, les essais effectués en Europe montraient que les vaches préféraient ce dernier type de matelas.

Des expériences menées pendant plus d'une décennie sur les matelas remplis de caoutchouc ont montré qu'ils présentaient certaines contraintes. Pendant ce temps, les matelas d'eau ont se sont beaucoup améliorés, les lacunes des premiers modèles étant maintenant corrigées par la présence de deux compartiments. Ces matelas sont vendus sous la forme d'un rouleau de caoutchouc de longueur variable, dans lequel on verse 13 gallons américains (49 l) d'eau par stalle par une valve située à l'avant.

Comme le soulignent A. M. Wagner Storch, R. W. Palmer et D. W. Kammel dans un article présentant une étude de l'Université du Wisconsin et publié dans le numéro de juin 2003 du Journal of Diary Science, la préférence des bovins pour les matelas remplis de caoutchouc plutôt que pour les matelas d'eau mérite certaines explications. Les animaux doivent surmonter l'impression d'instabilité qu'ils ressentent lorsqu'ils s'avancent sur un matelas d'eau; en effet, selon les éleveurs, ils passent moins de temps dans leurs stalles pendant les quelques semaines qui suivent l'installation d'un matelas d'eau. Cela influence donc les résultats des essais, puisque ceux ci sont généralement plutôt de courte durée.

L'essai effectué au Wisconsin était le premier qui portait sur une période plus longue. En l'occurrence, il s'agissait d'un suivi de l'occupation des stalles par caméra vidéo pendant une durée de neuf mois. Dans le tableau ci dessous, les deux premières colonnes indiquent le pourcentage de temps passé par les vaches dans les stalles de chaque type, que ce soit en position debout (deux ou quatre pattes dans la stalle) ou couchée. Les deux colonnes suivantes montrent la proportion du temps pendant laquelle les animaux étaient couchés. Dans chaque paire de colonnes, la première montre les résultats de l'ensemble des neuf mois et la deuxième montre uniquement ceux des deux derniers mois.

On constate donc que les vaches, lorsqu'elles étaient couchées, étaient le plus souvent sur le sable, mais que c'est dans les meilleures stalles équipées de matelas de caoutchouc qu'elles ont passé le plus de temps, souvent en position debout. On constate également que tous les matelas n'offrent pas le même degré de confort, et on relève un net écart entre les deux produits commerciaux inclus dans l'essai.

Au départ, les matelas d'eau étaient occupés moins souvent; cependant, comme le montre le tableau, vers la fin de l'essai, lorsque les vaches ont surmonté l'appréhension causée par leur instabilité, le taux d'occupation des matelas d'eau est devenu comparable à celui des matelas de type 2. Comme les matelas remplis de caoutchouc se tassent et durcissent avec l'âge, on peut supposer que les matelas d'eau obtiendraient les meilleurs scores dans un essai de ce type effectué après plusieurs années.

Cependant l'évaluation des sols de stalles ouvertes doit aussi prendre en compte des facteurs autres que la simple préférence manifestée par les vaches, notamment la propreté, les lésions, la santé et la productivité. L'utilité d'un système donné dépend également des coûts qu'il entraîne, de sa durée de vie, de la consommation de litière et des exigences de main d'œuvre et de gestion qui en découlent.

Dans une étude de terrain effectuée par W. K. Fulwider, T. Grandin, D. J. Garrick, W. D. Lamm, N. L. Dalsted et B. E. Rollin publiée dans le numéro de juillet 2007 du Journal of Diary Science, les matelas d'eau se sont bien classés. Cette recherche portait sur 38 élevages équipés de matelas remplis de caoutchouc, 27 de litières de sable et 29 de matelas d'eau. Les animaux étaient notés pour leur propreté et la présence de lésions et d'enflures sur les pattes avant et arrière.

Dans les troupeaux logés sur des matelas de caoutchouc, 72 % des animaux présentaient des zones sans poils sur les jarrets, et 17 % avaient des enflures. Les lésions des jarrets étaient rares dans les troupeaux logés sur du sable, 25 % des sujets ayant des surfaces dépourvues de poil et moins de 3 % ayant les jarrets enflés. Parmi les vaches qui couchaient sur des matelas d'eau, 35 % avaient des lésions, soit la moitié de la proportion mesurée dans les troupeaux équipés de matelas de caoutchouc, et 3 % avaient les jarrets enflés. Bien que les lésions des genoux aient été peu fréquentes, elles étaient plus nombreuses chez les animaux qui couchaient sur une litière de sable recyclé très grossier. Par ordre de fréquence décroissant, les troupeaux logés sur des matelas d'eau arrivaient en deuxième position.

