L'épreuve du sevrage

 

Tirez le maximum d'avantage de ces nouveaux systèmes automatisés d'alimentation des veaux en jetant un regard critique sur votre programme de sevrage.

Si vous songez à adopter un système automatisé d'alimentation des veaux, ou si vous avez déjà fait le saut, envisagez de demander en même temps une évaluation de votre programme de sevrage afin de vous assurer que vous tirez pleinement parti de votre système.

Parmi les nouvelles technologies d'alimentation des veaux laitiers, on note les mangeoires contrôlées par ordinateur et les systèmes d'alimentation libre à faible coût utilisant du lait acidifié ou du lait de remplacement. Les deux permettent de réduire sensiblement le travail.

Ces systèmes ont également l'avantage de fournir généralement davantage de lait à vos veaux que les méthodes traditionnelles d'élevage. Davantage de lait donne aux veaux de meilleures chances d'atteindre leur plein potentiel génétique de croissance et améliore la santé de l'animal en général.

Des chercheurs européens et nord-américains ont récemment publié plusieurs études démontrant que d'alimenter les veaux avec davantage de lait ou de lait de remplacement augmente le taux de gain et diminue les signes de faim. Avec les systèmes d'alimentation libre, on a constaté que les veaux consommaient plus de 12 litres de lait par jour.

Cependant, lorsque des veaux sevrés consomment de grandes quantités de lait ou de lait de remplacement, vous êtes confrontés à certains problèmes. Un écueil des plus communs est le déclin du gain quotidien moyen pendant la semaine qui suit le sevrage, qui peut baisser jusqu'à 50 pour cent de celui de la semaine qui précède le sevrage. Cette diminution est habituellement imputée à une ration inadéquate d'aliment de démarrage après le sevrage. Bien que les avantages des programmes accélérés d'alimentation au lait dépassent toujours cet inconvénient, une meilleure gestion du sevrage permet de le diminuer davantage.

Dans le cadre d'une étude récemment publiée du Danish Institute of Agricultural Sciences [institut danois des sciences agronomiques], on s'est penché sur le sevrage en donnant aux veaux soit une ration élevée, soit une ration faible de lait et en utilisant deux stratégies différentes de sevrage. Les veaux recevaient huit litres ou 4,8 litres par jour de lait de remplacement. Les rations individuelles d'aliment de démarrage étaient consignées pendant l'étude. Le sevrage était effectué graduellement, du jour 52 au jour 68.

Les chercheurs ont sevré respectivement la moitié des veaux des groupes nourris avec des quantités élevées et faibles de lait en réduisant les portions mais en distribuant le même nombre de portions par jour. L'autre moitié de chaque groupe recevait les mêmes portions que d'habitude, mais le nombre quotidien de portions diminuait. Le tableau ci-contre détaille les deux plans de sevrage.

Avant le sevrage, les veaux recevant une faible quantité de lait se rendaient plus souvent au distributeur de lait (44,3 tétées par jour, contre 26,8 tétées) que ceux recevant une quantité élevée et y passaient davantage de temps (51,1 minutes par jour, contre 41,5 minutes).

Les veaux recevant une faible quantité de lait se rendaient beaucoup plus souvent au distributeur lorsqu'ils n'en recevaient pas, probablement à cause de la faim. Les veaux recevant une faible quantité de lait passaient un temps considérable à téter en vain le distributeur de lait. Ces veaux consommaient davantage d'aliment de démarrage (463 grammes par jour, contre 243 grammes) que les veaux recevant des quantités élevées. Cependant, les veaux recevant une faible quantité de lait avaient un gain quotidien moyen inférieur (657 grammes par jour, contre 737 grammes) que les veaux recevant une quantité élevée de lait. La ration supérieure d'aliment de démarrage n'a pas adéquatement compensé la réduction de la quantité de lait reçue.

Les deux stratégies de sevrage utilisées dans cette étude n'ont pas donné de résultats significativement différents. Les veaux avaient tendance à passer moins de temps au distributeur de lait immédiatement après avoir bu lorsque le nombre de portions de lait était réduit, mais le temps total passé au distributeur lors de toutes les tétées était le même pour les deux méthodes de sevrage.

Il faut retenir que les chercheurs n'ont utilisé que deux méthodes de sevrage. Les données ne permettent pas de conclure qu'il s'agit des meilleures ou des seules méthodes pour sevrer les veaux de quantités élevées de lait.

Les chercheurs danois recommandent d'offrir des quantités plus élevées de lait aux veaux pour que ceux-ci ressentent moins la faim. Ils passeront moins de temps au distributeur de lait que s'ils reçoivent une faible quantité de lait.

Il se publiera probablement davantage d'études sur le sevrage des veaux au moyen de divers systèmes de distribution de lait. Certaines expériences ontariennes donnent à penser qu'un sevrage sans transition peut parfois être nécessaire.

Malheureusement, la réduction du taux de gain est encore fréquente immédiatement après le sevrage, mais elle ne devrait pas être excessive par rapport au taux d'avant le sevrage ni durer longtemps. Faites le suivi des rations d'aliment de démarrage et du taux de gain avant et après le sevrage. Si les résultats obtenus ne vous satisfont pas, ajustez votre programme de sevrage en modifiant le nombre de portions de lait ou la quantité des portions.

Méthodes de sevrage, quantités de lait (élevée ou faible) et nombre quotidien minimal de portions de lait (litres/nombre de portions) employés pour les veaux de grande taille de l'étude danoise.

Méthode de sevrage et portions de lait
Âge (jours)
Réduction des portions
Réduction du nombre de portions
Élevée
Faible
Élevée
Faible
De 16 à 51
8,0 / 4
4,8 / 4
8,0 / 4
4,8 / 4
52
7,6 / 4
4,6 / 4
8,0 / 4
4,8 / 4
53
7,2 / 4
4,4 / 4
8,0 / 4
4,8 / 4
54
6,8 / 4
4,2 / 4
6,0 / 3
4,8 / 4
55
6,4 / 4
4,0 / 4
6,0 / 3
3,6 / 3
56
6,0 / 4
3,8 / 4
6,0 / 3
3,6 / 3
57
5,6 / 4
3,6 / 4
6,0 / 3
3,6 / 3
58
5,2 / 4
3,4 / 4
6,0 / 3
3,6 / 3
59
4,8 / 4
3,2 / 4
6,0 / 3
3,6 / 3
60
4,4 / 4
3,0 / 4
4,0 / 2
3,6 / 3
61
4,0 / 4
2,8 / 4
4,0 / 2
2,4 / 2
62
3,6 / 4
2,6 / 4
4,0 / 2
2,4 / 2
63
3,2 / 4
2,4 / 4
2,0 / 2
2,4 / 2
64
2,8 / 4
2,2 / 4
2,0 / 1
2,4 / 2
65
2,4 / 4
2,0 / 4
2,0 / 1
1,2 / 1
66
2,0 / 4
1,8 / 4
2,0 / 1
1,2 / 1
67
2,0 / 4
1,6 / 4
2,0 / 1
1,2 / 1
68
0
0
0
0

Référence :

Jensen, M. B. " Computer-controlled milk feeding for group-housed calves: the effect of milk allowance and weaning type ", Journal of Dairy Science no 89, 2006, p. 201-206.

Cet article a été initialement publié dans la chronique " Ruminations " de la revue The Milk Producer Magazine, édition de mai 2007.


Auteur : Tom Wright - spécialiste de la nutrition des bovins laitiers/MAAARO
Date de création : 16 novembre 2007
Dernière révision : 16 janvier 2008

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