L'étude a permis d'établir que les animaux logés dans des stalles à sol de sable étaient légèrement plus sales que ceux équipés de matelas d'eau ou de matelas remplis de caoutchouc. On n'a relevé aucune différence nette pour ce qui est de la numération des cellules somatiques; les taux de réforme les plus faibles ont été enregistrés dans les troupeaux équipés de matelas d'eau, et les plus élevés dans ceux qui couchaient sur des matelas de caoutchouc.

Dans les troupeaux équipés de matelas d'eau, l'incidence des lésions du jarret était plus faible parce que l'eau se déplace avec le corps de l'animal, ce qui élimine les points de pression en position couchée. Les propriétaires de matelas d'eau signalent également que la surface des modèles à deux compartiments reste sèche et propre. Les liquides s'écoulent et les flexions de la surface ont pour effet de détacher le fumier séché. Ces éleveurs laissent aussi entendre que la consommation de litière est moins importante avec des matelas d'eau qu'avec des matelas remplis de caoutchouc, et ils apprécient le maintien de l'effet amortisseur au cours du temps.

On entend souvent demander si les matelas d'eau peuvent geler par temps froid. J'ai parlé de cette question à des éleveurs de l'Ontario et du Wisconsin, qui ne signalent aucun problème de cette nature, même lorsque la température à l'intérieur des étables reste sous le point de congélation pendant plusieurs semaines de suite.

Les auteurs de ces mêmes études attribuent aux lits d'eau une cote modérée pour la préférence manifestée par les animaux et pour le confort, et une cote élevée pour l'incidence de lésions du jarret, mais les résultats de recherche ne disent jamais tout. Ces études n'ont pas pris en compte les nouveaux matelas et revêtements fabriqués à partir d'une combinaison de mousse et de caoutchouc et non de granulats de caoutchouc. Il est bien possible que ces modèles offrent un rendement aussi bon ou meilleur que les précédents.

En fin de compte, il convient de se demander si le supplément de confort et la réduction du nombre de blessures ont un effet sur la santé des animaux ou sur la production. À cet égard, une étude menée en Norvège fournit certaines réponses. À la 6e conférence internationale sur le logement des troupeaux laitiers qui a eu lieu au Minnesota, les chercheurs L. E. Ruud et O. Osteras ont présenté les résultats d'une étude de terrain portant sur 370 élevages norvégiens; aux fins de cette étude, on avait remplacé le ciment dont était fait le sol des stalles par divers matériaux plus souples.

Les chercheurs ont regroupé les types de sol en fonction de leur consistance selon les résultats d'un essai normalisé de mesure de la profondeur de pénétration d'un poids standard qui tombait d'une hauteur standard.

L'accroissement de la production était de 2,7 % là où la profondeur de pénétration dans le sol était de 1 à 8 mm; ce gain était de 4,8 % pour une profondeur de 9 à 16 mm, et de 7,3 % là où elle était de 17 à 24 mm; chez les animaux logés sur les sols les plus mous (profondeur de pénétration de plus de 24 mm), la production laitière était supérieure de 7,7 % à celle des animaux qui couchaient sur du ciment. Les auteurs n'indiquaient pas combien de troupeaux couverts par l'étude étaient logés sur des matelas d'eau, mais si l'on se fie à la méthodologie employée, ceux ci entreraient dans la catégorie de matériaux ayant la profondeur de pénétration la plus élevée.

Lors de cette étude effectuée en Norvège, les vaches logées sur le type de surface le plus mou ont produit plus de 500 l de lait de plus par an, ce qui a fort probablement permis d'amortir l'investissement supplémentaire en un peu plus d'un an.

Préférences manifestées par les vaches ayant le choix entre divers types de sols, densité de logement de 100 %. Pourcentage du temps d'occupation des stalles.

Type de sol
Total position debout ou couchée Position couchée seulement
Deux derniers mois Total essai Deux derniers mois Total essai
Sable
79
83
69
75
Matelas 1
88
90
65
67
Matelas 2
84
80
57
53
Matelas d'eau
62
69
45
54
Revêtement de caoutchouc
65
62
33
28
Ciment
39
40
23
23

Cet article a paru pour la première fois dans la chronique Ruminations de la revue The Milk Producer, numéro d'octobre 2007.


Auteur : Jack Rodenburg - chef du programme des systèmes de production laitière/ MAAARO
Date de création : octobre 2007
Dernière révision : 09 janvier 2008

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